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La musique recompose l'être

21 septembre 2003, 20:00

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Certains disent que la musique est la force humaine la plus pure, qu'elle est l'art qui a le plus de puissance sur nos passions. Ils n'ont pas tort. La musique est bien le discours passionné par excellence. (C'est pourquoi ceux qui aiment trop leurs passions n'aiment pas la musique). Parce qu'elle a le pouvoir sur nous, elle est capable de nous recomposer de l'intérieur. Il est dans la nature du discours passionné de pouvoir atténuer son propre élan, de pouvoir adoucir sa propre force pour recréer l'être en ramenant l'esprit et le corps à l'équilibre.

Le thème le plus riche de la vraie musique c'est la peine. Il est donc tout à fait normal que l'harmonie musicale possède la faculté de se rapprocher de nos passions. D'abord, elle les excite. Ensuite, elle les occupe. Comment ? En maintenant nos peines en face de nous, de telle manière qu'on puisse les contempler à distance. On est alors dans un état de mélancolie. Cela explique pourquoi la musique requiert le silence : ensemble, ils parviennent à meubler nos moments de solitude. C'est pourquoi aussi le sommeil et le soir forment les conditions favorables à la méditation musicale. Ils nous rendent contemplatifs. Ce que nous contemplons alors, ce sont les passions d'un moment ? d'où la musique est représentation d'un temps; elle traverse les divers instants de toutes nos passions.

Si elle est capable d'embellir toute l'atmosphère, l'harmonie musicale est aussi capable d'occuper toute notre âme. A juste titre, Leibniz faisait référence à la musique comme "la mathématique de l'âme". Elle compte sans le savoir, et c'est ainsi qu'elle prend possession de soi en pénétrant notre être. En saisissant l'instant d'une vie qu'elle exprime, elle figure merveilleusement ce souvenir. C'est ce qui fait qu'elle est apte à le régler. Par un effet de paroxysme, elle le ramène au repos. Tout comme les pleurs soulagent nos peines, la musique nous délivre de nos passions. On se sent réconcilié avec soi. On oppose ainsi une consolation à notre misère. Ecouter de la musique suppose donc qu'il y a en soi une volonté d'être. De même qu'on peint pour soi, on emprunte le chemin de la musique pour accéder à soi. Non pas dans la musique, mais par-delà elle.

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