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La mort troublante de Niteesh

1 mai 2005, 00:00

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Niteesh n?est plus. Ce jeune de 23 ans a été fauché, dimanche, par un 4x4 roulant à tombeau ouvert sur la route reliant Beau-Vallon à Blue-Bay. Tragique ironie, Niteesh venait à peine de conseiller à son ami, Robin Seebaransing, de marcher en bordure de ce tronçon où les véhicules foncent au-delà des 50 km/h recommandés. Robin n?a même pas entendu arriver le véhicule. Dans un bruit sourd, il a vu le corps de Niteesh se fracasser sur la chaussée, 50 mètres plus loin. Il était alors à peu près 19 h 30 lorsque le 4x4 conduit par Francis K?nig, 48 ans, directeur chez United Basalt Products, entre en collision avec la bicyclette que le jeune poussait.

Les traces laissées par les deux-roues sur le bas côté de la route attestent du lieu de l?impact. Détail sinistre, une forme humaine peinte en blanc sur la route dési-gne le lieu où Niteesh a agonisé. À Ville-Noire, les Dassoo sont anéantis par la disparition de l?espiègle Niteesh. Il avait toujours le mot pour rire et amusait tout le monde avec ses facéties. Pêcheur, il avait roulé sa bosse un peu partout malgré son jeune âge. Skipper sur un yacht reliant Mahébourg à l?île-aux-Cerfs, il faisait aussi office de DJ dans les mariages.

Avec son sourire éclatant, il ne ratait pas une occasion pour taquiner ses s?urs, ses proches et ses voisins. « Sak fwa li trouv mwa li dimann mwa si mone tir rasion e li dimann mwa kan mo pou invite li pou vinn manze », se lamente une vieille voisine. Et tout le quartier s?est mobilisé à l?annonce de sa disparition. Tantine Tonia, la voisine d?en face, prépare le café noir pour la veillée mortuaire, tandis que la boutique chinoise du coin envoie des boissons gazeuses.

« Line mor dan mo lebra »

Dire que la semaine dernière Niteesh avait annoncé sur un ton badin à sa mère Tanga, son intention d?offrir à l?aîné de la famille, Prit, son équipement de sonorisation. « Aret fer mofinn », lui avait lancé Tanga lorsque Niteesh lui avait dit qu?il allait la quitter un de ces jours sans qu?elle ne s?en aperçoive. Le jeune homme avait aussi déclaré à sa mère qu?il allait mettre sa pirogue à son nom. « Comme ça, même si je ne suis pas là, tu sauras comment gagner ta vie ». Était-ce une prémonition ? Prit ne le saura jamais. Ce qui le taraude c?est que Niteesh lui avait demandé de partager une bière mais qu?il avait refusé. « Kapav si mo ti dir li oui, li ti pou ankor lamem. »

Et il est d?autant plus accablé car il a été le premier sur le lieu du drame. « Je suis arrivé une demi-heure après. Les policiers discutaient avec le conducteur, alors que mon frère gisait au milieu de la route. Je l?ai pris dans mes bras. Il respirait encore. Monn dir li pa ale la hein, pas ale, moi sa Prit, to frer, mo avek toi. So larme ine koumans koule, line pez mo lame. Monn dimann bane infirmie Samu kifer zot pa pran li kont, zot dir zot vire masinn zot vini la, mais zot inn ale ene sel ale. Monn dimann gard kifer zot pa amenn li lopital, letan sa, line mor dan mo lebra. »

Un éthylomètre?en panne

La fureur de Prit et de ses proches est encore plus grande lorsqu?ils se rendent compte que le conducteur n?avait pas encore subi d?alcootest. « Boug la ti sou. Lin desann avek enn zarm li dir moi taler toi oussi to mor », s?emporte Robin. Une foule hostile se masse alors devant le poste de police de Mahébourg pour que la procédure soit suivie. Mais l?éthylomètre est en panne, dit-on. Celui de Rose-Belle également.

En attendant, confirment des policiers, « un homme est arrivé avec deux bouteilles d?eau et des trucs à mâcher qu?il a remis au chauffeur ». Il faudra attendre une patrouille de l?ERS trois heures plus tard pour que le conducteur du 4x4 soit soumis à un alcootest alors qu?une simple prise de sang à l?hôpital d?à côté aurait suffi. L?exercice a révélé qu?il était sous influence de l?alcool, mais après trois heures, il était en dessous du taux prescrit.

Et comme c?est devenu la tradition dans de tels cas, le conducteur s?est fait admettre en clinique. « As he is under shock », dit le rapport de police. Mais à Ville-Noire, le souvenir de la victime perdure. Tant qu?il y avait Niteesh, c?était le bonheur assuré. Ses amis et ses proches ne veulent pas sombrer dans la tristesse.

« Mo espere ki laho kot li ete, sime la pou pli bon pou li », soufflait Prit dimanche soir en attendant que le corps de son frère lui soit restitué. Lundi après-midi, il l?a accompagné à sa dernière demeure au cimetière de Pointe-Brocus, face à la baie de Vieux- Grand Port, à Rivière-des-Créoles.

Robin n?a pas encore consigné de déposition, attendant qu?il soit assisté par un avocat « de peur que l?enquête ne soit manipulée ». Le chauffard soutient que Niteesh était au milieu de la route, mais il n?explique pas l?absence de traces de freinage et le fait qu?il ait stoppé 80 mètres après l?impact.

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