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La kaballe ?
C?est peu dire qu?il y a eu des milliers d?ouvrages qui traitèrent de la Kabbale. Tout à fait innombrables (dont beaucoup de détruits), puisque dès l?époque de Moïse, la Révélation a proliféré en une multitude de témoignages, de livres rédigés en hébreu, dont chacun ajoutait une interprétation nouvelle, parfois contradictoire, sur le sens de la parole sacrée.
Le Talmud, chez les Juifs, rassemble (ou essaye de rassembler) en un « corpus de référence » cet invraisemblable fatras de codifications liées à la personnalité du traducteur, et aux croyances adjacentes qui ont infiltré cet enseignement religieux sous l?autorité des rabbins. Dès lors, une quantité de déviances ? souvent sur des détails, comme le fit d?ailleurs plus tard l?Eglise à propos de l?enseignement du Christ - constituèrent en fin de compte les hérésies auxquelles on a donné le nom de Kabbale (de « qabbalah, tradition ésotérique).
A l?origine, les kabbalistes prétendaient être les seuls dépositaires d?un enseignement secret, parallèle à l?enseignement officiel de la Bible. Pourquoi ? D?après eux, Moïse n?avait pas tout révélé dans le Pentateuque, qui contient, comme on sait, les cinq premiers livres traduits par les Grecs : la Genèse, l?Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Ce que les Juifs appellent la Torah, la Loi qui résume leur enseignement. Ces vérités cachées par Yahvé auraient été confiées à soixante-dix initiés d?Israël, chargés de les transmettre à d?autres initiés au fil des générations? Pour les rabbins, cette Kabbale était donc un enseignement de Moïse remontant à plus de mille ans avant Jésus-Christ.
De ces prétentions, les preuves manquent. Si la Kabbale est une philosophie occulte tirée du Judaïsme, son existence est beaucoup plus récente. L?origine en remonte au Moyen Age, au XIIème siècle et en France, dans la région du Languedoc précisément. Et par réaction de quelques mystiques juifs contre la rigueur du Talmud et de la Torah ? ce qui coïncide d?ailleurs avec l?hérésie des Cathares dans le sud de la France. La tradition de cette « qaballah » englobe les récits bibliques, les prophéties, tout ce qui ne constitue pas la révélation directe, et qui va dériver vers un mysticisme qui va se démarquer du judaïsme.
On attribue la naissance de cet enseignement à un certain Isaac l?Aveugle. Fixé en Provence, il enseignait les « voies de la sagesse » du Sepher Yetsira (le Livre de la formation). Plusieurs de ses élèves partirent diffuser cette « sagesse » en Espagne, à Burgos et Tolède ; mais aussi en Allemagne, à Ratisbonne d?abord, puis, vers 1230, avec Eléazar, rabbin de Worms. En Italie, on le retrouve à Capoue. En fait, il s?agit d?un nouveau décryptage de la Bible, distinct de la version officielle, et résumé dans le Zohar (le Livre de la Splendeur) interprétation mystique de la Torah. De la perfection divine émanent dix Séphiroths, qui sont des forces créatrices de progression vers cet idéal.
Donc, pour les kabbalistes, il y a deux lectures de la Bible : l?une connue ; l?autre, à découvrir en un sens caché, chaque mot étant passé au crible des interprétations possibles. C?est d?ailleurs ce que font toutes les sectes se réclamant de la Bible originelle : s?en approprier un sens inédit? Par exemple ? (cité dans « Histoire de la philosophie occulte », d?Alexandrian)- ce mot si bizarre : « abracadabra », qui à première vue ne veut rien dire, et inscrit pourtant sur de nombreux talismans médiévaux, n?est pas cette curiosité de magicien d?occasion. C?est « une contraction d?ABREQ AD HÄBRÄ (Envoie ta foudre jusqu?à la mort) formule sacrée protégeant des ennemis ». On trouve ainsi dans le Zohar de nombreuses formules magiques qui sont des condensés de versets bibliques. N?oublions pas que les kabbalistes donnaient une importance capitale, un pouvoir magique, non seulement à certains mots, mais aussi à de simples lettres. C?est toujours vrai chez les pratiquants d?arts divinatoires?
Pour les Juifs orthodoxes, la Kabbale n?est qu?un mélange fantaisiste d?emprunts à des religions différentes : hindoue, persane, égyptienne ou grecque?
En Europe, se sont établis, dès le XIIème, les trois principaux courants de la religion d?Abraham : le judaïsme, le christianisme et l?islam. Chacune de ces religions a connu des mouvements occultes : la Kabbale pour les juifs, le gnosticisme pour les chrétiens, le soufisme pour les musulmans. L?idée dominante de ces dérives sectaires est que seul l?initié ?celui à qui est révélée « l?âme du mot »- peut pénétrer le sens profond des textes sacrés, les autres n?y voyant que l?aspect profane. A l?initié, qui a su étudier patiemment l?Ecriture, celle-ci finit par lui dire : « Tu vois que dans les mêmes paroles où je t?avais montré un sens littéral, je te montre maintenant un sens mystique, sans que l?on puisse y ajouter ou en retrancher une seule lettre ». (Le Zohar).
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