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La paix, une utopie ?
Cette année encore c’est dans un climat caractérisé par l’incertitude, la guerre et l’injustice, que le monde arabo-musulman célèbre la fête Eid Ul Fitr. En l’absence de toute perspective de redressement à travers une initiative diplomatique acceptable, ce sont des organisations extrémistes comme Al Qaeda et Hamas, entre autres, qui sont montées au créneau pour tenter à leur manière de renverser la vapeur. Malheureusement, les moyens utilisés ne font guère avancer certaines causes justes et légitimes que ces organisations sont censées défendre.
Qui peut prétendre en effet que résister à l’Etat d’Israël pour son refus de se plier aux Résolutions 242 de 1967 et 338 de 1973 et à l’occupation de l’Irak par des forces américaines sans l’aval des Nations unies, constitue un acte de terrorisme ? Inversement, n’est-il pas plutôt question d’un terrorisme d’Etat contre des peuples innocents ?
Tous les éléments sont réunis pour que la région continue de témoigner de la folie meurtrière des hommes. Voici quelques-uns de ces éléments :
George W. Bush refuse catégoriquement de faire son mea-culpa, n’a nullement l’intention de remettre en question sa politique impérialiste et s’aligne toujours du côté d’Israël.
Tous les partisans de la ligne dure dans le monde arabo-musulman font désormais cause commune pour combattre l’ennemi commun. Nationalistes arabes et islamistes d’une part, et sunnites et chiites d’autre part, s’entendent très bien depuis l’occupation de l’Irak par les forces américaines. On connaît leur capacité de frappe et leur méthode.
Le rêve des sionistes demeure toujours une expansion d’Israël. Et pour les extrémistes israéliens, il n’est pas question d’un règlement pacifique avec leurs voisins arabes. Pour faire avancer leur cause, ils sont prêts à massacrer femmes et enfants si besoin est, comme ils l’ont déjà fait d’ailleurs. Leur haine paranoïde des Arabes est un secret de polichinelle.
Le rêve des islamistes demeure l’instauration d’un Etat islamique mondial par la lutte armée. Dans cette lutte armée, les musulmans ou ulémas modérés sont considérés comme des ennemis au même titre que les non-musulmans.
Après l’Irak, c’est l’Iran qui semble être dans le collimateur des Etats-Unis sous prétexte que ce pays est allé un peu trop loin dans ses recherches nucléaires. Israël, lui, peut posséder en toute impunité des têtes nucléaires capables d’atteindre le plus lointain pays arabe dans la région.
Avec le temps, Israéliens et Palestiniens ont fini par avoir de bonnes raisons de camper sur leur position. Les nouvelles générations d’Israéliens peuvent bien se vanter d’un droit réellement légitime d’existence sur la terre d’Israël. C’est là qu’ils sont nés, qu’ils ont grandi et qu’ils vivent toujours. Mais comment remettre en en même temps en question le droit tout aussi légitime des Palestiniens, dont les ancêtres avaient été forcés à l’exil ? Une situation cornélienne dont les Nations unies sont les plus grandes responsables.
Devant ces tristes réalités, est-il étonnant dès lors de voir autant de violence au Proche-Orient ?
Pourtant il n’est pas si difficile de sortir de cette impasse. Il suffit de donner la chance au Plan de paix de la Ligue arabe, adopté par la totalité du monde arabe à Beyrouth en 2002. Ce plan consiste, entre autres, à renoncer aux attentats suicides et autres formes de violence contre Israël, à offrir la paix et des relations normales avec Israël en échange du retour aux frontières de 1967 et propose la création d’un Etat palestinien. Hélas, ce plan est torpillé par les extrémistes des deux bords alors qu’il est soutenu par une large majorité silencieuse de Juifs et de musulmans, principaux protagonistes dans la région. Il incombe aux pacifistes et aux musulmans modérés pour qui le mot rationalité a un sens, de faire échec à cette minorité tapageuse, fanatique et assoiffée de sang. C’est déjà réconfortant de constater un début de prise de conscience aux Etats-Unis sur les raisons pour lesquelles les Américains font l’objet d’autant de haine dans le monde arabe. L’internet et la presse jouent un rôle prépondérant dans ce contexte depuis peu. L’adoption d’une stratégie non-violente visant à mobiliser les âmes sensibles à travers le monde aurait pu donner un peu plus d’envol à cette prise de conscience. C’est dommage que certains persistent avec la stratégie actuelle, même s’il est un fait que : (a)les forces américaines et israéliennes sont de loin les plus redoutables et (b) les attentats suicides font retourner l’opinion publique mondiale contre leurs commanditaires. Il n’est évidemment pas question de se soumettre devant la puissance de ces forces. Loin de là. A défaut d’une victoire militaire, les arabo-musulmans doivent rechercher dans les circonstances actuelles une victoire sur la bataille de l’information. Ils ont toutes les chances de remporter cette bataille en raison de la justesse et la légitimité de leur cause. Tous les modérés du monde doivent faire échec à la minorité d’extrémistes qui a trop longtemps dominé la scène mondiale et imposé sa loi. Oui, combattre pour un monde utopiste est le meilleur combat qu’on puisse mener. Oui, accepter la coexistence religieuse et culturelle dans le monde, forme tout aussi partie d’une interprétation de l’islam. Oui, favoriser un dialogue constant de civilisation ne peut déplaire à aucun croyant. Autant de raisons de croire donc que la paix peut être toujours possible au Proche-Orient ou ailleurs.
Reshad DOOKHIT
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