Publicité
La mort du pape de l?existentialisme
Cette année on parlera beaucoup de lui. Pour cause, on célébrera le centenaire de sa naissance le 21 juin. Mais dans quelques jours, plus exactement le 15 avril, c?est du 25e anniversaire de sa mort qu?on se souviendra.
Jean-Paul Sartre, dit le pape de l?existentialisme, de l??excrémentialisme? pour certains, est mort d?une maladie pulmonaire le 15 avril 1980 à 21 heures, dans le lit de l?hôpital Broussais à Paris. À la ?une? de pratiquement tous les journaux parisiens, figure l?annonce de sa mort accompagnée d?une photo légendaire de lui. Le Matin, Libération, Le Figaro, L?Humanité, La Monde, L?Express, Le Nouvel Observateur, Le Point, Les Nouvelles littéraires participent à cet événement en lui consacrant un dossier. Extraits des ?uvres, témoignages, entretiens, rappels de ses engagements, tous les moyens sont bons pour rendre compte de la vie et de l??uvre de celui qui voulait être à la fois Spinoza et Stendhal, de celui qui incarnait, dans son siècle, et de manière originale, la conscience française pour les plus hautes valeurs humaines de liberté.
L?inflation verbale gagnera la presse étrangère sans tarder : New York Times, Washington Post? Les condoléances affluent de partout : Moscou, Varsovie, Belgrade, Budapest, Rome, Athènes, Buenos Aires, Brésil, Madrid, Londres, Tokyo, Pékin, Caire, Jérusalem? de l?Unesco, du Vatican même. Dans le L?Oservatore Romano, apparaissent une multitude de témoignages sur ?la disparition de l?une des figures les plus en vue et les plus discutables de l?intelligentsia européenne?. L?Elysée ne diffusera aucun communiqué officiel par respect pour le choix intime de Sartre qui refusait tous les honneurs durant sa vie.
Auprès de sa dépouille mortelle se retrouvent les anciens du Temps Modernes, revue créée et dirigée par Sartre lui-même. En attendant, au cimetière de Montparnasse, le directeur prépare à accueillir le cercueil du défunt : Sartre n?a jamais souhaité se faire enterrer au cimetière du Père-Lachaise, à côté de son beau-père. Il aura donc une tombe au cimetière de Montparnasse, pas loin de Baudelaire, sur qui il a d?ailleurs écrit.
Le lendemain une foule immense, bariolée, mouvante, hétérogène, sympathique et tumultueuse attendait l?arrivée du philosophe au cimetière Montparnasse. Le cortège passe devant le célèbre restaurant La Coupole, où Sartre et Simone de Beauvoir avaient l?habitude d?aller déjeuner. Les garçons du café, plateau à la main, s?alignent et s?inclinent devant le cortège. Le salut est digne de celui adressé à un roi. Et l?écrivain, toujours réfractaire aux honneurs, reçoit ici son vrai hommage.
Beaucoup à retenir de sa vie, si tumultueuse, riche et pleine. Mais que retenir de sa mort ? Tout ou alors rien. Tout, car le jour de sa mort, on n?avait pas vu une telle foule depuis la mort de Voltaire, ou plutôt de celle du Pape Jean Paul II ! Rien, parce que Sartre lui-même ne pensait jamais à sa mort. ?La mort, disait-il deux ans plus tôt, je n?y pense pas. Elle ne vient pas dans ma vie, elle sera dehors. Un jour, ma vie cessera mais je veux qu?elle ne soit obérée par la mort en aucun cas. Je veux que ma mort ne rentre pas dans ma vie, ne la définisse pas, que je sois toujours un appel à vivre.?
Publicité
Publicité
Les plus récents