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La ?légende Gool? de père en fils
Qui ne connaît pas Gool, à Beau-Bassin ? L?endroit où l?on trouve de tout à n?importe quelle heure ! Des gâteaux piments aux laddou en passant par un ?bon mine frire?, vous êtes chez Gool. Certes, l?établissement est délabré et poussiéreux, mais il n?en demeure pas moins une institution à Beau-Bassin.
Ahmed Issack nous accueille avec un sourire. Avec beaucoup d?humour, il affirme : ?Vous voulez encore parler de Gool, mais j?ai déjà tout dit.? A 68 ans, cet homme impressionne par son calme, fait sourire grâce à son sens de l?humour et intrigue par son énergie. ?Je ne m?assois jamais pendant le travail?, nous dit-il. Et il restera debout pendant tout l?entretien, un ?il vif sur les opérations effectuées par son fils, Yousouf Issack, au comptoir. Avec beaucoup de nostalgie, il revient sur ce qu?il appelle lui-même ?la légende Gool?.
L?histoire de Gool, c?est l?histoire de deux hommes : Ahmed Issack et son acolyte, Goolam Mohammed Hossensaeb. C?est ce dernier qui donnera d?ailleurs le nom de Gool à l?endroit. En 1969, les deux compères décident d?ouvrir un de ces ?hôtels de thé? très prisés à l?époque. ?C?était une époque difficile, la vie était dure.? Les débuts sont difficiles et le business ne décolle pas tout de suite. ?On ouvrait jusqu?à 22 heures. Nos clients étaient ceux qui fréquentaient les salles de cinéma. Les gens n?avaient pas beaucoup d?argent à dépenser.?
Avant de se lancer dans cette aventure, Ahmed travaillait dans les cinémas, à la caisse. ?Je n?ai fait que jusqu?à la 6e. A la mort de mon père, il a fallu que je travaille tout en continuant l?école. Ma mère, qui avait des gens à son service avant la mort de notre père, a vu sa situation changer du jour au lendemain.?
Autour de 1972, les deux compères décident d?ouvrir la nuit. Petit à petit, le business commence à marcher mais demande de plus en plus de temps. ?Il fallait travailler 20 heures par jour presque pour pouvoir s?en sortir.?
?Je n?ai fait que jusqu?à la 6e. A la mort de mon père, il a fallu que je travaille tout en continuant l?école. Ma mère, qui avait des gens à son service avant la mort de notre père, a vu sa situation changer du jour au lendemain.?
Entre-temps, Ahmed se marie. Il aura deux enfants. Dans les années 75, les choses commencent à s?arranger dans le pays et le business des deux amis commence à marcher. ?On a décidé de suivre l?évolution, on a cessé le thé et on a commencé à faire des snacks. Il faut suivre les changements d?habitude, et s?adapter à l?évolution.?
S?adapter, c?est probablement une des raisons de ce succès après tant d?années. Chez Gool, les clients ont entre sept et 77 ans, viennent de tous les milieux et ont des goûts différents. D?un côté, un couple d?amoureux qui a cherché un petit coin tranquille et de l?autre, deux amis venus se détendre autour d?une assiette de ?mine?.
Fier de son ?hôtel?, Ahmed nous explique que même les Européens le connaissent. ?En 1992, un Allemand a écrit un livre touristique et on en a eu une bonne page. En 1998, un Français cette fois-ci a fait la même chose. J?ai rencontré beaucoup de gens grâce à cet endroit.?
<B>?Le choix de continuer?
Gool ne ferme vraiment jamais ses portes ? ?On a été ouvert même pendant l?alerte 4 du cyclone. Mais c?est aussi pour des raisons de sécurité que nous venons. Le bâtiment est vieux, on ne sait jamais.? Travailler le soir comporte aussi des risques, comme nous le confirment le père et le fils. ?On voit de tout quand on travaille le soir, ce n?est pas toujours facile?, nous explique Yousouf Issack.
Malgré tant d?années et une réputation solide, Ahmed Issack ne se relâche pas. ?Pour moi, il faut toujours que le client soit satisfait. Et puis maintenant, il y a de la concurrence. A la sortie des discothèques, nous ne sommes plus le seul endroit de restauration disponible. Il y a des marchands ambulants.?
A quand la retraite ? Avec beaucoup d?humour, il réplique: ?Je travaille plus d?heures que tous ici. Je suis le plus jeune, c?est pour ça. Je me réveille à 3 heures tous les jours et je ne dors que quatre heures par nuit.? Et son ami, Goolam Mohammed Hossensaeb, est toujours à ses côtés, après ces longues années.
En tout cas, la relève est assurée. Yousouf, le fils assure déjà le travail même si son père aurait voulu qu?il fasse autre chose. ?Je voulais qu?il fasse des études mais il n?a pas voulu. Il a fait le choix de continuer.?
Conflit de génération entre eux ? ?Oui, ça arrive parfois mais c?est un peu normal?, nous dit le fils. Nouvelle génération signifie changement ? Yousouf a, en effet, des projets de rénovation du bâtiment. Gool ne ressemblera plus à ce qu?il est depuis tant d?années mais continuera à accueillir ses clients à toutes les heures.
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