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La littérature comme essence ?
Le pays de la littérature : Des Serments de Strasbourg à l?enterrement de Sartre, Pierre Lepape, Editions du Seuil, 768 pages, 26 euros.
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Premier volume de « L?Encyclopédie » ( 1750 ) de Diderot, Premier roman-feuilleton, « La Vieille Fille » (1836) de Balzac.
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Le premier volume de « L?Encyclopédie » sort des presses. Il répond à une demande des lecteurs de l?époque : « un ouvrage qui mette en ordre de manière précise le savoir accumulé dans les domaines de la médecine, des mathématiques, de la physique, de la navigation, de la topographie, de la pharmacie ou de l?héraldique, qui en définisse les concepts et clarifie les enjeux. » La société, écrit Pierre Lepape, veut établir un inventaire du monde où elle vit afin de pouvoir plus raisonnablement l?habiter. Un tel instrument existe en Angleterre depuis 1728 : les deux volumes de la « Cyclopedia , or an Universal Dictionnary of Arts and Sciences ». L?éditeur, Ephraïm Chambers, accorde, en 1745, l?autorisation de traduction au libraire Le Breton. Celui-ci réunit des associés, Briasson, David l?aîné, Laurent Durand et engage un directeur, Gua de Malves, qui a le mérite de recruter Denis Diderot, connu pour des travaux de traduction de l?anglais, et Jean d?Alembert, génie scientifique. Après le départ inattendu de Malves en 1747, Diderot et d?Alembert deviennent les codirecteurs de l?ouvrage. Et dès sa nomination, Diderot donne à l?Encyclopédie une orientation inattendue. L?objectif n?est plus de traduire l?ouvrage de Chambers, mais de construire un monument de la connaissance.
Pas seulement un dictionnaire, précise PL, mais une grammaire du monde, un ordre du savoir. « L?Encyclopédie, entreprise de description de la totalité du monde humain, est à la fois un monument scientifique, un hymne à la gloire de l?activité humaine dont la capacité créatrice rivalise avec la nature et un défi politique qui vise à la prise du pouvoir sur les mots de la société. Il s?agit bien d?une déclaration de guerre enthousiaste aux détenteurs traditionnels de ce pouvoir : le monarque, son gouvernement, les législateurs et les professionnels de la parole divine. » Ceux-ci ne tardent pas à réagir. Dès 1752, l?ouvrage est condamné et les premiers volumes interdits. Diderot poursuit la publication malgré les obstacles : condamnation en 1759 par le Parlement de Paris des 7 volumes parus, qui sont brûlés publiquement, révocation du privilège royal, défection de la plupart des collaborateurs, d?Alembert en premier, confirmation de la condamnation par un bref du Pape Clément XIII .
L??uvre de Diderot s?achève en 1766. Les 10 volumes de textes restant à paraître depuis la suppression de 1759 sont proposés en même temps au public, malgré l?interdiction à Paris et à Versailles. Au total, 17 volumes in-folio de textes et 11 volumes de planches, 71 818 articles, 20 millions de mots ! Et un best-seller à l?époque : on aura vendu dans les années 1770-1780, 24 000 collections, dont plus de la moitié hors de France.
Selon PL, l?aboutissement du projet est dû à la ténacité héroïque de Diderot. « Pendant vingt ans, à ciel ouvert ou au fond de son atelier, il a affronté les tempêtes, encaissé les coups, risqué sa liberté, sacrifié une part de son travail d?écrivain. Il a rusé, griffé, man?uvré, menti, aux marges de la légalité et du méfait. Il a été trahi, lâché, condamné par ses amis, à commencer par Voltaire et par Rousseau. Il a été trompé, censuré, caviardé par ses éditeurs. » PL mentionne deux autres sauveurs de L?Encyclopédie : Guillaume Lamoignon de Malesherbes, ministre de la censure, et l?opinion publique que l?Encyclopédie a contribué à forger.
- « La Vieille Fille », le premier roman-feuilleton, est publié dans « La Presse », quotidien à prix modéré qu?Emile de Girardin a lancé le 1er juillet et qui compte déjà 10 000 abonnés. Du 23 octobre au 4 novembre, douze articles paraissent sous la rubrique « Variétés ». Ce roman en douze morceaux et trois chapitres a été commandé à Honoré de Balzac à la fin septembre. « En trois nuits, il écrit 25 feuillets ? la matière des deux premiers chapitres ? qu?il envoie à Girardin le 1er octobre. Et il promet 25 autres feuillets, la fin du livre, pour le surlendemain. En fait, il passe tout le mois d?octobre à mettre au point, à partir des deux premières parties, la mécanique inédite du roman-feuilleton. Un étonnant travail d?orfèvre. »
Comme d?habitude, sur les épreuves tirées de son manuscrit originel, Balzac commence à corriger, ajouter, déplacer, découper : neuf jeux d?épreuves pour le premier chapitre de « La Vieille Fille », treize pour le second. « Entre le manuscrit d?origine et le texte publié, il n?y a pas seulement une considérable amplification, toute la structure du roman s?est inventée, des idées nouvelles sont apparues, des orientations ont été modifiées, les conflits d?intérêts se sont déplacés, les personnages n?ont plus le même rapport à eux-mêmes et à leur entourage. Le roman obéit à la temporalité induite par le feuilleton : Balzac a multiplié les ?scènes?, comme au théâtre, pour pouvoir mieux découper son roman en tranches égales. »
Si la notoriété de Balzac fait progresser le tirage de « La Presse », deux romans-feuilletons prévus pour faire suite à « La Vielle Fille » ne paraîtront pas. Balzac, estime PL, a manqué son affaire, car des lecteurs s?indignent de « l?immoralité » de son roman. « Cette histoire assez sordide et assez drôle, de la vie de province, avec sa vieille fille en quête obsessionnelle de mari, pouvait choquer le bourgeois pudibond. Il l?était sans doute plus encore par sa charge politique légitimiste.»
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