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La gouvernance passée au crible
Première phase d?un examen d?évaluation panafricain pour Maurice, l?African Peer Review Mechanism (APRM) a pour but de dresser le tableau de la démocratie et de la bonne gouvernance. Maurice fait partie des quatre premiers pays à entamer cette évaluation. Le Ghana, le Kenya et le Rwanda sont les trois autres. L?APRM a été officiellement lancé sous le parrainage du Nouveau partenariat pour le développement de l?Afrique (NEPAD) à Johannesburg en 2002. Maurice s?est impliquée dans le projet dès 2003, après avoir signé un protocole d?accord à Maputo au Mozambique.
Pourquoi se lancer dans une telle démarche ? Dans quel but ? ?Maurice est un pays où les institutions fonctionnent correctement et les droits de l?homme sont respectés. Il semblait donc tout à fait normal que le pays se plie à cet exercice?, déclare Patrice Curé, ambassadeur auprès du ministère des Affaires étrangères et représentant spécial du gouvernement auprès du Mécanisme africain d?évaluation par les pairs (MAEP) qui coordonne l?exercice. On pourrait y voir une certaine arrogance mauricienne. ? L?objectif est d?identifier nos failles, de recueillir les attentes des acteurs de la société civile, du secteur privé, des institutions publiques, des organisations non gouvernementales, syndicats et universitaires?, justifie Patrice Curé.
Très clairement, l?APRM vise à dresser un tableau de la gouvernance et de la démocratie en Afrique. Le continent est le plus pauvre du monde ? il pèse moins de 2 % du commerce mondial ? et les crises socio-politiques et les conflits y sont légion. L?Afrique a besoin de l?aide extérieure et les bailleurs de fonds accordent des financements en fonction de la satisfaction de conditionnalités politiques. L?APRM est donc un ?exercice qui revêt de l?importance pour les partenaires internationaux?, souligne Eric Ng, directeur de PluriConseil Ltd qui participe à sa réalisation. Cependant, l?image sombre que l?on peut avoir de l?Afrique n?est qu?une facette de la réalité. Les réussites, les avancées démocratiques, le respect des droits de l?homme et le rôle moteur des entreprises existent. L?auto-évaluation lancée dernièrement permet d?identifier les points faibles et les points forts de la gouvernance en Afrique.
?En prenant part à cet exercice d?évaluation par les pairs, Maurice réaffirme son appartenance géopolitique au continent. (...) L?APRM montre la volonté de ces Etats d?identifier leurs propres problèmes et de répondre à ceux-ci. ?Mais il ne faut pas que l?APRM soit un rapport de complaisance.??
Les consultations auprès des différents acteurs de la société civile, des secteurs public et privé, relèvent ?d?un exercice indépendant?, insiste Eric Ng. Il ne s?agit pas de dresser un tableau idyllique de Maurice. Le gouvernement participe à l?exercice au même titre que les autres acteurs. Le point focal de l?APRM pour Maurice est le National Economic and Social Council (NESC). Opérant depuis avril 2002, le NESC est totalement indépendant. Cet organisme émet des recommandations au gouvernement après consultation d?un panel d?acteurs représentatifs dans le but de dégager un consensus. C?est pourquoi le NESC a été choisi pour coordonner un tel exercice.
?Il n?y a pas de censure de la part du gouvernement ?, prévient Eric Ng. ?Nous devons soumettre notre rapport d?ici le mois de novembre directement au secrétariat de l?APRM en Afrique du Sud?, poursuit-il. Patrice Curé, lui, met l?accent sur ?le plan d?action que devra proposer le rapport ?. Le rapport doit être force de propositions afin d?améliorer la gouvernance locale. L?auto-évaluation sanctionnée par ce rapport sera suivie d?un réexamen du pays par le secrétariat du MAEP soumis à l?Union africaine (UA). L?instance panafricaine d?Addis-Abeba devrait ensuite effectuer le suivi de l?application des recommandations.
L?innovation de l?APRM tient à l?implication des États africains. Maurice fait face à des enjeux économiques et sociaux particuliers dans le contexte africain. Cela s?explique notamment par l?insularité et le développement rapide qu?a connu le pays. Le questionnaire de l?évaluation a d?ailleurs été reformulé en tenant compte des spécificités locales.
Si Maurice passe pour un exemple en Afrique, force est de reconnaître qu?il ne s?agit que d?un vernis. L?exercice récemment lancé n?est, semble-t-il, pas nouveau. ?Ce n?est pas la première fois que cet exercice est lancé à Maurice?, confie l?universitaire Sheila Bunwaree qui a beaucoup travaillé sur la question. En mars 2005, un premier rapport rédigé dans le cadre de l?APRM mettait en exergue ?les débats permanents concernant les opinions de certains acteurs au sujet des défauts du service public et la perception que tous les citoyens n?ont pas les mêmes chances?. Ce premier rapport comptant pour l?exercice de l?APRM n?a pas été validé et est resté sans suite.
Est-ce à dire que les défauts pointés dans le premier rapport n?ont pas permis sa soumission ? Est-ce cela qui explique que Maurice a pris plus de trois ans pour effectuer cette auto-évaluation alors qu?il n?a fallu que 18 mois au Ghana pour soumettre son rapport ? Patrice Curé précise que ?les élections de juillet 2005 ont retardé la mise en route de l?exercice et par la suite, il a fallu redéfinir les termes de références?. Lindsay Morvan, travailleur social ayant participé au premier APRM, prévient : ?Il ne faut pas que l?APRM soit un rapport de complaisance.? Il salue dans ce sens la consultation plus large pour la réalisation de l?évaluation contrairement à ce qui a été fait il y a trois ans.
En prenant part à cet exercice d?évaluation par les pairs, Maurice réaffirme son appartenance géopolitique au continent. Surtout, il s?agit pour le pays de faire le bilan d?un développement économique rapide. Les acteurs de la société civile, des secteurs public et privé sont capables d?identifier les limites du modèle de croissance mauricien. La bonne gouvernance est un concept qui s?impose sur la scène internationale, d?autant plus dans les politiques de coopération des États du Nord.
L?APRM est une initiative africaine intéressante. Elle montre la volonté de ces É tats d?identifier leurs propres problèmes et de répondre à ceux-ci. Les bailleurs de fonds suivent de près ce mécanisme. Il est dans l?intérêt de Maurice de ne pas occulter les problèmes auxquels elle fait face. Par exemple, si les failles du système mauricien ont une coloration communale, la sottise serait de mettre des ?illères et de nier les inégalités socio-communales. L?exemple est volontairement subversif. Mais si l?exercice relève d?une intention politique louable à l?échelle du continent, il est nécessaire d?accepter ses faiblesses afin de donner sa pleine valeur à l?évaluation, et surtout au plan d?action proposé.
Il est regrettable que la première version du rapport n?ait pas été validée. Y aurait-il une certaine frilosité des partenaires engagés à égratigner l?image d?Epinal de Maurice sur la scène continentale ? L?exercice lancé le 6 juin dernier ? peu importe au final que ce soit la première ou la seconde fois ? doit être un exemple de transparence. Le public doit être informé du contenu d?un tel exercice car il s?agit bien d?identifier les failles du pays. Il s?agit surtout de trouver les pistes pour y remédier. L?APRM est en somme un exercice d?autocritique nécessaire. Un travail d?introspection pour mieux définir les perspectives futures.
<B>Le NEPAD : Par les Africains, pour les Africains</B>
■ C?est lors du sommet de Lusaka, Zambie (juillet 2001), de l?ex-Organisation de l?unité africaine (OUA), que le Nouveau partenariat pour le développement de l?Afrique (NEPAD) a été adopté. Il s?agit d?un programme panafricain porté par quatre présidents du continent : Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Abdelaziz Bouteflika (Algérie), Olusegun Obassanjo (Nigeria) et Abdoulaye Wade (Sénégal).
Le NEPAD vise quatre principaux objectifs : la lutte contre la pauvreté, la promotion du développement durable, l?intégration de l?Afrique à l?économie mondiale, et la promotion du statut de la femme.
Les thématiques de démocratie, de bonne gouvernance, de résolution des conflits ou d?accès aux services essentiels sous-tendent ces objectifs. Il faut bien voir que l?originalité du NEPAD tient au fait que ce sont des Africains qui proposent une initiative pour la résolution des problèmes africains. Le NEPAD est aussi totalement en phase avec les Objectifs du millénaire pour le développement prônés par l?Organisation des Nations unies.
Toutefois, il faut bien voir que les moyens du NEPAD sont limités. Le programme a essuyé de nombreuses critiques. Ainsi, il n?est pas rare d?entendre que le NEPAD n?est autre qu?un gouffre financier, une initiative louable mais inefficace. En 2002, un ensemble d?organisation non gouvernementales, de regroupements de la société civile et d?organisations religieuses, ont dénoncé l?inanité du NEPAD.
Toutefois, l??African Peer Review Mechanism? est un exercice d?évaluation qui semble donner une légitimité au NEPAD. Encore faut-il que cet examen des pays africains ne se limite pas à un état des lieux de la bonne gouvernance ? au sens large ? en Afrique. L?objectif est bien de trouver les clés pour le développement de l?ensemble du continent en tirant les leçons ou en prenant appui sur les évaluations menées.
<B>Les consultations ont débuté</B>
■ Dans le cadre des consultations, une série d?ateliers a été organisée au Centre Vivekananda de Pailles sur les différents aspects de la gouvernance. Gouvernance en matière économique, dans le monde des affaires et développement socio-économique sont les thèmes des ateliers qui suivent le premier concernant la gouvernance politique et la démocratie. Ce thème recoupe un ensemble d?objectifs que le questionnaire reprend. Ainsi, les questions concernant la gouvernance politique portent sur la prévention et la résolution des conflits, la défense des droits de l?homme et la primauté de la Constitution, la promotion des droits économiques, sociaux et culturels, la séparation des pouvoirs, la lutte contre la corruption, la promotion du statut de la femme et la défense des populations vulnérables. Le questionnaire doit tenir compte des réalités socio-économiques du pays. Ainsi, les questions portant sur la prévention des conflits et leur résolution n?ont pas les mêmes implications à Maurice qu?au Rwanda.
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