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La loi du silence ou le silence de la loi ?
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La loi du silence ou le silence de la loi ?
Merci de nous accorder une fois de plus l?hospitalité de vos colonnes, afin que nous puissions dire à nos compatriotes, et particulièrement à madame la ministre de la Femme, que nous sommes trois femmes qui ne pourrons jamais célébrer ce que l?on appelle la Journée internationale de la femme, aussi longtemps que la justice ne se sera pas assurée que celui qui, depuis trois ans déjà, est inculpé pour le meurtre de notre fille et s?ur, soit enfin jugé par une cour de justice.
Quatre ans se sont déjà écoulés depuis la nuit du 9 au 10 mars 2001 lorsque Vanessa fut sauvagement battue et tuée dans son bungalow par quelque brute. Il ne nous appartient pas de dire qui a tué Vanessa. Nous savons cependant, qu?après une longue enquête, à multiples soubresauts, la police a cru pouvoir désigner un prévenu.
Les recommandations de la police ont, dès octobre 2002, été transmises au Directeur des poursuites publiques qui a, début 2003, déféré le prévenu en question à la cour de Mapou dans le cadre d?une enquête préliminaire. Il appartiendra au magistrat de décider si, au vu des témoignages qu?il entendra, il devra commettre le prévenu à la cour d?assises ou pas. Pour ce faire, faut-il encore qu?il puisse entendre les témoins dans le respect des règles du droit.
Les avocats du prévenu ont formulé une requête afin que certains documents leur soient communiqués. Après les avoir entendus, le magistrat n?a pas accédé à leur requête. Non contents de la décision intérimaire du magistrat, ils ont choisi d?en appeler à la Cour suprême au moyen d?une procédure spéciale.
C?est leur droit et nous ne le discutons pas. Ce n?est sans doute pas pour rien que le prévenu s?est assuré des services de plusieurs avocats du pays.
Ce que nous comprenons moins et qui nous paraît cavalier et troublant, c?est que l?affaire ainsi portée devant la Cour suprême, appelée à dire si le prévenu a droit ou non aux documents que réclament ses avocats, une pure question de droit ne nécessitant pas l?audition de témoins, traîne indéfiniment. Elle n?est appelée aux dates fixées que pour être renvoyée. Ainsi, le 22 février, elle fut appelée pour la énième fois, pour être encore renvoyée aux calendes? ?to be fixed by circular?. D?autant plus surprenant que la défense est assurée par plusieurs avocats? To be fixed when? Question jusqu?à l?heure sans réponse.
Et, pendant tout ce temps, la cour de Mapou attend, puisqu?elle ne peut ignorer que le prévenu qui a droit à un ?fair trial?, a saisi la plus haute cour de Maurice.
Quant à nous, parentes de la victime, nous n?avons, dans notre pays, aucun droit de nous constituer partie civile comme cela se fait en France et bien d?autres pays. Nous sommes complètement écartées du procès et n?avons d?autre option que d?attendre, dans l?espoir qu?on se souvienne un jour que, nous aussi, avons des droits.
A quand les changements nécessaires afin que les familles puissent, elles aussi, se présenter au tribunal pour dire à ces messieurs de la cour leur désillusion ? A quand les changements pour modifier le système qui s?accommode trop aisément aux nombreuses demandes de renvois perturbant les familles qui, elles, s?accrochent aux dates fixées dans l?espoir de voir plus clair dans les drames qui les ont touchées et qui continueront à les interpeller tant qu?il n?y aura pas de procès au cours duquel quelqu?un, grand ou petit, devra répondre ?
Dans cette ?affaire Vanessa Lagesse?, le mot ?affaire? dit hélas ! clairement ce que cela dit : une sinistre affaire de silence? et ce silence a un prix. Quel prix ! Silence requis ? ou forcé ? par ces moyens vieux comme le monde que constituent l?achat de ce silence ou la menace contre ceux qui oseraient le rompre.
Femmes mieux représentées
Cela nous amène à reprendre ce que nous avons pu lire dans un article, ?On en parle?, dans l?express du 12 décembre 2004, à savoir ?Surtout ne pas poser les questions qui risquent de déranger quelques bonnes vieilles habitudes de pensée? Mieux vaut le silence qui permet de camper sur ses positions et ignorer ce qu?on ne veut pas voir.?
S?il existe un droit au silence pour les prévenus, il existe aussi le droit des familles de victimes, celui de rompre le silence qui étouffe leur indignation.
Il y a eu mort de femme. La justice serait-elle aussi atteinte par la maladie du non-dit ? Faudra-t-il attendre que les femmes soient mieux représentées au Parlement afin que les femmes victimes, mères de victimes ou soeurs de victimes, soient mieux entendues par les tribunaux de notre société à dominante masculine ?
JOSIANE, ANNE ET SONIA
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