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La peur du dialogue

27 janvier 2007, 20:00

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Il est urgent de créer une plateforme de vraie rencontre entre les employeurs et les syndicats. Oui, leurs discours sont irréconciliables. Oui, on n?a pas « les syndicats qu?il faut ». Oui, il n?y a pas de prédisposition à l?écoute de l?autre, condition élémentaire au dialogue. Mais il n?y a pas d?autre option que d?espérer, de vouloir ce dialogue possible. La mutation du secteur de l?emploi que nous souhaitons ne sera pas réalisable sans une communication véritable, sans la rencontre de ces rationalités divergentes. Il faut trouver les moyens de la mettre en ?uvre, au risque d?aller au-devant du conflit ouvert.

Plusieurs attitudes syndicales démontrent que les caractéristiques du nouveau marché du travail ne sont pas encore acceptables au travailleur. Ces caractéristiques sont, d?une part, que l?employeur ne soit pas tenu de payer de généreuses compensations s?il n?en a pas la capacité et, d?autre part, qu?une certaine flexibilité soit introduite dans la gestion des ressources humaines. Ces principes ont inspiré le plan stratégique du sucre. L?industrie est lourdement endettée par le premier plan social. Non seulement elle avait prévu 5 500 candidats au VRS et elle en a eu 8000, mais elle comptait sur la vente de terres pour financer ces compensations. Or, le marché n?a pas suivi. La situation a empiré avec une production faible entre 1998 et 2001. C?est à partir de ces contraintes qu?elle établit son deuxième plan social. Mais vraisemblablement, le syndicat, réticent aux mesures sur le travail saisonnier et plus exigeant, ne parle pas ce langage.

Deux autres aspects du monde nouveau du travail sont tout autant étrangers au principal syndicat de la fonction publique. La réforme est dictée par le nécessaire accroissement de la productivité et la réduction des coûts du travail. Est-ce bien raisonnable alors de choisir ce moment de crise pour militer pour une réduction du temps de travail ? Les « 35 heures » ont fait baisser la productivité dans les pays qui les ont adoptées et entamé leur potentiel de croissance économique. Elles ont augmenté l?absentéisme, puisque la plupart des travailleurs ont pris un deuxième emploi qui est devenu, par moments, exigeant. Ce n?est pas ce qu?il nous faut actuellement. Encore moins la pression sur les finances publiques que représenterait le congé parental. Si les coûts augmentent et que la productivité baisse, si le travailleur coûte plus qu?il ne rapporte, il n?intéressera bientôt plus l?employeur.

Ces deux attitudes revendicatrices sont couronnées par une nouvelle opposition au « Wages Council ». Opposition sans argument. Hier, les syndicats arguaient que le professeur Lim et les économistes singapouriens ne connaissaient pas suffisamment Maurice pour émettre des recommandations sur la politique salariale. Aujourd?hui, l?argument est que le gouvernement n?a pas été mandaté pour initier un tel bouleversement. Et ils n?entrent pas dans le fond du débat. Ce que l?on attend des syndicats, c?est qu?ils ripostent à l?évidence suivante : un « shift » dans la politique de rémunération, qui s?appuierait sur la capacité de l?économie à payer et non plus le taux d?inflation, est essentiel pour permettre au pays de maintenir sa compétitivité, de s?enrichir et de permettre à un plus grand nombre de gens d?améliorer leur qualité de vie.

Du conflit ouvert peut-être jaillira la lumière. Mais, on le sent, le gouvernement le craint. Il y a une hésitation à ouvrir les débats. Elle se devine dans les précautions du ministre Bunwaree à donner la garantie qu?il « protégera » à tout prix les intérêts du travailleur, alors qu?il s?agit plutôt de « le préparer à accepter » d?autres règles. Dans le choix même du responsable du dossier de réforme, le ministre Beebeejaun n?est pas ce qu?on appelle un réformiste, il n?est pas de ceux qui arbitreront en faveur du progrès du pays? Dans le report des débats parlementaires. Dans le fait, enfin, que le PRB recommence ses consultations comme si de rien n?était, alors même que le « Wages Council » annoncé est censé avaler le NRB et le PRB pour soumettre à la même règle, celle de la producti-vité nationale, l?ensemble des travailleurs. Va-t-on encore entendre, au prochain bilan sur la situation économique, que l?on compromet la réforme à force de la ralentir ?

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