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La fête nationale de la zizanie
En mars 1983, le gouvernement mauricien (MMM-PSM) est si profondément divisé qu?une partie de l?opposition intra- et extra-parlementaire se tient prête à voler, à tout moment, au secours de sa faction anti-Bérenger.
Nos réminiscences ont déjà fait mention de la mise en scène politico-diplomatique de la maladie d?Harish Boodhoo qui ne permet pas à Popol de jouir à son aise de sa première suppléance, sur le fauteuil tant convoité de Premier ministre. Il occupera plus tard ce fauteuil, des dizaines de fois et même en permanence pendant deux ans (2003-2005), sans provoquer le moindre séisme ni tsunami. Mais en mars 1983, la haine anti-Bérenger, et pas seulement hindoue, atteint une telle ampleur que la moitié de la population juge inacceptable que Popol puisse poser son séant sur le trône réservé au seul Premier ministre de Maurice et à son suppléant, si bon est l?acte de naissance. Il faut dire à sa décharge qu?il n?a guère brillé dans le respect dû aux délicates fonctions de Premier ministre. Jugnauth n?est pas non plus du genre à se laisser marcher sur les pieds.
Le 4 mars 1983, Boodhoo tombe malade. Il s?estime trop fatigué pour entreprendre un long voyage, après sa tournée d?information aux Etats-Unis. Jugnauth lui rend visite. The Nation de Boolell affirme catégoriquement : Jugnauth part en Inde, Boodhoo, malade, reste au pays et agira comme Premier ministre. Une façon comme une autre de faire comprendre à Bérenger que s?il n?est pas content, il peut toujours se faire cuire un ?uf. La presse mauve affirme de son côté que Jugnauth désigne Bérenger comme son suppléant. Il agira donc comme PM p.i., pendant l?absence de Jugnauth, en raison de la maladie de Boodhoo et de son incapacité d?assumer une telle fonction. L?express se prévaut du principe «parole donnée, parole sacrée» pour justifier la suppléance de Bérenger, en dépit de la présence maladive de Boodhoo au pays. Jugnauth est sensé rentré le 11 mars.
The Nation titre alors sur la grande confusion politique qui prévaut à Maurice. Le journal boolelliste fait dire à Boodhoo que techniquement c?est l?homme de Belle-Terre qui agit comme PM p.i. Il rappelle qu?en octobre 1982, Jugnauth, aussi souffrant que Boodhoo ne l?est en mars 1983, conserve cependant ses fonctions de PM. The Nation laisse entendre que, rétabli, Boodhoo ira occuper le bureau du PM. Il fait allusion au secteur privé ayant critiqué le voyage de Boodhoo aux Etats-Unis : «Vermine là pé traîner lors fonds piblics !» Le Socialiste confirme le journal boolelliste. Jugnauth le sait et se prévaut de ces critiques pour justifier le refus de Boodhoo de voyager inutilement. Advance laisse entrevoir un possible pugilat, le lundi 7 mars, si Boodhoo et Bérenger se pointent à la même heure devant le bureau de Jugnauth. Satcam Boolell invite Boodhoo à démissionner s?il lui reste une once d?amour propre. Gage d?une prochaine réconciliation travailliste, le MPM demande aux habitants de Triolet d?écouter attentivement le discours que SSR prononcera le 12 mars 1983.
En attendant, la presse pro-Bérenger le montre dans l?exercice de ses fonctions de PM p.i. et inaugurant, à Vacoas, un Centre pour les femmes. On comprend que cette cellule féministe ne veuille pas, en 2008, commémorer le 25e anniversaire d?une inauguration aussi mauve. Pendant ce temps, en Inde, une éminente féministe, Indira Gandhi, inaugure, en présence de Jugnauth, mais en l?absence de Boodhoo, le sommet des pays non-alignés et donne la parole, entre autres, au fidèle Castro, à Sekou Touré, à Jean Claude de l?Estrac, à Sam Nujoma.
Voilà qu?on parle d?un retour prématuré de Jugnauth. Le 9 mars au lieu du 11. Le débat n?est d?ailleurs plus orienté sur le rétablissement stratégique de Boodhoo ni sur la suppléance médiatisée de Bérenger. Il s?oriente à présent sur le différend qui oppose la MBC de Gaëtan Essoo, soutenue par Bérenger PM p.i. versus Kishore Deerpalsingh, ministre suppléant à l?Info, en raison de l?état de santé du titulaire, Boodhoo, trop malade pour s?occuper de son ministère mais assez rétabli pour disputer à Bérenger le fauteuil de l?absent Jugnauth.
Sur quoi porte le différend MBC-Essoo-Bérenger versus Deerpalsingh-Boodhoo, avec comme arbitre Jugnauth, en instance de retour prématuré ? Il s?agit de la traduction en créole de l?hymne national, version créole chère à Rama Poonoosamy, alors ministre des Arts et de la Culture et que veut populariser la MBC de Gaëtan Essoo. On connaît cette belle version créole, de beaucoup plus mobilisatrice que la poésie célébrant la fragance de notre pays, empruntée, dit-on, à l?hymne national canadien. Cette version créole la voici : Mauriciens, Mauriciennes /, Bisoin marche la main dans la main / Pou prospérité, pou bonhère lé peuple / Pou bâtir ène nation / Nous coorpéré / nous travaille dir / Dans la zistice ek liberté / Maurice nous pays / Ki Bon Dié fine béni / Nous fiers nous vive ici !
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