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La mort attendait Marday sur les falaises

10 avril 2005, 00:00

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Marday, 89 ans, a pris la clef des champs pour une promenade? fatale. Myope et souffrant de troubles mentaux, il n?a pas pu éviter le précipice.Guru Chamroo, 60 ans, a désormais une peur bleue de l?océan. « Fer tansion pa koste ! Tansion tombe », lance-t-il à Steban Dig Dig, 19 ans, qui s?approche, trop dangereusement à son goût, des falaises qui entourent le cimetière marin de Souillac.

Steban est en effet à l?endroit exact où le corps de Marday Nagen a été déposé par les gardes-côtes dimanche matin. L?ancien pêcheur de 89 ans venait alors d?être récupéré dans la baie à Fond-Blanc. De la maisonnette qu?il squatte, Guru était aux premières loges pour suivre les opérations de repêchage. Les hommes de la National Coast Guard (NCG) ont eu beaucoup de peine car, ici, les vagues se fracassent contre le rivage.

Seuls des surfeurs casse-cou et les pêcheurs chevronnés s?aventurent dans ces eaux bouillonnantes. Et nul ne sait comment le vieux Marday s?est retrouvé à la flotte.

<B>Le souvenir d?un « bon bougre »</B>

Guru a la chair de poule en repensant à la scène, car ce n?était pas beau à voir. Traumatisé, il a aussi en mémoire le sauve-qui-peut général au milieu de la nuit, il y a deux semaines, lorsqu?il a dû fuir avec plus de 300 personnes à cause d?un éventuel tsunami?

Pour l?heure, ses pensées vont vers Marday. Le malheureux a eu la nuque brisée. Il a dû tomber de la falaise, et n?a sans doute rien vu venir, myope comme il était. Sa mort a certainement été instantanée.

Souffrant de troubles mentaux depuis ces vingt dernières d?années, Marday avait la mauvaise habitude de déserter le cagibi en tôle pourrie qui lui fait office de maison. Il était régulièrement suivi à l?hôpital psychiatrique, mais son état ne s?était jamais amélioré.

En proie à ses lubies, il flânait dans les rues étroites de Surinam avant de rentrer. Le vieux Marday devait sûrement avoir toujours envie de sortir car, avec la chaleur, sa bicoque d?un mètre cinquante sur deux devenait vite invivable.

Mais le vendredi 1er avril, le vieil homme n?est pas revenu de son escapade. Après le dîner, il s?est mis au lit. Il est sorti tard dans la soirée, sans que ses proches ne s?en aperçoivent. « 8 her monn tchek li ti la mem », confie son petit-fils, Sivaramen Nagen.

Sa disparition ne sera constatée que le lendemain matin. La police est aussitôt alertée et une battue est organisée. En vain. Marday est introuvable.

Ce n?est que tôt dimanche matin qu?un pêcheur fait la découverte macabre. Les vagues malmenaient le cadavre de Marday dans la baie de Fond-Blanc. Dans le village, c?est alors la consternation. C?est vrai que Marday n?avait plus toute sa tête depuis ces derniers temps, mais tous ont gardé de lui le souvenir « d?un bon bougre ».

Quand la maladie ne lui faisait pas des tours, c?était un homme débonnaire. Ses proches l?avaient « conditionné » dans sa misérable cabane pour éviter qu?il ne prenne la fuite?

Mais la mort attendait Marday sur les falaises. Et dire que le 3 juillet, il devait célébrer ses 90 ans.

<B>Des troubles qui tuent</B>

Les personnes souffrant de troubles mentaux sont souvent sujettes aux accidents lorsqu?elles sont laissées sans surveillance. Mila Bholah, 61 ans, atteinte d?Alzheimer, a péri dans l?incendie de la chambre de prières où elle avait été enfermée la nuit du 20 octobre 2003, à Canton-Nancy, Pamplemousses. Elle y avait été confinée pour éviter qu?elle ne s?échappe ou qu?elle se blesse. Mais elle a saisi une lampe à huile, transformant son lit en brasier. La maladie avait altéré son cerveau. Elle dépérissait à vue d??il, n?avait plus de souvenirs et portait ce qu?elle avait sous la main à la bouche : torchons, vêtements, fleurs? Elle était incontinente, devait utiliser des couches-culottes et n?arrivait pas à s?alimenter seule. Le pire : lorsque son lit a été la proie des flammes, elle n?est même pas parvenue à crier, ayant perdu l?usage de la parole à cause de cette maladie..

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