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La MBC déclare la guerre aux agences de publicité
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La MBC déclare la guerre aux agences de publicité
Fin août 1982, la Mauritius Broadcasting Corporation déterre la hache de guerre et la brandit en direction des agences de publicité. Leur crime, allègue-t-elle, serait de siphonner, au passage, 20 % de ses recettes publicitaires. Soudainement et par la seule grâce de l?avènement d?un nouveau gouvernement, cela lui semble inadmissible, en dépit d?un ?modus operandi? datant de plus de trois lustres. Elle décide donc unilatéralement, à compter du 1er septembre 1982, l?abolition du paiement de cette commission de 20 % due par elle aux agences publicitaires pour un travail professionnel pourtant incontournable sous peine de tomber dans la médiocrité la plus totale.
Les directeurs de nos agences de publicité sont pris de court, d?autant plus qu?une clause du contrat, les liant à la MBC, stipule que toute dénonciation d?une clause du contrat ne peut prendre effet avant huit semaines à compter de la date officielle de ladite dénonciation. Ils essayent mais en vain d?enclencher le dialogue avec les nouveaux dirigeants de la MBC, où Gaëtan Essoo remplace un Jean Delaître, victime d?une odieuse chasse aux sorcières. Ils avouent à la presse s?être véritablement heurtés à un mur, pas même de lamentations. Impossible de dialoguer avec les autorités responsables.
Une lettre de la MBC adressée, le 18 août 1982, aux agences de publicité, met le feu aux poudres. Elle annonce l?abolition de la commission de 20 %, l?offre d?une ristourne de 10 % sur les contrats payés au comptant, l?imposition d?une garantie bancaire pour tout contrat impayé à la signature, un délai de 30 jours pour régler toute facture en souffrance, l?abolition des escomptes sur les contrats importants.
François Adam, directeur du Mauritius Advertising Bureau, rappelle que 80 % du chiffre d?affaires de la MBC proviennent des agences. La publicité est une information qui doit être pensée, étudiée et structurée d?où leur rôle. Leur enlever leurs seuls revenus, en abolissant, du jour au lendemain, leurs commissions gagne-pain de 20 %, reflète une complète méconnaissance des objectifs de la MBC. Il dénonce par conséquent le manque total de considération de cette dernière pour les secteurs commerciaux et industriels de notre économie.
La ristourne-miette de pain de 10 % n?offre aucune garantie que, après le paiement des sommes dues, le client soit pleinement satisfait de la qualité de l?insertion de ses passages publicitaires dans la grille des programmes de la MBC. Le paiement par avance rend plus difficiles les insertions publicitaires des petits annonceurs. L?imposition arbitraire d?une garantie bancaire éliminera automatiquement ceux ne pouvant l?offrir.
La décision arbitraire de la MBC porte finalement atteinte à l?économie et à la nation mauriciennes. Avant le 11 juin 1982, les relations entre la MBC et les agences de publicité étaient cordiales car privilégiant le dialogue. Le nouveau directeur de la MBC a dans un premier temps accepté de rencontrer les directeurs des agences. Il s?est décommandé à la dernière minute malgré l?extrême gravité de la situation. Les téléspectateurs mauriciens seront finalement les grands perdants de la déclaration de guerre de la MBC aux agences de publicité. Sans celles-ci, il sera plus difficile à celle-là de trouver au pied levé le patronage financier requis pour retransmettre en direct des événements internationaux.
François Adam reconnaît que certaines agences de publicité doivent des sommes importantes à la MBC. L?existence de quelques mauvais payeurs ne peut cependant pas justifier des mesures arbitraires et déraisonnables, paralysant désormais un secteur vital de l?économie mauricienne. Si la MBC veut sanctionner les mauvais payeurs, elle n?a qu?à s?en prendre à ceux-ci exclusivement, en refusant de traiter avec eux tant qu?ils ne se seront pas acquittés des sommes dues et non pas pénaliser l?ensemble d?une profession, en sanctionnant pareillement les bons comme les méchants.
En revanche, la MBC refuse d?agréer la requête des agences de publicité qui, avec l?accord de leurs clients, lui demandent d?annuler séance tenante leurs insertions publicitaires. La MBC brandit l?absence de toute provision, dans les contrats passés, permettant une telle annulation, alors qu?elle n?hésite pas à prendre des mesures totalement arbitraires avec un préavis de douze jours au lieu de huit semaines stipulés sous contrat. Le ministère de l?Information essaye de son côté d?embrigader la presse écrite dans cette croisade anti-commission de 20 %, due aux agences de publicité. Des journaux lui répondent que ces 20 % sont l?honnête rétribution de tout un travail de marketing, de conception et de formulation de l?information commerciale et industrielle. Ils ne voient pour quelles raisons ils devront mettre un terme à un partenariat donnant entière satisfaction aux parties concernées pour satisfaire un simple caprice gouvernemental.
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