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La démocratisation économique pour un développement équilibré
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La démocratisation économique pour un développement équilibré
L?introduction du concept de démocratisation économique, définie comme un élargissement des opportunités d?entrepreneuriat (inclus les opportunités d?accès aux ressources nécessaires) et des opportunités d?épanouissement professionnel, dans le discours politique mauricien par Navin Ramgoolam, a suscité, et continue à susciter, des débats et des controverses dans une bonne partie de la presse ?mainstream? du pays. Il est cependant regrettable que ces débats ne véhiculent de la part de ladite presse ?mainstream? qu?un discours essentiellement idéologique ? même de la part de ceux qui, sous un vernis de propos de technocrates, accusent justement Navin Ramgoolam d?avoir une position plus idéologique que rationnelle. Un récent éditorial d?un hebdomadaire trouvait même que pour Navin Ramgoolam, les investisseurs actuels (qui sont aussi, par la force de l?histoire, nos investisseurs historiques) sont ?trop blancs et trop riches ??
Indépendamment de toute considération politicienne, un débat réel et intellectuellement honnête et ses discours sur la concentration des richesses devraient pouvoir reconnaître que ladite concentration des richesses est une situation de fait et non une lecture biaisée d?une situation. Ils ne peuvent non plus être réduits à des controverses sur la couleur de l?épiderme des uns et des autres ni à des hypothèses pseudo savantes sur les motivations de la position politique de Navin Ramgoolam sur la question.
Ils ne peuvent pas non plus s?appuyer uniquement sur la conviction que seuls le maintien et la reproduction du modèle actuel de détention des et d?accès aux ressources sont en mesure d?assurer la reprise de la croissance et du développement humain de nos compatriotes. Soulignons par ailleurs que cette conviction/présupposition, largement propagée par la presse, reste une conviction d?ordre strictement idéologique et n?a jamais été démontrée comme étant économiquement et sociologiquement valable.
Et les thèses d?économistes de renom international indiscuté comme Joseph Stiglitz et Amartya K Sen [tous deux des Prix Nobel d?économie] affirment et démontrent même le contraire de cette conviction/présupposition.
Une telle vision réductrice non seulement fausse le débat en y introduisant des facteurs d?ordre strictement émotif et irrationnel, mais, pire encore, évite, sciemment ou pas, de mentionner l?essentiel : l?inégalité des groupes sociaux face à l?accès aux ressources et, par conséquent, aux opportunités d?entrepreneuriat, est contraire à une éthique sociale largement admise et, de plus, entraîne l?inefficience du système économique en se constituant en blocage majeur au dynamisme du développement.
Le substrat philosophique du concept de démocratisation économique se compose de deux éléments: la préoccupation éthique et la nécessité de l?efficience du système de production.
Une crise de légitimité
La préoccupation éthique est intrinsèque au concept de démocratisation économique et signifie fondamentalement la mise en place de la plus grande mesure possible d?égalité d?accès aux opportunités dans la société. Dans son document cadre pour le World Development Report 2006 (qui porte sur l?Equité et le Développement], juillet 2004, la Banque mondiale définit le concept de equity comme étant?explicitly about normative concerns of fairness and social justice?. Ceci implique un type d?organisation socio-économique bâtie sur une conception d?égalité d?accès aux opportunités, ?or, more broadly, equality in the capability (or freedom) of different individuals to pursue a life of their choosing?, comme l?écrit Amartya K Sen (Inequality Re-examined, Harvard University Press, 1992).
De manière générale et universelle, la conceptualisation et la mise en ?uvre de mesures politiques visant à instaurer la plus grande mesure d?égalité d?accès aux opportunités sont des éléments vitaux à un processus de développement qui réduit effectivement la pauvreté.
Les catégories d?inégalités qui existent dans notre société sont, d?une part, intimement liées à des situations historiques d?inégalité et de dominance dans la configuration colonisation ? esclavage - main- d??uvre engagée et, d?autre part, associées à des formes contemporaines sévères de privation économique pour nombre d?individus et de groupes sociaux. Il est donc impératif qu?une dimension normative soit intégrée à toute stratégie de développement: son absence actuelle de la structure socio-économique mauricienne engendre au sein de cette dernière une crise de légitimité par rapport à la société dans laquelle elle est située que seule une refonte structurelle est en mesure de résoudre.
Par ailleurs, l?inégalité n?est pas tant une question purement ?sociale? qu?une question foncièrement économique. Les interactions déterminantes entre les inégalités et leur impact négatif sur la croissance et l?efficience économiques ont été largement documentées par d?autres économistes de renommée mondiale tels que F. Bourguignon (?The Poverty ? Growth - Inequality Triangle?, Indian Council for Research on International Economic Relations, fevrier 2004) et Maurice Schiff (?On the Inefficiency of Inequality?, World Bank Policy Research Working Paper 3360, juillet 2004). Le document cadre pour le World Development Report 2006, juillet 2004, opus cite, se référant aux inégalités dans l?accès des groupes et individus aux capacités, au crédit-financement, aux marchés et aux infrastructures, poursuit que ?some forms of inequality can be detrimental to economic efficiency and growth in an aggregate sense? .
A Maurice, la concentration des ressources économiques entre les mains d?une minorité (et qui fait de Maurice une société de facto oligarchique) et la convergence d?intérêts et de conception de la croissance économique entre cette minorité et le gouvernement actuel donnent à cette minorité une forte capacité à influer le cours des décisions de politique économique. De celle-ci découle non seulement la protection des droits de propriété de la ?minorité oligarchique? (ce qui est légitime), mais, dans plusieurs cas, l?extension de ces droits de propriété par le gouvernement actuel pour inclure le droit à accéder de manière quasi-exclusive à de nouvelles propriétés, y inclus des propriétés et droits d?Etat, comme dans le cas du deal Ilovo, des différents projets IRS et du projet Agaléga ? IBL.
Il est plus qu?évident que le redémarrage de la croissance accompagnée d?un taux appréciable de véritable développement humain dans notre société passe forcément par un modèle de développement économique différent qui intégrerait tous les potentiels entrepreneurs et non seulement les entrepreneurs ?historiques?.
Un des résultats les plus flagrants (et il y en a beaucoup d?autres) de l?impact négatif de la concentration des ressources/situation d?inégalités est la mise en place par la structure institutionnelle des secteurs public et privé de mesures de distorsion favorables à la minorité dominante. Ces mesures constituent des barrières qui rendent extrêmement difficile l?accession des autres groupes sociaux aux secteurs de production économique mainstream.
Nouvelles forces productives
De telles mesures de distorsion peuvent inclure les différences délibérément inégales dans la capacité/opportunité d?accès aux moyens de financement, à la technologie et aux marchés (ce qui réduit le coût des opérations d ?affaires pour la minorité et les augmente pour de potentiels concurrents), ou la coupe sur mesure de spécifications des appels d?offres (le cas du Village des Jeux à Ebène, le Hawkers? Palace à Port-Louis ainsi que la démarche proactive de maintenance et de reproduction de modèles monopolistiques tels le processus de cartellisation dans le secteur de la production indépendante d?énergie ou le deal en vase clos du seafood hub.)
Il a été empiriquement démontré, entre autres par Maurice Schiff (?On the Inefficiency of Inequality?, World Bank Policy Research Working Paper 3360, juillet 2004, opus cite), que l?incapacité structurelle d?un système économique à s?ouvrir à de nouvelles forces productives ou à de nouveaux groupes d?entrepreneurs, et surtout les distorsions institutionnelles susmentionnées qui se constituent en autant d?obstacles à l?élargissement de la base d?entrepreneuriat, se combinent pour entraîner une inefficience économique croissante ? alors même que l?avantage comparatif échappe aux entrepreneurs ?historiques? et que les entrepreneurs potentiels sont de facto interdits d?accès au marché par les distorsions dans le système en place.
Ainsi, les polémiques non-averties sur la question de la démocratisation économique ne peuvent que noyer le débat. Pour commencer, en enlevant du concept de démocratisation économique sa dimension de projet sociétal de développement économique et en le présentant comme un slogan politicien et démagogique ? ce qui est foncièrement malhonnête. Ensuite, en posant comme un fait empiriquement démontré ce qui n?est que pure conviction idéologique, c?est-à-dire que seul le maintien et la reproduction du modèle actuel de détention des et d?accès aux ressources est en mesure d?assurer la reprise de la croissance et du développement humain de nos compatriotes ? ce qui manque totalement de sérieux.
Il serait beaucoup plus honnête, plus rigoureux et certainement plus utile que ceux que fait tiquer le concept de démocratisation économique engagent un vrai débat sur le véritable enjeu en présence: la reprise du dynamisme économique mauricien et l?amorce d?un véritable développement humain peuvent-ils s?accommoder de la structure économique quasi en vase clos du système actuel ?
Cader SAYED-HOSSEN
?Les catégories d?inégalités dans notre société sont intimement liées à des situations historiques d?inégalité et de dominance dans la configuration colonisation - esclavage - main-d?oeuvre engagée...?
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