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La famille à un carrefour
La famille mauricienne est à un croisement. Le Policy Paper qui lui est consacré brosse un constat de la situation actuelle et propose des pistes à explorer pour que l?épine dorsale de la société ne se plie pas sous la pression de la modernité. C?est l?appel lancé par le ministre des Droits de la femme et du Bien-être de la famille, Indira Seebun.
Pour une redéfinition du rôle de la famille, dont la Journée internationale a été célébrée hier, il y a consensus sur un mode participatif de réflexion et de travail. C?est ce que préconise le Policy Paper préparé par la firme KPMG. Le ministre Seebun estime qu?il faut équiper la famille pour affronter les défis du changement. ?Je lance un appel à la société civile, aux organisations socio-culturelles, à tous les stakeholders pour qu?on puisse s?assurer de l?unité de la famille.?
Comme toutes les unités de société, la cellule familiale subit ses avatars au gré de l?évolution de la société. La famille mauricienne ne fait pas exception à la règle. ?Il n?est question ni de diaboliser ni de sanctifier la famille mais seulement d?analyser les faits et de travailler afin qu?elle puisse remplir son rôle pleinement?, nous confie, à cet effet, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for Children. Tout en se réjouissant de la présentation du Policy Paper, elle rappelle que c?est l?exécution des recommandations qui importe.
Ces recommandations répondent à des préoccupations multiples. Il est ainsi question de formation au mariage, de la sensibilisation des employeurs aux contraintes de la femme salariée, du recours aux médias pour disséminer les valeurs propres à la famille, de la mise à contribution de l?école, des syndicats, de la société civile et des ONG à la formation des parents, de la mise en place de structures appropriées pour s?occuper des enfants?
Perte de valeurs traditionnelles
Au c?ur de la problématique se trouvent la participation de la femme au monde du travail, la pauvreté qui touche de nombreuses familles et l?éducation des enfants. A ce titre, les chiffres sont indicateurs de l?évolution de la société mauricienne. A 2000, la famille mauricienne se départage de la manière suivante : 6 % mono-parentale, 68 % famille nucléaire et 25% famille étendue et composite. Les structures traditionnelles étendues sont définitivement en déclin.
La participation de la femme au monde du travail, par contre, est en constante hausse. De 17 % en 1962, le taux est passé à 43 % en 2000. Le féminisme a fait son chemin. Mais il est surtout question de la double responsabilité de la femme. D?une part, son droit légitime de contribuer à la vie économique du pays et, d?autre part, son rôle de mère et d?épouse au sein de la structure familiale. Comment réconcilier les deux ? C?est la question qui traverse les époques et les civilisations. ?Il s?agit fondamentalement de savoir quel modèle de société on veut ? Toute la question ne se résume pas aux seules considérations économiques et sociales. Il y a aussi une dimension existentialiste?, précise Shirin Aumeeruddy-Cziffra.
Quel est donc le devenir de la famille mauricienne ? Il n?y a sans doute pas de modèle défini. Si le constat est le même, soit une perte des valeurs traditionnelles, il convient de comprendre les références nouvelles qui ponctuent la vie de la famille contemporaine. Afin d?atteindre cet objectif, des études fonctionnelles s?imposent. Le Policy Paper ne relève pas cet élément mais il préconise une participation élargie au processus de réflexion et d?identification des solutions pour éviter une éventuelle fracture de la cellule familiale.
D?une conception conventionnelle de la famille, celle qui fait de la protection et du développement de l?enfant un principe cardinal, on passe graduellement à une notion plus aléatoire : celle d?un monde où les enfants et les jeunes profitent de la révolution technologique et où les parents et les adultes, en général, la subissent. Si le Policy Paper apporte des réponses aux problèmes connus, il occulte, par contre, cette partie de la question.
Certes, il fait distinctement ressortir que le monde change. Cependant le débat devrait aussi porter sur la façon d?inscrire la famille dans un contexte socio-historique pour lequel elle n?a pas été formée. Il ne s?agit plus de trouver de vieilles réponses à un problème chronique. Celui d?inscrire la famille dans son époque. Mais de changer fondamentalement de perception sur son rôle et sa fonction dans la société nouvelle où enfants et jeunes évoluent dans un univers socio-technologique que les adultes maîtrisent à peine.
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