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La loi du plus fort
Nous sommes tous complices. Nous savons que les dés sont pipés et pourtant nous laissons se poursuivre la ?rat race?. Aujourd?hui, premier jour du troisième trimestre scolaire, les écoliers du CPE s?engagent dans la dernière étape d?une compétition-exclusion qui fera le tri entre les A+ et le reste. Certains savent longtemps en avance qu?ils seront rejetés. Echec, souffrance, blessure, et douleur : c?est la spirale qui les attend.
?Ne jamais laisser un enfant expérimenter une situation d?échec jusqu?à ce qu'il ait une chance raisonnable de succès?, disait la pédagogue Maria Montessori qui a apporté une contribution importante au domaine éducatif. Or, dans la course impitoyable à laquelle plus de 20 000 de nos enfants participeront à partir de cette année, il y aura seulement 1 260 gagnants. Les autres, les perdants, porteront à jamais le stigmate de la défaite. L?exclusion guette ces enfants.
Les gagnants sont désignés d?avance parce que les critères de supériorité ont été définis pour favoriser une classe d?élèves. C?est de façon arbitraire que Dharam Gokhool et les penseurs qui l?entourent ont décrété que ceux qui auront acquis un maximum de connaissances livresques à l?âge de 11 ans constitueront l?élite. Les autres élèves fréquenteront des collèges que l?Etat lui-même désigne comme des institutions de deuxième grade. Pire, beaucoup de ces enfants auront décroché plus tôt, ne pouvant pas soutenir le rythme infernal de la compétition et la pression pour un bon rang. Ils savent qu?être classés après les premiers 1 260 équivaut à un passeport pour l?enfer.
Les chances ne sont pas égales. Ceux qui n?ont pas les moyens de se doper à coups de leçons particulières, ceux dont l?intelligence se développe autrement et ceux qui prennent plus de temps pour parvenir à un épanouissement complet ne partent pas sur la même ligne que les plus privilégiés. Du reste, l?école ne s?occupera pas trop de ceux-là, considérés dès le début comme des losers.
Le pédagogue Teeluck Bhuwanee, qui a une grande expérience du monde de l?éducation, confirme dans l?interview publiée ci-contre la perspective étroitement utilitaire des instituteurs. ?Demandez à l?enseignant du primaire ce qu?il fait de l?enfant dans sa classe et il vous répondra : essayer de le faire passer le CPE. Et aujourd?hui l?enfant doit être parmi les 1 260 premiers pour accéder à un collège national. Au primaire, la finalité, c?est le CPE... L?éducation nationale mauricienne semble se résumer qu?à ça.? L?éducation est dépouillée de ses perspectives culturelle, civique ou artistique. La compétition est exacerbée. Le sens de créativité est étouffé. L?idéologie du chacun-pour-soi est célébrée. Les valeurs de solidarité sont piétinées.
La contre-réforme Gokhool s?inspire de la loi du plus fort. Du coup, elle accroît les inégalités. C?est paradoxal qu?un gouvernement élu pour démocratiser l?économie prive les moins aisés de la société d?un accès à une éducation de qualité et à la mobilité sociale.
Au c?ur du débat actuel se trouve une opposition entre deux conceptions de l?éducation ? l?élitisme et l?égalité des chances. C?est un sujet qui concerne un choix de société. Voilà pourquoi c?est sur le terrain politique qu?il fallait combattre la contre-réforme. Le MMM a eu tort de privilégier la voie juridique et le MSM est coupable d?avoir renoncé prématurément à la campagne qu?elle avait enclenchée contre le sort infligé aux gosses mauriciens.
Des dizaines de milliers d?écoliers reprennent le chemin de l?école ce matin. Ce serait inopportun de leur souhaiter une bonne rentrée. Ils n?ont pas eu de vacances.
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