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La musique pour combattre la fatalité de l?exclusion
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La musique pour combattre la fatalité de l?exclusion
Atelier Mo?Zar comme un relais pour créer «un autre genre». Pour sortir de la soumission à la misère à la possibilité de s?inventer un autre destin. Ils étaient dans la rue, victimes de ce désespérant Certificate of Primary Education (CPE) pour retrouver l?espoir dans la musique. Au début de 1996 (voir encadré), l?atelier Mo?Zar devient une source de musique, permettant à des dizaines de jeunes de développer, au fil du temps, une autre amitié, une autre complicité que celles qui se mettent en place dans la délinquance et l?oisiveté. Ils étaient huit au départ. Aujourd?hui, ils sont quelque 800 à s?être inscrits sur la liste d?attente. C?est l?histoire d?une rédemption à travers la musique.
A 11 ans, Giovani Emile sent des notes de musique résonner en lui. Il est attiré par le jazz. Mais il sait également que ses chances de réaliser son rêve sont minimes. Une fée viendra pourtant frapper à sa porte. C?est une tante qui vit à l?étranger et qui, de passage, à Maurice, comprendra qu?en offrant un saxophone à son neveu Giovani, cela donnera un sens à la vie du jeune homme. Portant son instrument de musique en bandoulière, Giovani Emile frappe à la porte de l?atelier Mo?Zar. «Je me disais déjà que je ferais de la musique ma vie», confie le jeune homme de Roche-Bois désormais âgé de 17 ans.
A 25 ans, Ludovic Matondé est déjà un nom connu dans le monde musical mauricien. Dès l?âge de 16 ans, il se joint à l?atelier Mo?Zar. Il ne connaissait rien à la musique jusqu?à ce qu?il achète un album du saxophoniste américain Joshua Redman. C?est la révélation. «Je découvre le saxo et je veux en jouer. Et le seul endroit pour le faire c?était l?atelier Mo?Zar», raconte Ludovic Matondé.
Le langage de la musique</B>
Claudie Bazil était lui-même musicien. Il jouait du saxo. S?il ne contraint pas son fils Ivan à en faire de même, il ne résistera pas, par contre, à lui suggérer l?idée qu?il ne faut pas laisser le saxo qu?il possède moisir dans une armoire. C?est ainsi que papa Claudie encourage sa progéniture Ivan à se joindre à l?atelier Mo?Zar. Il avait alors 14 ans et l?atelier sera un véritable déclic. A 21 ans aujourd?hui, il fait le tour de l?Europe dans un groupe comprenant des musiciens de différentes nationalités. «Je n?aurais jamais pu penser qu?il allait pouvoir vivre de sa musique», concède Claudie Bazil.
Natacha Chery est une petite fille de 11 ans lorsqu?elle arrive à l?atelier Mo?Zar. Mais dès ses cinq ans, son papa pianiste l?initie à la musique. L?atelier Mo?Zar va, par la suite, lui permettre de prendre une nouvelle dimension jusqu?à y devenir prof de piano, avant de prendre une nouvelle destination pour la France après son mariage. La désormais Mme Natacha Chery-Barraud passera à présent le grade huit à la Royal School of Music après avoir eu son grade cinq à Maurice déjà, grâce à l?atelier Mo?Zar. «J?ai appris le langage de la musique à l?atelier. J?y ai acquis mon indépendance. A 14 ans, je présentais des chants de Noël dans des hôtels. Prochainement, je pourrais assurer des cours dans n?importe quelle école de musique française», fait ressortir la jeune femme, âgée de 21 ans. L?aventure avait débuté par le «petit» atelier Mo?Zar.
Giovani Emile, pour sa part, a appris à développer un autre type de contact avec les gens. «J?habite Roche-Bois. J?avais besoin de prendre confiance en moi-même et en ma musique. Le jazz, c?est un mot magique dans lequel on peut s?exprimer, s?inventer et improviser. On y découvre une autre voix en soi», explique le jeune homme qui ne cache plus son désir de faire carrière comme musicien. Il faut dire que l?expérience des autres lui a démontré que ce n?est pas une utopie. «Sans l?atelier Mo?Zar, on serait peut-être resté dans la rue. Aujourd?hui, j?ai un choix et, cela, grâce aux animateurs de l?atelier», affirme avec une note de reconnaissance, Giovani Emile.
Au contact de musiciens consacrés comme José Thérèse et Ernest Wiehe, Ludovic Matondé a appris à grandir. «J?ai connu l?amitié des adultes et des jeunes de mon âge. L?atelier, c?est une manière de penser autrement. C?est une porte de sortie pour tous ces jeunes qui croyaient ne pas avoir d?avenir. Je veux que cet atelier puisse continuer à exister. Il offre d?autres horizons aux jeunes», insiste Ludovic qui, entre autres, a eu l?occasion de jouer en solo de son instrument préféré, le saxo, en première partie à une représentation au théâtre de St-Gilles à la Réunion, avec d?autres artistes étrangers.
Talent et volonté</B>
Aujourd?hui, à l?image de Ludovic, Natacha, Ivan, Giovani, ils sont nombreux ceux qui sont passés par l?atelier Mo?Zar avant de devenir des musiciens. Aujourd?hui bénévolement, ils apportent leur soutien aux autres jeunes qui vivent l?aventure de l?atelier Mo?Zar.
Tous ces jeunes qui se battent avec leurs propres armes, avec leur seul talent et leur seule volonté. Parce qu?ils savent, par exemple, qu?ils ne peuvent pas compter sur «les autorités». Celles-là mêmes qui ne les ont même pas considérés dignes de figurer parmi les artistes du Festival Kreol ! Celles-là mêmes qui ont des sous pour subventionner les socioculturels mais qui sont déficitaires dès qu?il est question de porter un projet comme l?atelier Mo?Zar. Sans doute, la véritable culture, l?art authentique et les expressions créatrices ne font pas le poids face à la bêtise de la culture officielle...
<B>Nazim ESOOF</B>
<B>Une belle aventure</B>
■ C?est une histoire qui débute le 2 février 1996. L?atelier Mo?Zar voit le jour dans la maison du saxophoniste José Thérèse à Roche-Bois. Celui-ci, de retour au pays après un passage au «Dansk Conservatorium» de Danemark est approché par des amis pour lancer une école de musique. A cette époque, le taux d?échec au CPE pour la région s?élève à quelque 85 %. Les enfants se retrouvent dans les rues à vagabonder. L?atelier Mo?zar va leur tendre la main. On dit à José Thérèse qu?il peut devenir un exemple puisque, issu de ce milieu, il a démontré qu?il n?y a pas de fatalité. L?exclusion n?est pas une tare éternelle. Le musicien écrit un projet et le soumet au «Trust Fund» qui l?approuve et dote l?école d?une enveloppe de Rs 250 000. Des instruments sont achetés et la maison aménagée. Le nom de Mo?Zar est trouvé comme un écho à «les miens». L?aventure débute donc avec huit élèves. Depuis, ils ont un peu plus de 150 à s?initier à la musique à l?atelier. De ceux-là, une cinquantaine vit de la musique en professionnels ou en intermittents. Parce que l?atelier Mo?Zar a mis à leur disposition des instruments onéreux, des saxophones dont les prix peuvent dépasser les Rs 60 000 et la flûte traversière Rs 20 000, ces jeunes ont démontré qu?il n?y a pas d?art exclusif ou élitiste. Aujourd?hui, certains triomphent sur scène en solo ou en groupe. Et leur musique rappelle qu?il n?existe pas seulement la culture prêt-à-entendre à Maurice.
Questions à?
<B>Jose THERESE Animateur Atelier Mo?Zar</B>
<B>«Le triomphe de la culture de la médiocrité»</B>
● <B>Sentiez-vous, à la création de l?Atelier Mo?Zar, que cette initiative allait prendre une telle ampleur ?</B>
Franchement, non. J?avais élaboré le projet avec, en tête, de le laisser entre les mains d?autres personnes par la suite. Mais il est ensuite devenu une entreprise symbolique et utile au point que je n?ai pu l?abandonner.
● <B>Depuis son lancement, quels sont les plus grands motifs de satisfaction et de déception enregistrés ?</B>
Ma grande plus grande satisfaction est de voir les jeunes se lancer en musique et en faire leur gagne-pain. L?Atelier Mo?Zar leur a apporté la musique mais aussi une discipline de vie. Ils ont développé une vision positive de la vie. Je suis, par contre, déçu que nous n?avons toujours pas une véritable école comme il le faut.
● <B>Quelle est la contribution de l?atelier au monde musical mauricien ?</B>
Sans aucune fausse modestie, je peux dire qu?il est devenu une référence nationale. Nous avons d?ailleurs reçu une proposition de la propriété de Constance pour lancer un deuxième atelier à Flacq avec les mêmes objectifs. Soit, à travers la musique, offrir à des jeunes la possibilité de sortir de l?exclusion et prendre leurs propres responsabilités. L?atelier leur offre des outils et une connaissance. Après, c?est à eux de viser l?autonomie.
● <B>Avez-vous l?impression que les autorités ont compris le sens d?une initiative comme celle de l?atelier ?</B>
Mo?Zar est une référence pour Maurice avec, de surcroît, un bilan riche. Mais les autorités prétendent ne rien voir et comprendre. Aujourd?hui, avec recul, je sais que je ne pourrais tout recommencer sans des soutiens. La société mauricienne n?a pas foi en la culture et dans l?art. On ne croit pas qu?ils peuvent aider les enfants. Même les parents n?y croient pas.
● <B>Comment expliquer cela ?</B>
Je voudrais comprendre comment des gens comme Henri Favory, Ernest Wiehe ou Fabien Cango ont tant de difficultés à vivre de leurs talents. Un talent bien réel et reconnu. Des gens qui ont obtenu du succès à l?étranger. Aujourd?hui, ils n?ont plus leur place dans la société mauricienne. Il doit bien y avoir un blocage quelque part. Comment Gérard Telot, qui a dirigé un orchestre classique à Londres, n?a pas une place ici ? Comment l?atelier Mo?Zar, qui modestement a contribué à aider des jeunes de régions stigmatisées à prendre leur destin en main, n?a toujours pas une école digne de ce nom ! Je n?ai pas de réponse à cela, sinon qu?on privilégie la culture de la médiocrité et du kitsch !
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