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La fièvre du réveillon
L?île Maurice est en fête. La nature même nous le rappelle. Dehors, les flamboyants ornent les allées. A l?intérieur, les sapins sont décorés, illuminés. La musique coule à flots. Dans les ruelles, dans les arrière-cours, tard dans la nuit, les enfants jouent, courent, et hurlent en se donnant à c?ur joie. Les livres et les cahiers scolaires sont rangés jusqu?à la rentrée prochaine. En attendant, les fusées volent, éclatent en parcelles et illuminent. Les pétards claquent, les feux d?artifice pétaradent et les feux de Bengale rejettent leurs lueurs colorées.
Réjouissons-nous. Abandonnons-nous aux plaisirs naturels. Chantons et dansons. Mijotons, concoctons des mets spéciaux. Fruits de mer, viandes grasses, fruits et légumes en abondance. Partageons. Gavons-nous jusqu?au petit matin. En famille, chez des voisins, entre amis. Enfin réveillonnons. Rompons avec notre vie quotidienne. Exemptons-nous des troubles et accédons enfin au repos de l?esprit, de l?âme. Que l?effervescence de la fête s?oppose aux tracasseries quotidiennes ! Que la frénésie exaltante succède à la répétition quotidienne de nos activités ! Banquetons, festoyons. Devenons les disciples de Bacchus, rejoignons-le devant son éternelle beuverie et allons voir des étoiles là où il n?y en a pas.
Mais n?oublions pas. N?oublions pas ceux qui souffrent, ceux qui sont loin de leur famille, ceux qui pleurent leurs chers disparus, ceux qui sont dans la rue, qui ont faim et froid, ceux qui sont mobilisés dans des putains de guerre. Pensons à eux, prions pour eux. Enseignons aux nécessiteux que la vie humaine ne s?arrête pas au désespoir. Enseignons-leur à se regarder de temps en temps avec humour afin d?échapper au poison que distillent la misère, les malheurs et ses douleurs. Enseignons-leur que toute expérience douloureuse comporte en elle un fruit rare qu?il faut savoir cueillir.
Pensons aussi à nous-mêmes. A ce que nous devons devenir, à ce que nous aurions dû être mais ne le sommes pas parce que nous manquons de volonté. Saisissons alors l?instant présent et apprenons à le charger d?une volonté. Pensons à ce que nous aurions dû faire mais que nous n?avons pas fait parce que nous n?avons pas tenu nos promesses du dernier réveillon. La cigarette, l?alcool, la paresse, la vanité? Tous ces vices sont encore là. Pensons alors à de nouvelles résolutions. A celles qui nous donnent rendez-vous avec le bonheur. A celles qui nous renouvelleront. Car le but même de toute fête est le renouvellement de ce que le temps exténue.
Mais comme tout renouvellement se fait par l?excès, toute fête se définit par le gaspillage allant jusqu?à une fin nocturne frénétique. L?excès, pour une fois, est alors nécessaire. C?est ce qui garantit le succès de la fête. Alors pour se renouveler, allons-y en excès. Notre estomac, bien cuité, ne manquera pas lui de se renouveler demain à sa manière. Mais qu?importe, donnons-nous jusqu?à l?épuisement. Faisons du plaisir un bien souverain afin que le bonheur vienne anticiper notre sagesse et vertu à venir.
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