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La dérive

23 octobre 2003, 20:00

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Le discours prononcé par Pravind Jugnauth à Plaine-des-Papayes, à l?ouverture de la campagne électorale du MSM/MMM, porte un coup dur à la morale politique. Le leader du MSM s?est appuyé sur le ?profil? des députés et des aspirants députés de la circonscription de Rivière-du-Rempart pour réclamer un soutien à son poulain. Il s?arc-boute ainsi sur une thématique communale qu?il a lui-même souvent déplorée chez son adversaire.

Pravind Jugnauth ne sollicite pas un vote d?adhésion en faveur du programme de son parti ou de celui de son candidat, Prakash Hurry. Il demande plutôt un vote de rejet du candidat du PTr. Pour cela, il invoque les hasards de naissance et prophétise que Rajesh Jeetah, s?il est élu, devra inévitablement abandonner la circonscription n° 7 à l?échéance de 2005. Selon une classification vicieuse établie par celui qui a été présenté comme le futur Premier ministre, il ne saurait y avoir de la place pour Hookoom et Jeetah à la fois dans cette circonscription.

Le vice-Premier ministre est un politicien de la nouvelle génération dont on avait espéré qu?il allait incarner le renouveau. Chacun souhaitait que ce jeune dirigeant ne s?accommode pas des pratiques et des méthodes du passé. Il était perçu, vu son jeune âge, comme un dirigeant capable d?offrir au pays un barrage providentiel contre les forces conservatrices. Or, il s?est vite associé à ses pairs de l?autre bord politique pour s?inscrire dans la logique malsaine de l?appartenance communautaire.

Le tournant symbolique du 30 septembre ne laissait pas prévoir cette dérive. Cet événement avait soulevé beaucoup d?espoir chez ceux qui militent pour la cohésion nationale. Certes, on peut trouver des raisons de circonstances à ce rendez-vous avec l?histoire, mais sa concrétisation n?en constitue pas moins un progrès au plan de l?unité nationale. Il laissait penser que l?appartenance religieuse ou raciale ne filtre désormais plus l?accès aux postes de responsabilité. Or, les propos de Pravind Jugnauth viennent tempérer toute cette exaltation. Les considérations castéistes qui sous-tendent son discours sont inquiétantes.

Il est vrai que le Parti travailliste et d?autres formations moins respectables se spécialisent dans les arguments à connotation raciale depuis le début de la campagne pour la partielle. Mais il faut tout de même saluer l?effort du candidat Jeetah qui tente de se démarquer de cette démarche. Il ne veut pas contredire son leader mais il ne souhaite pas non plus cautionner le discours sur ?ceux qui ont vendu la lutte de nos ancêtres?. Par conséquent, il a eu à se livrer à d?interminables exercices d?acrobatie.

C?est parce que les parcellisations ethniques ou raciales bloquent la modernisation de notre pays qu?il faut aussi s?opposer à l?instauration de droits particuliers dans notre système légal. Cette éventualité, évoquée par Paul Bérenger au Taher Bagh, la semaine dernière, ne cadre pas avec l?idée d?une République qui garantit l?égalité. Au contraire, elle officialisera nos différences.

Le seul vrai débat est celui qui peut faire avancer les idées sur les orientations sociales et économiques du pays. On attend de nos politiciens qu?ils cessent de gaspiller leurs énergies en s?engageant dans des polémiques qui ne servent pas l?intérêt national. Cette phase de maturité est à notre portée. Un pays qui a si bien réussi son miracle économique ne saurait passer à côté d?un miracle politique.

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