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La plus belle pour aller danser?
Elle était élégante la centenaire, dans sa robe bleue marine et sa blouse blanche quand elle a soufflé ses cent bougies dimanche, sur le terrain de football de Bel-Ombre. Eliane Louise était tout heureuse de voir tout ce beau monde qui s?était déplacé pour elle. D?ailleurs, vendredi après-midi, elle cachait mal son enthousiasme. Elle est d?autant plus fière qu?elle est la seule centenaire de la région.?Be oui, mo bien kontan?, dit-elle, toute souriante. Eliane Louise ne porte pas son âge alors là pas du tout.. Elle est pleine de vie...
Elle ne s?est pas maquillée pour la fête parce qu?elle ?est trop jeune pour ce genre de truc, mais un peu de poudre et cela suffit?. D?ailleurs, dit-elle, quand elle était jeune fille, le maquillage n?existait pas et le fard était trop cher. Pour son anniversaire, c?est elle qui a choisi la couleur de sa robe et le modèle. Elle a des goûts très sobres concernant sa tenue vestimentaire. ?Je ne porte jamais de robes avec des motifs, mais plutôt sur des vêtements unis que je choisis moi-même.?
La grand-mère connaît bien la couture. Peut-elle encore enfiler une aiguille ? Elle nous regarde et hoche la tête positivement toujours avec le sourire aux lèvres. Elle se porte bien, nous dit sa fille Eugénie, avec laquelle elle vit depuis 1989.
Eliane Louise est née à Chamouny à Mont-Blanc dans une famille de huit enfants dont deux frères et trois s?urs. Elle est la seule survivante. Son père Elisé, était bûcheron et sa mère Furciely, femme au foyer.
Elle a passé toute son enfance à Mont-Blanc et même quand elle a épousé, à l?âge de 20 ans, Eugène Louise, bûcheron et marin, elle a vécu dans ce village. Il préparait des planchettes pour les bateaux de la propriété de Bel-Ombre qui transportaient le sucre à Port-Louis.
Elle garde beaucoup de souvenirs de son enfance et de son adolescence à Mont-Blanc. C?était un village avec beaucoup d?habitants, même s?il était boisé. Les fameux bal rann zarico ne manquaient pas pendant les week-ends. Elle a rencontré son mari dans une de ces fêtes. ?Nou in coz-coze apre nou in kontan.?
Au bal...
C?est probablement sa façon de danser qui a séduit celui qui allait devenir son mari. Sans hésiter et sans fausse modestie, elle raconte qu?elle était une bonne danseuse. ?Je dansais toute la nuit. Même quand j?étais mariée, je dansais la valse, le séga et le kotish. Maintenant, je danse aussi sur l?air des chansons modernes. Même quand à un âge avancé, je dansais beaucoup.? Sa fille Eugénie le confirme. Eliane Louise se rappelle encore de la fête organisée pour ses 99 ans. ?J?ai beaucoup dansé ce soir-là. Je ne regrette rien maintenant.? Elle a accompagné tout dernièrement sa fille à un bal.
L?âge n?est pas un handicap pour s?amuser. Quand elle a intégré une association du troisième âge à 60 ans. ?Mo finn bien vir-vire. Mo finn bien promene partou dan Moris. Partou mo trouv tou zoli.? Même à cet âge, elle manque rarement les excursions avec ses amis de cette association. Elle partage son temps libre entre ses chiens et ses plantes. Elle s?occupe aussi des besognes ménagères. ?Elle fait la vaisselle et trie le riz. Quelquefois, elle fait le ménage?, déclare sa fille Eugénie. Elle répond tout de suite à sa fille. ?Si je reste assis, je vais tomber malade.?
Eliane est aussi une bonne conteuse. Ses histoires ?effrayantes? qu?elle affirme avoir vécues intéressent beaucoup les jeunes et donnent la chair de poule. ?C?était tout juste après la fin de la première guerre mondiale et j?avais 9 ans?, commence-t-elle. Elle rentre d?une fête avec ses parents tard dans la soirée. Elle marchait tout juste devant, en compagnie d?une amie. ?J?ai vu un très gros chien blanc qui me regardait. Il avait une croix noire sur le dos. Quand j?ai ramassé une roche pour le frapper, je suis restée paralysée momentanément. Quand j?ai raconté l?histoire à mon père, il m?a dit qu?il y avait non loin un monsieur qui pratiquait la magie noire.?
Elle raconte aussi celle d?un cheval crachant du feu qui a traversé sa cour quelques années après son mariage. Sa fille Eugénie affirme avoir vu la même chose. Il y a aussi l?histoire du tremblement de terre. ?J?étais dans la maison à Mont-Blanc en compagnie de ma mère. Soudain, les verres sur la table ont vibré. Ma mère m?a demandé de prier car c?était le travail de Dieu.? Elle aurait beaucoup d?autres histoires à raconter...
A 100 ans, Eliane Louise n?attend rien de la vie. Elle attend simplement ?le grand jour pour partir. Je ne souhaite pas vivre plus longtemps. Sinon mo pou vinn trop craz-craze.?
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