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La morgue ou l?ultime étape avant le grand voyage
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La morgue ou l?ultime étape avant le grand voyage
Des solitaires dans la mort, il en existe pas mal. Les morgues des hôpitaux en sont souvent les tristes témoins. Dans leurs tiroirs, ces corps reposent depuis des jours, parfois des mois et peut-être même un an. Mais que font ces cadavres dans la chambre froide de l?hôpital et pourquoi restent-ils là tout ce temps sans que personne ne s?en soucie ?
Plusieurs explications sont possibles. Il faut d?abord savoir qu?une morgue sert à conserver un corps en attendant de l?inhumer ou de l?incinérer. Quand il y a un décès sur la voie publique, accident ou autre, la dépouille est transportée à l?hôpital pour une autopsie. Parallèlement, la police rassemble les éléments dont elle peut disposer pour identifier le corps et prévenir la famille. Le temps que les proches arrivent, la dépouille est souvent conservée à la morgue.
Autre scénario. Lorsque la mort paraît suspecte, peu importe où l?on a trouvé le cadavre, il faut attendre qu?une enquête préliminaire soit terminée pour délivrer le permis d?inhumer. Pendant cette procédure, le corps ne doit quitter la morgue sous aucun prétexte.
Il arrive également que la personne décédée ne puisse pas être identifiée, malgré tous les efforts de la police. On ne peut alors pas mettre de nom sur ce cadavre. Il arrive aussi que les proches ne veuillent pas prendre en charge le corps et les frais d?obsèques. Dans ce cas, la dépouille est alors partie pour un long séjour à la morgue. Mais pour combien de temps ?
On s?enfonce dans un bourbier administratif à vouloir trouver un délai d?expiration. « Un corps peut être conservé à la morgue pendant plusieurs années si la température est constante », déclare-t-on au ministère de la Santé. Le son de cloche est à peu près le même du côté de la police : « Il faut attendre la fin de l?enquête d?identification et ça peut prendre des mois. »
Qu?à cela ne tienne, nos morgues ne peuvent pas se permettre de « loger » des cadavres à plein temps. Selon d?autres précisions que nous avons pu obtenir auprès de la police, un corps non identifié ou identifié sans avoir été pris en charge peut être transporté après un certain temps à Bois-Marchand où il sera inhumé dans une fosse commune.
En fait, le principe de base dans ce genre de situation est le suivant : lorsque l?enquête policière n?aboutit pas, les autorités saisissent au bout de quelque mois, le Director of Public Prosecution ? for advice, dit-on dans le jargon policier. C?est le magistrat qui a le dernier mot et qui peut donner l?ordre d?évacuer la personne de la morgue et de l?enterrer. La police informe alors le département sanitaire du ministère de la Santé. Ce dernier doit, de son côté, remplir d?autres formalités. Cela expliquerait qu?un corps puisse rester à la morgue pendant un an. Mais en règle générale, les corps sont évacués de la morgue dans les trois à six mois qui suivent leur arrivée.
Dans les milieux hospitaliers, on explique que lorsque des dépouilles restent trop longtemps, il est courant de les transférer dans des morgues qui ne sont pas pleines à craquer. Celles de l?hôpital Candos et de l?hôpital Jeetoo, les deux seuls établissements où l?on pratique l?autopsie, sont considérées comme les plus appropriées. Les cinq hôpitaux régionaux ont une morgue et cinq à dix places sont disponibles dans chacun de ces établissements.
Il n?empêche que, pour des raisons d?hygiène, on tire parfois la sonnette d?alarme. On s?efforce alors d?activer les procédures pour enterrer le cadavre :
« La température dans une chambre froide varie entre zéro et quatre degrés. Ce n?est pas un congélateur. Il arrive que le corps lâche et le fait d?ouvrir et de fermer la porte à tout bout de champ n?arrange pas les choses. Le corps laisse filtrer des odeurs et pour des raisons de santé, il faut se débarrasser de ces cadavres. Pas question de contaminer le personnel », précise une source bien informée.
On se souviendra aussi de la polémique qui a suivi la décision de permettre aux étudiants en médecine du SSR Medical Centre de Belle-Rive d?utiliser les cadavres non identifiés pour des travaux pratiques. Utilise-t-on toujours des cadavres provenant des morgues pour des expériences ? « Les étudiants ne font pas d?expériences sur les cadavres, ils étudient tout simplement l?anatomie », déclare-t-on laconiquement au ministère de la Santé.
Qu?importe ! Aujourd?hui encore, dans les milieux médicaux, beaucoup de gens s?offusquent de cette situation.
« On est un petit pays, il faut avoir du respect pour nos morts. On ne peut pas laisser utiliser les cadavres sans vergogne, même s?il s?agit de clochards. Si les pratiques de ce genre sont courantes à l?étranger, on s?assure au moins que les étudiants n?ont pas affaire à des cadavres de leur pays. Imaginez ce que ça fait que de se trouver devant le corps de quelqu?un qu?on connaît ! »
Finalement, dans tout ce ch?ur d?informations, on retient qu?il vaut mieux veiller à ne pas laisser trop longtemps le corps d?un proche à la morgue. Là-bas, il y a toujours un risque qu?il se perde, qu?il soit utilisé à des fins scientifiques ou qu?il soit transporté à Bois-Marchand pour être enterré dans une fosse commune mal entretenue.
Espérons aussi qu?on ne se retrouvera pas un jour dans la même situation que la France après la canicule du mois d?août. Avec notre cinquantaine de places, on risque un embouteillage catastrophique.
Informations pratiques
N?importe qui peut conserver le cadavre d?un proche à la morgue. Il faut justifier cette démarche. On a recours à ce système lorsqu?il faut attendre l?arrivée de proches de l?étranger pour l?enterrement. Les personnes qui engagent cette procédure doivent présenter des documents : carte d?identité, acte de décès. Elles se rendent alors à la morgue la plus proche de leur domicile. S?il n?y a pas de place, il faut tenter sa chance dans les autres. Pendant une alerte cyclonique numéro trois, la police se charge de transporter le corps. En temps normal, les proches utilisent leur propre moyen de transport ou font appel à une entreprise de pompes funèbres pour transporter, laver et habiller le corps. La police possède en outre deux véhicules aménagés de façon à ce qu?on ne puisse pas voir le mort et qu?aucune odeur ne filtre au dehors.
La morgue est gratuite. Il n?y a pas à payer quoi que ce soit.
Des croque-morts marrons
Certaines entreprises de pompes funèbres sont persuadées d?être victimes d?une concurrence déloyale à la morgue. En principe, un Mortuary Attendant est chargé d?assister aux autopsies. Il recoud les corps, les lave, les enveloppe dans le drap mortuaire et les range dans des casiers. Selon certains témoignages, des employés proposent même de laver et d?habiller les morts? contre paiement. Certains s?occuperaient même de faire venir un cercueil et seraient prêts à transporter les dépouilles à domicile dans leur propre voiture. « Nous, nou paye taxes municipalité, l?emplacement, travaillère. Après nous aprane ki banne l?hopital même pé fer nous travaille. Zot prend Rs 500 à 1 000 pou baigne dimoune là, pou habille li. Zot profite faiblesse dimoune. Zot faire casse illégalement lor lé corps dimoune », soupire un responsable de pompes funèbres.
Des gens se plaignent aussi qu?après une autopsie, ils ne savent pas où chercher le corps. Si la police se charge en effet de transporter le corps à l?hôpital, c?est à la famille de prendre ses dispositions pour le récupérer. Parfois, un corps qui se trouve à Jeetoo est transféré à Victoria pour être autopsié ou vice-versa. Ainsi, les habitants du Nord sont parfois obligés d?aller à Quatre-Bornes. Un Mortuary Attendant travaille en principe de huit à 17 heures. Deux fois par semaine, il est de garde de 17 à 22 heures.
Il reste chez lui et reçoit une allowance de Rs 7 pour chaque heure de garde et s?il y a une autopsie à ce moment-là, il est payé Rs 40 pour chaque heure de travail. En outre, à chaque fois qu?il y a une autopsie il reçoit Rs 200. On imagine sa frustration lorsqu?un corps arrive et est autopsié ailleurs.
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