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La lutte est serrée

13 décembre 2003, 20:00

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Tout le monde se dit gagnant, mais personne n?ose avancer de chiffres. Du côté du MSM-MMM, l?on parle de victoire « éclatante » de Prakash Maunthrooa. Si tel était le cas, quelle serait la marge d?avance sur Rajesh Jeetah ? « Ce sera une marge conséquente », se contente de répondre Pravind Jugnauth, le Campaign Manager de l?alliance au pouvoir.

Chez l?opposition, on crie également victoire et ici également, aucun dirigeant ne veut chiffrer l?écart qu?aurait Jeetah sur Maunthrooa : «Toute prévision est difficile, même si on est sûr de gagner ».

Les deux blocs, même s?ils ne sont guère confiants, d?où leur refus d?un pronostic, sont obligés de jubiler devant la presse, histoire de galvaniser leurs troupes. Mais à vrai dire, tout semble indiquer que l?arrivée entre les deux principaux candidats se jouera dans un mouchoir, comme cela a été le cas en septembre 1999, quand Xavier-Duval avait battu Françoise Labelle par 880 voix (13 072 contre 12 192).

Les services de renseignement de la police éprouvent toutes les peines du monde à désigner un gagnant, indique une source digne de foi. Ils prédisent qu?un millier de votes séparent, pour l?heure, l?un candidat de l?autre. C?est dire que rien n?est joué encore.

« Jeetah ou Maunthrooa, ce ne sera pas une surprise de voir l?un ou l?autre élu », observent plus d?un observateur averti à Piton-Rivière-du-Rempart. S?ils préfèrent, contrairement aux opinions partisanes, ne pas pronostiquer sur un éventuel gagnant, c?est en raison des différents facteurs qui rendent la circonscription difficilement lisible.

Tout d?abord, il y a au moins 15 % d?indécis parmi les 37 623, soit plus de 5 000 électeurs. Ces flottants n?ont pas encore choisi leur camp et ne s?affichent à aucune manifestation politique. C?est le cas d?Anil, jeune enseignant au primaire qui habite à Piton : ?Pour vous dire franchement, aucun parti politique ne m?a convaincu jusqu?ici. Si je suis sûr que j?irai voter dimanche prochain, parce que c?est avant tout un devoir civique, en revanche, je ne sais toujours pas où je placerai ma croix?. Les jeunes, principalement, sont toujours hésitants, puisqu?ils sont perdus entre les sempiternelles attaques entre les deux blocs, entre les thèmes qui évoquent davantage l?émotion que le concret, c?est-à-dire leur quotidien, dans leur village.

La stratégie adoptée par l?opposition n?arrange pas les choses. Contrairement au MSM-MMM qui organise tous les jours une série de réunions, auxquelles sont conviés les journalistes, les travaillistes misent, eux, sur une campagne discrète, des porte-à-porte, loin des yeux de la presse.

« Nous avons opté pour des rencontres intimes avec l?électorat, durant lesquelles ils peuvent nous exposer, sans crainte de représailles, leurs doléances », explique Arvin Boolell. Mais Rajesh Bhagwan ne partage pas cet avis et dit haut et fort que « langage communal na pa capave cause dans micro sa, bisin enn travail sous-marin même sa ».

« Silencieux mais nombreux »

Deva Virahsawmy, autre travailliste très actif sur le terrain, avance, lui, une autre raison qui complique l?analyse des tendances : « Ena beaucoup nou dimounes qui pas pé affiche zotte, mais qui pou vote nou. Gouvernement pé fer Cracking lor nou banne activistes, mais à l?heure du vote, dans l?isoloir, pression na pou éna, mais correction ki pou éna. »

C?est un fait donc qu?il est plus facile de mesurer le « response » des partisans du gouvernement que celui de l?opposition. « Ils sont silencieux mais nombreux », disent, confiants, les dirigeants travaillistes.

Sur le terrain, l?on note une mobilisation MSM-MMM désormais plus importante que celle de l?opposition.

« Banne-là éna plis moyens qui nous, zot pose containers partout, zot fer tous kalités promesses...», se plaint un agent travailliste.

Ce n?est pas qu?en termes de « bases » seulement que le gouvernement semble être plus présent que les travaillistes, mais aussi en ressources humaines. On assiste, à Rivière-du-Rempart, à une valse de ministres, suivie d?un cortège de maires et de présidents de conseil de district, de conseillers et d?autres membres des différentes instances du MMM et du MSM. «Tout le monde s?est donné rendez-vous à Rivière-du-Rempart», faisait remarquer un conseiller de Quatre-Bornes à un militant de Plaine-Verte, qu?il n?avait pas vu depuis longtemps. Une véritable invasion d?outsiders, des deux côtés!

La joute est principalement serrée puisque le MSM-MMM, depuis ces dernières semaines, ne laisse aucun pouce du terrain à son adversaire sur le terrain de la realpolitik. Pour contrecarrer le langage émotionnel, pour ne pas dire communal, de l?opposition, le gouvernement n?hésite plus à jouer la carte castéiste. Il a rappelé à la rescousse des anciens vieux loups de la realpolitik. Sir Robin Ghurburrun, Iswardeo Seetaram s?occupent, chacun de son côté, d?une section précise de l?électorat. Le gouvernement bénéficie également du soutien de Harish Boodhoo qui a organisé plusieurs réunions avec des activistes. L?homme de Belle-Terre tient demain une réunion ?importante? au collège Universal.

«Avec Boodhoo, Seetaram, Ghurburrun et banne-les autres vieux joueurs, travailliste pé commence paniqué. Zotte pé utilise à fond paroles malheureux ki sir Satcam Boolell fine prononcé à Wooton - voir texte en page 7», confie un dirigeant de l?alliance au pouvoir.

Si Rajesh Bhagwan insiste que le gouvernement n?a rien à cacher, il avoue que son équipe ratisse large : «nou pé touche le plus grand nombre: jeunes, vieux, clubs sportifs, associations socioculturelles, etc... »

Les thèmes privilégiés par le gouvernement semblent avoir effacé les épisodes Hurry et Meeah, qui avaient freiné la progression du MSM-MMM au début de la campagne. Désormais, c?est dent contre dent à Piton-Rivière-du-Rempart. Ces prochains jours, tous les coups seront permis, même les plus bas. Chaque bloc tentera de faire la différence. Même si c?est d?une tête, l?important c?est de gagner.

Au-delà de Jeetah et de Maunthrroa, il y va de l?avenir de Pravind Jugnauth et de Navin Ramgoolam (qui ont misé gros depuis le début), un peu moins de Paul Bérenger qui a su prendre un peu de distance par rapport à cette joute...

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