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La nourriture condamnée à coûter plus cher
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La nourriture condamnée à coûter plus cher
Manger à sa faim coûte de plus en plus cher. Surtout si l?on veut que la nourriture soit à son goût. Certes, on n?en est pas encore réduit à cultiver la patate et le manioc dans l?arrière-cour. Mais si la spirale inflationniste perdure, comme elle menace de le faire, les Mauriciens pourraient bien devoir s?y résoudre, avertit la Chambre d?agriculture. Elle est arrivée à cette conclusion à la suite d?une étude approfondie consacrée à l?approvisionnement du pays en denrées alimentaires.
?Maurice importe environ 80 % des aliments consommés localement. En cinq ans, le volume de ces importations a augmenté de 8 % seulement alors que la valeur a crû de 45 % en moyenne. Durant la seule année 2006, les aliments ont coûté jusqu?à 20 % plus cher à l?importation?, constate Jean-Cyril Monty, responsable de la diversification agricole à la Chambre d?agriculture et auteur de l?étude.
Il en est actuellement à la rédaction du rapport final. Le document sera proposé aux décideurs politiques et à la Chambre comme outil de base pour l?élaboration d?un plan de substitution à l?importation.
Jean-Cyril Monty a analysé les chiffres officiels des cinq dernières années relatifs à l?importation des aliments. Nous dépendons trop des importations, constate-t-il : ?Tout indique que les prix vont continuer à augmenter dans le court à moyen terme. A moins d?investir davantage dans la production locale, nous sommes condamnés à subir les hausses dans les coûts d?importation.?
L?analyse exclut les produits de la pêche, dont le gros du volume importé est réexporté après traitement. Les alcools et cigarettes, produits jugés non essentiels, n?ont également pas été pris en compte. En revanche, les ingrédients entrant dans la préparation d?aliments pour animaux ont compté puisque leur coût influence le prix de la viande et du poulet produits localement.
De 2001 à 2005, la valeur des importations a augmenté six fois plus vite que le volume chaque année. Maurice a importé 530 000 tonnes d?aliments en 2005 contre 489 000 en 2001. La valeur des importations (incluant les coûts du transport, du fret et de l?assurance) a augmenté de Rs 6,7 mds à Rs 9,7 mds. La Chambre d?agriculture mettra son étude à jour dès qu?elle aura accès aux chiffres officiels pour l?année 2006.
<B>106 sources d?approvisionnement</B>
L?analyse par catégories d?aliments importés, telles que définies dans le Customs Tariff Act, s?avère plus révélatrice. Elle démontre qu?en général, la hausse des coûts n?est pas proportionnelle à celle des volumes importés. Dans certains cas, les importateurs réduisent le volume pour rester dans leurs limites budgétaires. Une attitude qu?adopte aussi le consommateur face à l?inflation.
Dans le cas du lait et des produits dérivés, les coûts ont augmenté de 37 % et le volume de 2 %. La valeur du beurre à lui seul a crû de 66 %. Le pays en a consommé 1 % de moins. Celle des fromages a accusé une hausse de 54 % et les importations ont chuté de 12 %. ?Les laitages sont des produits essentiels et nous pouvons de moins en moins nous les permettre?, relève Jean-Cyril Monty.
Les Mauriciens consomment plus de margarine que de beurre. Et même là, l?inflation a laissé des traces. Le pays a importé 4 % de moins de ce produit en cinq ans. La valeur, elle, a augmenté de 65 %. Même la margarine fabriquée localement coûte plus cher puisque les huiles végétales à partir desquelles elle est fabriquée, ont coûté en moyenne 71 % plus cher en 2005. Maurice en a importé 10 % de plus durant cette période.
Le pays est loin d?être entièrement autosuffisant au niveau de la production de légumes. Quelque 46 000 tonnes de ces produits ? frais et transformés ? ont été importées en 2005. L?importation de 14 000 tonnes de grains secs a, à elle seule, coûté Rs 200 m. L?importation de 4 800 tonnes de tomates semi-transformées a valu Rs 77 m.
Contraint à tirer le diable par la queue, le consommateur n?a aucun mal à envisager le spectre de 1982, où le pays s?enfonçait,surtout en raison de problèmes de trésorerie. Mais cette fois, il ne pourra pas en placer l?entière responsabilité sur le dos des dirigeants politiques. Car ce sont des facteurs externes qui alimentent l?inflation. Aidés par une perte soutenue de la valeur de la roupie qui, elle, est attribuable à l?administration de l?économie nationale.
Le fret coûte plus cher. Les importateurs locaux ont réagi à la hausse des coûts en diversifiant leurs sources d?approvisionnement. En 2001, Maurice s?approvisionnait dans 90 pays différents. Cinq ans plus tard, les sources avaient été diversifiées à 106.
L?Argentine et l?Australie demeurent les premières sources. Les Mauriciens y achètent 50 % de leurs aliments, avec de grosses dépenses pour le transport maritime. Les pays régionaux n?ont pas la capacité d?exporter de manière fiable. L?Afrique du Sud qui était l?exception perd de plus en plus sa compétitivité au niveau des prix.
L?autre facteur qui influence les coûts est hors du contrôle humain. Il s?agit du climat. L?Australie souffre de sécheresse. Sa production en pâtit. En même temps, sa consommation locale est en hausse. Celle de sa voisine, la Chine, aussi. Ce pays importe goulûment puisque sa production locale est incapable de satisfaire sa propre faim. De l?autre côté de l?Atlantique, l?essor de l?industrie américaine de l?éthanol fabriqué à partir du maïs, met un énorme stress sur la fourniture de cette céréale?
?Je suis convaincu que les décideurs politiques n?ont pas une vision globale de la question. Cette étude vise à leur permettre d?aborder toute la problématique d?augmentation de prix de manière plus globale, justement?, conclut Jean-Cyril Monty. Il invite le pays à se réveiller, à se rendre compte que les tentatives d?améliorer ses conditions de vie ne porteront de fruit que si l?on parvient à maîtriser les coûts de l?alimentation. Selon lui, cela passe nécessairement par la substitution de certaines importations.
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