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La Glorieuse Révolution libyenne c?est le... changement
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La Glorieuse Révolution libyenne c?est le... changement
L?express de vendredi dernier rappelle que la presse travailliste consacre un numéro spécial à la Glorieuse Révolution libyenne, en septembre 1981. Elle insiste en particulier sur la nouvelle approche de la diplomatie libyenne, incarnée à Maurice, par le ?frère? Ibrahim Al Jaddy, connu pour avoir été le ?Petit Papa Noël, le papa-gâteaux? de Mauriciens dans le besoin, politiciens compris, même sans parti pris.
La nouvelle approche de la diplomatie libyenne se place, comme certaines campagnes électorales, sous le signe du changement, même le plus radical qui soit et pas pour seulement 100 jours. Rien n?incarne davantage cette volonté de changement que la mutation des ambassades libyennes en? bureaux populaires.
Les ambassades traditionnelles, nous assure la presse travailliste, deviennent donc un anachronisme. Leur remplacement par des bureaux populaires est la suite logique des changements structurels imposés au peuple libyen par le colonel Kadhafi. La diplomatie traditionnelle donne lieu à la corruption, assure ce journal travailliste, car les diplomates sont à la solde d?un gouvernement, sinon d?un parti ou d?une alliance politique. Il précise même que l?accréditation diplomatique est souvent basée sur le népotisme, pour ne rien dire des nominations récompensant les services rendus pendant une campagne électorale. Les ambassades traditionnelles profitent, non aux peuples, mais aux gouvernements et aux cliques diplomatiques, aux ministres comme aux porte-valises ministérielles. Rien de tel avec les bureaux populaires libyens car les contacts diplomatiques ne n?établissent pas avec des gouvernements mais avec des peuples.
Pas question pour les bureaux populaires libyens de financer, par exemple, des travaux de construction de centrales hydro-électriques (ne consommant donc pas du pétrole), de ponts, d?hôpitaux, d?écoles, d?extension du réseau routier, d?amélioration de la distribution d?eau et d?électricité. L?aide libyenne ne doit pas passer par l?entremise d?infrastructures gouvernementales et ministérielles mais doit aller directement au peuple. Les bureaux populaires prônent donc le style self-service. Les heureux bénéficiaires de leurs services vont et viennent à travers les rayons et les étagères. Le changement s?opère surtout aux guichets précédant la sortie. Au lieu de devoir mettre leur main à la poche, sinon au portefeuille, les heureux bénéficiaires empochent un montant égal à la valeur marchande de leur bel bel caddy.
Vivent donc les bureaux populaires libyens et leur nouvelle approche diplomatique. Mais pourquoi toutes ces critiques contre la Révolution libyenne et ses glorieuses méthodes révolutionnaires, se demande, en septembre 1981, la presse travailliste. Pour elle, les régimes monopolistes, les individus dominateurs, dictatoriaux et réactionnaires ont peur de la Jamahirya libyenne en raison de sa ?praxis radicale? (sic). Les impérialistes et les sionistes, comme les Américains squattant notre Diego Garcia, après avoir fait des Chagossiens les Palestiniens de l?océan Indien, font tout pour discréditer la Glorieuse Révolution libyenne.
Celle-ci veut pourtant que toute maison appartienne à qui l?occupe, fût-il un simple locataire sinon squatter. La logique libyenne veut donc que les locataires de notre Hôtel du GM en deviennent les propriétaires. A se demander qui voudra alors construire une maison, pouvant devenir la propriété de qui voudra la squatter. Il n?y a non plus d?employés ni de salariés mais des producteurs-partenaires. Heureux système censé mettre fin à l?exploitation de l?homme par l?homme. Les investisseurs et nos syndicats apprécieront comme il se doit cette promotion des travailleurs au statut de partenaires économiques. La terre nourricière ne saurait, non plus, appartenir à de vulgaires propriétaires, héritiers ou acquéreurs omnipotents. Elle appartient au peuple ou plus exactement à celui qui incarne, à lui tout seul, l?ensemble des pouvoirs, prérogatives, privilèges, droits populaires, autrement dit l?inamovible et irremplaçable dictateur. Comme dirait l?autre, plus ça change et plus c?est pareil. Il y aura même d?éminents Mauriciens à pondre cette merveille : ?a démocratie libyenne est d?une qualité supérieure à celle de Westminster?. Et pan ! pour l?Inde qui persiste à se laisser gouverner pacifiquement et harmonieusement, selon les principes politiques édictés par la Chambre des Communes et par celle des Pairs, d?origine médiévale.
La presse travailliste de 1981 déclare sans ambages à ce sujet : ?La Libye démontre clairement la nature frauduleuse et hypocrite des démocraties autres que la sienne?. Elle ajoute : ?Les institutions gouvernementales conventionnelles ne sont que des outils entre les mains de dictateurs pour écraser les masses.? Elle va plus loin en soulignant que la Libye ?met en garde contre les dynasties politiques qui réduisent les masses populaires, le peuple, en moutons inoffensifs?. Pas de pouvoirs divins à attribuer donc aux fils à papa des dynasties politiques. Les partis politiques ne sont pas non plus épargnés. Ils divisent le peuple et s?enrichissent à ses dépens. Vive donc le monopartisme et la pensée unique de notre leader bien-aimé !
Que s?est-il donc passé entre septembre 1981 et aujourd?hui pour expliquer le silence tonitruant de nos anciens encenseurs de la Glorieuse Révolution du 1er Septembre ? Laissons-leur la réponse appropriée à cette question, fût-elle : ?Le Changement commande de brûler ce qu?on a adoré et d?adorer ce qu?on a brûlé?, sous prétexte qu?il s?agit d?erreurs de jeunesse. Ne croyons pas pour autant que cette Jamahiryalatrie fait l?unanimité en cette île Maurice de septembre 1981. Ce mois ne se terminera pas sans que le pays du colonel-camarade Muammar el Kadhafi ne devienne objet de friction, tant au sein de l?alliance MMM-PSM qu?en celui du gouvernement Ramgoolam. Nous y reviendrons en temps et lieu.
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