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La menace qui vient du ciel

22 octobre 2005, 20:00

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Alors que la psychose de la grippe aviaire gagne du terrain en Europe et en Asie, et qu?on annonce « des millions de morts » si les pays d?Afrique et le Moyen-Orient sont touchés, Maurice semble aborder toute propagation de la maladie avec sérénité. Inconscience ? « Sûrement pas ! », répond Thierry de Spéville, General Manager de Food & Allied Industries Limited (Fail), le plus gros producteur de poulets à Maurice. « Notre atout est d?être une île éloignée du continent. Mais il nous faut être vigilant pour empêcher que la maladie n?arrive. »

Dès octobre 2004, à l?initiative des producteurs de poulets, une réflexion s?est engagée autour de l?apparition de la grippe aviaire en Asie du Sud-Est. Les autorités agricoles et sanitaires ont été approchées et, depuis le début de l?année, un comité national, présidé par Lewis Prayag, Principal Veterinary Officer, se réunit toutes les semaines pour élaborer un plan de lutte et de prévention de l?épidémie.

Quelles sont les mesures prises jusqu?ici ? L?important étant de s?assurer que l?épizootie n?entre pas à Maurice, la première mesure a été d?interdire l?importation de volailles ? tout oiseau vivant, surgelé ou frais. À l?exception des oiseaux de souche parentale pour des besoins commerciaux. Ces oiseaux fournissent toutes les garanties par rapport à leur état de santé et leur « traçabilité ». L?interdic-tion frappe aussi les plumes et autres sous-produits.

Quant aux produits surgelés (poulets, canards, pintades, dindons?), toute importation d?Europe, d?Asie et d?Afrique du Sud est désormais interdite. Pour toute importation d?Australie et de Nouvelle-Zélande, les permis ne seront délivrés qu?après de rigoureux contrôles.

Les oiseaux migrateurs peuvent introduire la grippe aviaire. Mais les experts estiment que les 2 500 à 3 000 oiseaux, venus d?Asie centrale et de Sibérie, qui transitent dans l?estuaire de Terre-Rouge, représentent peu de danger. « D?abord leur nombre est faible, pour ne pas dire négligeable, comparé aux millions qui se retrouvent, par exemple, dans l?estuaire du Danube », affirme un fonctionnaire du ministère de la Santé. De plus, Terre-Rouge n?accueille pas de canards à col vert, gros porteurs de maladie, ni des petits oiseaux migrateurs venant de l?Asie du Sud-Est.

<B>L?estuaire sous surveillance</B>

Cependant, les autorités ont mis en place un suivi de l?estuaire ainsi qu?un renforcement de sa sécurité. Sa petite superficie (26 hectares) et le fait qu?il soit presque entièrement clôturé facilite la surveillance des oiseaux. Des analyses systématiques d?échantillons d?eau et de fiente sont effectuées toutes les 48 heures. Mais à partir de cette semaine, on passera à une autre étape : l?analyse sérologique des oiseaux. « Cela nous permettra d?être encore plus précis sur la présence de la grippe aviaire parmi les oiseaux migrateurs », affirme le Dr Prayag.

De son côté, le ministère de l?Agriculture a constitué une petite cellule chargée de répertorier et de suivre les petits éleveurs de volaille et de porcs des environs de Terre-Rouge afin de dépister tout signe de grippe aviaire. Pourquoi le porc ? Parce qu?un virus aviaire peut s?adapter à l?homme en passant par le porc. Des scientifiques mauriciens recommandent l?enfermement des volailles dans un rayon de cinq kilomètres autour de l?estuaire. D?autres relativisent le danger en soulignant qu?il serait étonnant que des oiseaux malades volent sur de si longues distances, entre la Sibérie et Maurice.

Le port et l?aéroport sont sous étroite surveillance. Tout navire entrant dans les eaux territoriales ne doit pas avoir de volaille à son bord. Les passagers ne peuvent pas avoir des ?ufs ou des oiseaux de compagnie. Tous les axes d?entrée dans le pays semblent donc sécurisés. « Ma seule crainte concerne le danger que quelqu?un fasse entrer des ?ufs venant d?un pays infecté sans les déclarer », estime Robert Soupe, président de l?antenne mauricienne de la World?s Poultry Science Association (WPSA).

<B>La douche obligatoire</B>

Et quid des producteurs de poulets locaux ? N?y a-t-il pas de risque de grippe aviaire chez eux ? « Même si les risques sont faibles, nous ne pouvons pas nous permettre l?économie de précautions. Notre industrie dépend de sa fiabilité », affirme Thierry de Spéville. Comme ses concurrents, Fail a un système de sécurité sécurisé. Toutes les fermes sont « isolées » et les « étrangers » interdits. Le personnel passe par la douche obligatoire, porte un survêtement spécial et passe à l?entrée et à la sortie de chaque bâtiment, dans des bacs de désinfection des bottes et de stérilisation des mains. De plus, chaque équipement qui entre ou sort d?une ferme est désinfecté ou fumigé.

De plus, ses services vétérinaires contrôlent chaque cargaison de poulets quittant une ferme pour l?abattoir afin de s?assurer de la bonne santé des volailles.

« Nos normes sanitaires sont plus que sévères et contraignantes et nous pouvons garantir la qualité et la traçabilité totale de nos produits. »

Le Contigency Plan national prévoit les mesures à prendre en cas de découverte d?une volaille contaminée sur le sol mauricien. « Le temps de réaction sera immédiat », prévoit Robert Soupe. D?abord, l?oiseau contaminé sera isolé et tué, de même que ses congénères qui seront ensuite compostés ou enterrés. Un cordon sanitaire de 3 km de rayon sera aménagé et la région surveillée par les autorités sanitaires et policières. Toute personne, ayant été en contact avec les volailles contaminées, sera prise en charge par le personnel médical. Et tous les intervenants seront équipés de masques et de gants. Enfin, les autorités assurent pouvoir être approvisionnées dans les 24 heures, de Tamiflu, un antiviral réputé contre la grippe aviaire, auprès d?une filiale des laboratoires Roche.

En attendant, les éleveurs de poulets pourront assister à l?une des cinq causeries régionales organisées par la WPSA et l?Agricultural Research and Extension Unit (Areu). « Nous allons les sensibiliser pour renforcer la bio-sécurité », explique Robert Soupe. « C?est important, car la grippe aviaire est apparue, en Asie, chez les petits éleveurs d?abord. »

Maurice semble parer à toute éventualité. « Mais il faut être vigilant : le risque zéro n?existe pas », prévient Thierry de Spéville.

<B>Une maladie de nombreux virus</B>

La grippe est d?origine virale. Les virus aviaires touchent presque tous les oiseaux. Alors que les scientifiques ont remarqué que les oiseaux sauvages sont porteurs sans être malades, le même virus peut être contagieux et meurtrier chez des volailles et même chez l?homme.

■ La grippe espagnole

Provenant du virus H1N1, la pandémie de grippe de 1918 a fait? 40 millions de morts sur la planète. C?est la pandémie la plus meurtrière à avoir frappé l?humanité.

■ La grippe asiatique

Provenant du virus H2N2, elle a fait plus de 4 millions de morts en 1957.

■ La grippe aviaire

Sa souche est le H5N1. Apparue à Hongkong en 1997, elle a fait 6 victimes. Réapparue fin 2003 en Asie, elle a fait, jusqu?ici, 66 morts.

En cas de contamination, les poulets seront immédiatement isolés et tués.

<B>Comment peut-on attraper le virus ? </B>

Selon les épidémiologistes, le seul risque de contracter le H5N1 est actuellement d?être en contact avec une volaille infectée vivante ou crue. La fiente d?oiseaux transmet également le virus. Mais tant que le virus est strictement aviaire, il n?y a aucun risque de contamination homme-homme.

Cependant, une mutation du virus en une forme humaine est un danger considéré par les scientifiques, qui redoutent une telle éventualité. Jusqu?ici, aucun cas de mutation n?a été enregistré.

<B>Quels sont les symptômes ? </B>

Le danger vient du fait que la maladie présente les mêmes symptômes qu?une vulgaire grippe : fièvre supérieure à 38 °C, maux de gorge, douleurs musculaires et troubles respiratoires. L?OMS rappelle que sur les 110 personnes infectées recensées, seules 66 sont mortes. On ne s?explique pas encore pourquoi certaines personnes, infectées par le virus, ne « développent » pas la grippe.

<B>Existe-t-il un vaccin ? </B>

Il n?existe pas de vaccin, le virus H5N1 n?ayant pas encore « mué » avec un virus de la grippe déjà connu de l?homme. Mais il existe deux traitements antiviraux : le Tamiflu et le Relenza. Les autorités hongroises ont annoncé, jeudi soir, qu?un laboratoire magyar avait mis au point ce qui semble être un vaccin efficace contre le virus H5N1.

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