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La fabuleuse exposition de Roger Charoux

9 mai 2005, 00:00

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Roger Charoux que nous connaissons toujours si jeune et si actif, aligne pourtant plus d?un demi-siècle de peinture et d?exposition de ses ?uvres. On le retrouve ainsi, en 1955, exposant des toiles, glanées par lui tant à Madagascar et à la Réunion que dans son île natale, à l?Hôtel de Ville de Curepipe. Il peut même ne pas s?agir de sa première exposition publique. Mais celle-ci est assez importante et significative pour retenir l?attention de Malcolm de Chazal, et d?Edmée Le Breton. L?événement artistique fournit l?occasion à Roger Mervin, journaliste au défunt Cernéen, mais déjà caricaturiste hyper-talentueux, de brosser en quelques traits saisissants le profil de Roger Charoux, n?ud papillon au cou et couvre-chef.

C?est le moment de rappeler que Roger Charoux, en dépit de son éternel jeunesse, est admis à part entière dans la compagnie des plus brillants cerveaux de l?époque : Robert Edward Hart, Malcolm de Chazal, Marcelle Lagesse, Edmée Le Breton, Raymonde de K/Vern, Marcel Cabon, entre autres. Il se mêle volontiers à leurs conversations hautement littéraires et reçoit même leurs confidences. Roger doit nous raconter tous ses souvenirs, puisés à des sources aussi poétiques.

Roger ne se contente pas de maîtriser l?utilisation des pinceaux. Il excelle avec la plume et sait philosopher en matière d?esthétisme et de Beaux Arts. Il sait par exemple que ?dans l?art, la plus consolante de toutes les ressources, c?est la couleur? ou encore qu?un tableau est ?un geste bleu, un trait jaune, une idée rouge, les jeux du vert et du blanc, le tout peint avec amour et passion et dense pâte de la matière sur la toile de fond du sentiment.? C?est du moins ce qu?il enseignait alors à ses élèves du collège Saint-Esprit.

En ce qui concerne l?exposition d?avril 1955, le Cernéen parle ?d?un peintre réaliste qui trahit sa jeunesse dans sa fougue colorée.? Il expose une quarantaine de toiles, inspirées de panoramas madécasses, réunionnais et mauriciens.

Malcolm de Chazal en profite pour lui rendre hommage : ?Roger Charoux présente une entité rare à Maurice de l?alliance parfaite du caractère et de l?esprit. Aussi dans le sens de l?artiste, c?est un pur. Tout son art reflète par le sens naïf de cette innocence sans quoi nul art ne vaut.?

?Fortement imprégné de l?influence de Van Gogh, chez qui les couleurs sont des soleils, Roger Charoux, petit à petit, cherche sa voie. Il ne l?a pas atteinte, amis tout son ?uvre est imprégné de cet effort.?

?La qualité maîtresse chez Charoux, après l?innocence, est la puissance, l?acte du trait fort, le geste de la montagne que la lumière n?est pas encore venue à faire bouger.?

?Je ne connais personne en ce pays en qui j?ai plus confiance. Et ma foi est bâtie sur la volonté de l?homme, ce geste ouvert, cet élan fermement pris en main par un idéal orienté vers le Beau métaphysique, humain et divin. Charoux est un croyant de la couleur et des formes, sa vie ici rencontre son ?uvre.?

?Et ici on ne peut que le féliciter car la voie de la métaphysique passe par le naturel et le chemin vers l?ange est à travers l?homme tout court.?

?L??uvre de Roger Charoux honore l?île Maurice. Et les Mauriciens en y répondant, ne feront que s?honorer eux-mêmes.?

Edmée Le Breton ne manque pas non plus de complimenter le jeune artiste : ?Quand on est l?ami d?une ?uvre, on regrette souvent de ne pas être l?ami de l?artiste.En ce sens, à travers les époques, les grands disparus restent proches par l?art, mais inaccessibles, quant à ce que, seule, peut communiquer la présence. Restent les ?images? dont la pensée se contente, dont le coeur ne peut pas toujours se contenter. Il y a donc une double satisfaction à trouver dans une salle d?exposition non seulement toutes ces faces d?une personnalité que sont les tableaux, mais, dans le peintre lui-même, le visage d?un ami.?

?Pour Roger Charoux qui expose, à l?Hôtel de Ville de Curepipe une cinquantaine de toiles, la sympathie va de soi. Il n?est que de constater sa franchise, son enthousiasme, sa vivacité, la direction de ses goûts, si différente de celle de la plupart des jeunes ici. Et il est très jeune. Ses toiles auraient pu s?en ressentir. Mais elles sont ce que devrait toujours être la jeunesse : fraîcheur, santé, force, regard clair, attentif, intelligent sur la vie. Par la qualité du dessin et de la couleur, Roger Charoux nous donne une espérance si nous commencions à désespérer de la destinée des hautes valeurs chez nous. Car c?est un chose de faire de l?argent, c?est autre chose de lui donner l?occasion d?être noblement employé. Il faut des ?distinctions? dont l?art seul peut répondre.?

?Voici plus d?une année, Roger Charoux, qui pensait déjà à une exposition, me porta quelques toiles. Soudain ma véranda fut paysages, soleil et clair de lune. Plus tard à la Réunion et à Madagascar, il travailla à parfaire ses nuances, à assouplir son pinceau, sur de différentes lumières sans jamais être mièvre, sans jamais baisser sa vibration. Sans donc jamais cesser d?être ?honnête? et cela, on n?a pas besoin d?être peint soi-même pour la reconnaître tout de suite dans ses tableaux pour éprouver devant eux une émotion qui dépasse le seul champ de la peinture.?

?La preuve de ce que j?énonce ici, c?est cette toile de fond bleu pur, avec des bateaux dessinés par quelques traits noirs. Vision ?d?enfant? qui donne une immédiate sensation de la mer sans passer par toutes les vagues et tous les reflets. Simple, essentielle. Cette toile est pour moi la révélation de cette exposition. Je remercie Roger Charoux de m?avor fait, devant elle, tomber avec ravissement dans l?enfance.?

Nous devons à Roger Charoux un demi-siècle de gratitude.

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