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La MCIT s?intéresse de nouveau à Bruno Tadebois

3 juin 2006, 20:00

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La Major Crime Investigation Team (MCIT) revient à la case départ dans l?affaire du viol et de l?assassinat de Nadine Dantier. L?équipe dirigée par le surintendant p. i. Hurrydeo Raddhoa, se tourne de nouveau vers Bruno Tadebois, le petit ami de la jeune fille.

La MCIT pense avoir des renseignements susceptibles de faire avancer ce dossier qui traîne depuis trois ans. C?est en effet en début de soirée, le 25 juin 2003, que l?étudiante en gestion de l?université de Maurice avait été tuée dans un terrain vague sur le trajet qu?elle a emprunté pour rentrer chez elle à l?avenue Dauphin, à Albion.

Nadine avait à peine 20 ans et elle revenait d?un stage de formation en entreprise à Quatre-Bornes. Il faisait déjà noir lorsque son ou ses agresseur(s) l?ont entraînée dans le sous-bois situé non loin du domicile de ses parents pour lui ôter la vie. Portée disparue, son corps n?avait été découvert que le lendemain, mettant l?ensemble de la police criminelle et l?ancienne équipe de la MCIT sur les traces de ses assassins.

Le Central CID a bien mis la main sur Marcelin Azie, un homme de la région, considéré comme principal suspect, mais ce dernier ne semble pas être impliqué dans ce crime, au vu du résultat négatif du test ADN auquel il s?est soumis et des récents développements dans cette affaire.

Selon des sources concordantes de la police, les enquêteurs n?ont toujours pas écarté l?idée qu?un récidiviste notoire, purgeant actuellement une peine de prison, soit mêlé à cet assassinat. « Depi tou letan, la polis finn konsider li kom enn prime suspect », avoue un limier. Hurrydeo Raddhoa se penche sur la théorie qu?une proche de cet homme a travaillé chez la famille de Bruno Tadebois comme bonne à tout faire.

Récupérer la lettre dans le cercueil

La thèse développée par les enquêteurs est que le garçon se soit disputé avec sa petite amie et qu?il se serait confié au récidiviste, sans savoir que celui-ci est un « vrai sadique ». Face à la jeune fille, le malfrat n?a pas pu maîtriser ses pulsions, avance-t-on du côté de la MCIT. « C?est une hypothèse. On travaille là-dessus, mais elle ne repose sur rien en ce moment. On doit explorer toutes les avenues de cette affaire », prévient un enquêteur car depuis le début de cette investigation, nombre de pistes ont abouti dans une impasse. Contacté vendredi soir, Bruno Tadebois semble étonné que la police s?intéresse de nouveau à lui. Il déclare qu?à aucun moment une proche du récidiviste dans la ligne de mire de la MCIT n?a travaillé chez lui, et qu?il ne connaît pas non plus le détenu.

Pour s?assurer que l?enquête sera menée à son terme, Raddhoa a recherché l?appui du ministre Rama Valayden ? ancien homme de loi de Marcelin Azie ?, confirment des sources de l?Attorney General?s Office. « Bann la pe fer enn lanket aprofondi lor Tadebois a partir de so bann deplasman. So servante sipoze konn sa prizonie la, zot pe cross check partou, reguet so trajet ek so bann calls », confie une source.

Il n?est pas non plus à écarter que l?équipe de Raddhoa ne fasse, dans les jours à venir, une demande pour récupérer la lettre déposée par Bruno Tadebois dans le cercueil de Nadine Dantier. « Pou bizin tir let si bizin, pe donn li tou soutien pou konn la verite », souligne cet interlocuteur.

Les limiers espèrent déchiffrer les écrits du jeune homme grâce aux techniques scientifiques avancées. La lettre étant sans doute abîmée, mais pas irrécupérable, car, selon les Dantier elle avait été placée dans une enveloppe plastifiée.

Une affaire suivie de très près

Une telle démarche avait, pour rappel, été enclenchée par la famille Dantier auprès du tribunal de Moka en juillet 2004. Les parents de la victime avaient fait part de leurs doutes sur le Bruno dans l?affidavit qu?ils ont juré pour réclamer l?exhumation. Doutes qui ont été confiés à Hurrydeo Raddhoa lorsqu?il a pris la tête de la MCIT.

Au dernier paragraphe de leur affidavit, Jean-Yvon et Caroline Dantier font ressortir que les jours suivant les funérailles,« we tried to speak to Bruno as he was the last person to have seen and spoken to Nadine. Being in such shock, trauma and distress, we wanted to gather as much information as possible. We believe that Bruno might have information to help the police. However, he was evasive ».

Mais leur demande avait été rejetée par la magistrate Sarita Bissoonauth, la cour de Moka ne pouvant émettre un tel ordre. À ce moment, seule la police pouvait faire une demande dans cette direction. Laquelle est maintenant prise par Hurrydeo Raddhoa.

Bruno Tadebois, lui, a toujours écarté ces soupçons en maintenant qu?il n?a glissé qu?une innocente lettre d?amour dans le cercueil de celle qu?il chérissait. Il est d?ailleurs partisan d?une exhumation.

En tout cas, vu les événements, l?affaire est suivie de très près par l?Attorney General qui a donné pour consigne à Hurrydeo Raddhoa de mener son enquête selon les normes?

Mon petit doigt me l?a dit?

Le surintendant p. i. Hurrydeo Raddhoa a mauvaise réputation parmi les militants des droits de l?homme, mais son équipe et lui ont souvent un flair infaillible pour élucider les cold cases, ces affaires criminelles qui traînent et dont les auteurs n?ont jamais été inquiétés. Avant-hier, son équipe a résolu le crime d?un bébé de onze mois commis en octobre dernier par son père (voir p. 5) ; tout comme il a « déterré » les restes d?une femme tuée par son fils, dans le Sud. Son équipe avait aussi résolu l?affaire Ujodha et Veeranah, ce qui lui a valu les « éloges » du Premier ministre au Parlement, mardi. Ce dernier a considéré, dans la foulée, que le rapport de la Commission des droits de l?homme contre la MCIT dans l?affaire Ramlogun n?est pas aussi « damning ».

Eden François favorable à un test ADN

De la prison centrale, Eden François fait savoir qu?il est disposé à se soumettre à un test ADN, histoire de se dédouaner de ce crime pour lequel la police le présente comme suspect, car il n?était pas favorable à un tel exercice en 2004. « Par mo prop moyens, mo pou donn mo ADN », confie le prisonnier, qui veut choisir son propre médecin, de peur que ses échantillons ne soient manipulés. Dans la même veine, le détenu Vijay Jugmohunsing, plus connu sous les sobriquets de « souval » et « furie », veut lui aussi participer à ce test. Jeudi, il a été entendu par la MCIT. Il dit savoir qui a commis le crime d?Albion.

Il a balancé le nom d?un ancien complice, Shanto Kewin. Ce dernier, nous a-t-il, déclaré est venu le rencontrer à La Butte en juin 2003, en compagnie d?un certain Jimmy Ferdinand, disant qu?il avait commis ce forfait. La MCIT prend cette version avec des pincettes car elle a déjà interrogé ce jeune homme il y a trois mois, et attend toujours les résultats du test ADN. Les enquêteurs doutent un tantinet de la version de Jugmohunsing. Selon ce dernier, Shanto Kewin était fou amoureux de Nadine Dantier, et il la suivait régulièrement ? un élément déjà avancé par la famille Dantier ? et il l?aurait violée et tuée dans un accès de colère.

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