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La nécessaire mutation de la pêche sur les bancs

3 janvier 2005, 00:00

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La pêche sur les bancs est en eaux troubles. Campagnes avortées, bateaux mis en vente, relations professionnelles difficiles. En 1999, dix-huit bateaux opéraient sur les bancs. Cinq ans plus tard, il n?y en a plus que six. Et les stocks diminuent?

Six compagnies opèrent actuellement sur les bancs. De leurs huit bateaux, seuls six partent en campagne. Les autres sont soit en réparation, soit en vente. Une campagne de pêche rapporte, en moyenne, Rs 9 millions. Mais les dépenses sont importantes, notamment pour le mazout, le ravitaillement, la paie de l?équipage, etc.

Pour les patrons des compagnies, ?l?indiscipline de la main-d??uvre? est un problème de taille. Depuis septembre, début de la saison, plusieurs campagnes de pêche ont avorté. Le résultat en est une insuffisance dans la fourniture de poisson au marché local. Le fameux La Perle?

Les compagnies envisagent donc la fermeture. Sauf si des mesures radicales sont prises. ?Il faut libéraliser l?emploi des marins et des pêcheurs, au moins durant certaines périodes de l?année?, recommande avec force Ah Kin Ip Kwok Sheung, le directeur de IKS Fishing, compagnie de pêche des bancs. Une prise de position que partagent Hemraj Ghina et Alain Talbot, deux autres patrons de compagnies de pêche des bancs. Car, selon eux, la main-d??uvre est le n?ud du problème. ?Les campagnes qui ont avorté récemment l?ont été à cause de ce problème?, dénonce Alain Talbot. Les compagnies souhaiteraient se tourner vers la main-d??uvre malgache, voire même asiatique, plus apte, selon elles, à répondre aux nouveaux défis de la pêche.

Prix pour les prises trop faible

Un argument que réfutent les pêcheurs. ?C?est un prétexte?, rétorque Joseph Gérard Edouard, le porte-parole de l?association des pêcheurs des bancs. Il ajoute: ?Les conditions de vie et d?hygiène à bord des bateaux sont épouvantables.? Un argument qui fait l?unanimité parmi les quelque 540 pêcheurs recensés.

Ils estiment que le prix qui leur est payé pour chaque prise est trop faible par rapport au prix de revente, sur le marché. La plupart sont aujourd?hui découragés. Les prises sont moindres, le prix reste bas et les compagnies menacent de faire appel à la main-d??uvre étrangère.

Au-delà du conflit qui oppose patrons et pêcheurs, la survie même de ce type de pêche est en jeu. Pour tenter de remédier à la situation, chacun exprime ses idées, tant les compagnies que les pêcheurs.

Les patrons suggèrent surtout la réduction de la taille des navires, les équipages de 60 pêcheurs étant alors ramenés à vingt. Il s?agirait aussi de choisir un autre type de pêche, telle la pêche à l?espadon, activité très répandue, et très lucrative, chez nos voisins réunionnais.

Les compagnies de pêche des bancs font également une proposition importante : assouplir les règlements pour les navires appareillant pour une campagne de pêche, par l?introduction, par exemple, du principe de dérogation. ?Pourquoi n?exige-t-on pas de ces centaines de bateaux de pêche étrangers qui opèrent dans les eaux mauriciennes les mêmes restrictions? Ou alors, qu?on leur impose de décharger leurs prises dans notre port?, proteste Ah Kin Ip Kwok Sheung, visiblement excédé par une situation sans ?level-playing field?.

D?autres problèmes tels l?approvisionnement en carburant pour les hors-bord (les navires embarquent des pirogues pour la pêche sur les bancs) et les conditions d?emprunt de la Banque de Développement (surtout pour l?acquisition d?un nouveau navire), sont venus s?ajouter à ceux qui existent déjà.

Le dossier bute sur les procédures

Les pêcheurs, de leur côté, sont prêts à prendre leur destin en mains. Ils estiment que la pêche sur les bancs a toujours du potentiel. Ils veulent se regrouper pour lancer des coopératives et faire l?acquisition de petits navires.

Un groupe de 12 pêcheurs, sous la houlette de Joseph Gérard Edouard, a déjà présenté un projet de Rs 5 millions. Mais le dossier bute sur les procédures administratives. Ce qui ne décourage nullement Joseph Edouard et ses amis. ?Pour nous, la pêche sur les bancs a encore de l?avenir, il suffit juste que l?on nous donne quelques facilités et nous somme prêts à le prouver?, insistent-ils. Ils affirment même que les Rs 5 millions investies peuvent être rentabilisées en une année seulement.

Comme quoi, même si elle navigue en eaux troubles, la pêche sur les bancs peut avoir de beaux jours devant elle.

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