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La gare de tous les dangers
Nous sommes à l?entrée de la gare Victoria à Quatre-Bornes. À l?arrêt d?autobus situé à côté du rond-point, une dizaine de personnes attendent le prochain bus pour se rendre à Trèfles, Rose-Hill. Ces passagers ne semblent pas être au courant qu?un accident a eu lieu il y a six jours, à l?endroit même où ils se tiennent.
Pourtant à quelques mètres d?eux, des traces de peinture fraîche sur l?asphalte décrivent l?endroit où la victime, Anne-Christine Kalee, 18 ans, a été mortellement heurtée par un autobus. Cette jeune collégienne allait prendre le bus de 7 h 25 mardi dernier pour se rendre au collège de Lorette de Port-Louis, lorsque l?accident s?est produit. Le chauffeur de l?autobus a comparu en cour de Rose-Hill pour homicide involontaire le même jour et a dû fournir une caution de Rs 10 000.
Toutefois, le lendemain du drame, tout semble être redevenu normal. Les passagers circulent librement au milieu de la gare. À 14 h 35, celle-ci est envahie par des écoliers qui descendent d?un autobus. Ces derniers, heureux de pouvoir enfin rentrer chez eux, se précipitent vers les marchands de fruits. Ils traversent la gare sans se soucier qu?un autre bus, sortant de nulle part, pourrait arriver.
Un homme et trois collégiennes pressent le pas pour ne pas se faire écraser par un autobus qui s?apprête à démarrer. Malgré cette indiscipline qui règne dans cette gare très fréquentée en début et en fin de journée, l?absence de policiers ne passe pas inaperçue. Voilà l?image qu?offre la gare routière.
Si les parents de l?étudiante jettent le blâme sur le chauffeur d?autobus, certains chauffeurs de taxi et receveurs d?autobus ne sont pas de cet avis? « Eski ou fine trouve ki passe dans sa la gare la tous les gramatins ?», lance d?un ton furieux Veeren K., un chauffeur de taxi, après l?accident qui s?est produit mardi dernier.
« Zot pas prend compte letemps bis pe rouler »
« Dimoune marche partout. Faude vine guette entre sept heures et huit heures. Bane zenfant lecole marse couma zot envi. Li triste ki sa tifi la fine perdi la vie mais faude pas ki vine blame sa chaufer bis la. Li pas fine envi craze sa zenfant la.» Notre interlocuteur raconte que lorsque certaines personnes s?apprêtent à aller prendre le bus à la gare, elles circulent librement sur le taxi stand sans emprunter le trottoir. « Quand nou mette arriere, zot passe derriere l?auto. Zot croir ki nou ena lizie derriere nou la tete. La gare Victoria fine vine couma ene zardin. Pena la police pou mette ene lordre », ajoute Raj, un autre chauffeur de taxi.
Un peu plus loin, des receveurs et des chauffeurs d?autobus expliquent que les bus circulent avec difficulté car les collégiens et les personnes marchent n?importe où dans la gare. « Ena zenfant lecole qui envoye SMS lor zot portable mais zot marse toujours. Zot pas prend compte letemps bis pe rouler. Chaufer gagne stress avant demarrer. Bizin guette cinquante coute dans retroviser pou sir pena personne », confie Sunil, un receveur de la CNT.
Il fait aussi ressortir que la gare Victoria est devenue un lieu de rencontre pour certains étudiants. « Zot casse pose partout. Parfois zot asize enbas pied. La gare fine vine couma dire ene zardin. Pena aukene la police pou mette ene lordre dans gramatin avec tantot letemps lécol fini. Guette ene coute. Sa tifi la fine mort, tout fine retourne couma avant. »
La vie a, effectivement, repris son cours normal à la gare Victoria. Mais, pour la famille Kalee, rien ne sera plus comme avant. Elle ne verra plus Anne-Christine rentrer de l?école l?après-midi.
Les raisons de l?indiscipline
Selon un haut cadre du ministère des Infrastructures publiques et du transport intérieur, il y a eu négligence de la part de la municipalité concernant le ré-asphaltage de la gare routière de Quatre-Bornes. Notre interlocuteur nous affirme que le site aurait dû être marqué de nouveau. Ce qui n?a jamais été fait. « C?est la raison pour laquelle les passagers ainsi que les autobus circulent n?importe comment », confie-t-il. Par ailleurs, lors d?une réunion qui a eu lieu l?an dernier à la municipalité, le Joint Traffic Committee a soulevé le problème concernant l?arrêt d?autobus situé tout près du rond-point où a eu lieu l?accident. Celui-ci demeure un danger pour les passagers. Concernant les abribus, la Road Development Authority a déjà identifié les endroits spécifiques pour les installer. Ce projet avait été approuvé par le ministère des Infrastructures publiques, du Transport intérieur et de la Marine. Les abribus devaient être conçus pour être facilement déplacés au cas où le métro léger serait mis en chantier.
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