Publicité
La dynamique de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy a été choisi par 18 983 138 électeurs au second tour de l?élection présidentielle, le 6 mai, avec 2 192 698 voix d?avance sur sa rivale socialiste. Cette victoire nette a entraîné une dynamique politique sensible à la fois dans l?ouverture politique du gouvernement Fillon, la popularité de la nouvelle équipe au pouvoir et des mesu-res qu?elle avance et, enfin, la forte majorité législative que laissent présager les sondages à l?issue de la consultation d?aujourd?hui et du 17 juin.
L?ampleur de la victoire est évidente au regard des affrontements passés entre gauche et droite au second tour de la présidentielle sous la Ve République. Le niveau atteint par Nicolas Sarkozy est le deuxième meilleur niveau atteint par un candidat de droite face à un candidat de gauche : seul Charles de Gaulle, avec 55,20 % des suffrages, avait fait mieux en 1965.
Le « patron » de toutes les droites
Au premier tour, avec 31,18 % des suffrages, le candidat de l?UMP a repris pied au c?ur du dispositif électoral des droites, alors que, depuis 1974, le candidat du gaullisme ou de son héritage oscillait entre 15,11 % (Jacques Chaban-Delmas en 1974) et 20,84 % (Jacques Chirac en 1995). Ce passage d?un cinquième à presque un tiers de l?électorat s?est fait grâce à une captation d?une partie non négligeable des électeurs de l?UDF et à une conquête massive d?électeurs du Front national.
Au second tour, Nicolas Sarkozy a continué son recyclage des électeurs lepénistes en attirant une forte majorité ? environ 75 % ? des électeurs restés fidèles lors du premier tour au président du FN.
Au fond, la dynamique électorale personnelle de Nicolas Sarkozy s?enracine dans la capacité après laquelle couraient tous les candidats de droite depuis un quart de siècle : celle d?être le « patron » électoral de toutes les droites prises dans leur ensemble.
À ce dépassement électoral des limites de la droite pour y agréger nombre d?électeurs centristes, Nicolas Sarkozy a ajouté, de manière plus marginale mais significative, des électeurs de gauche dissidents.
Des bases électorales profondes
L?enquête post-électorale réalisée par l?IFOP du 9 au 23 mai pour le compte du Cevipof et du ministère de l?intérieur montre que sur l?ensemble des électeurs de Nicolas Sarkozy au second tour, plus de 8 % ont une proximité partisane avec des partis de gauche.
Chez plusieurs sympathisants de petites formations de la gauche, l?écho du « gaucho-sarkozysme » est loin d?être négligea-ble : 33 % des sympathisants de Lutte ouvrière, 51 % de ceux du Mouvement républicain et citoyen, 16 % de ceux des Radicaux de gauche et 20 % de ceux des Verts ont choisi Nicolas Sarkozy.
On peut ajouter à cela le fait que Nicolas Sarkozy renoue avec un « interclassisme » que la droite ne connaissait plus depuis plus de quarante ans : il pénètre aussi bien les milieux d'« en haut » (54 % chez les cadres supérieurs et professions intellectuelles) que les milieux d'« en bas » (55 % chez les employés, 52 % chez les ouvriers).
Ce sont ces bases électorales larges et profondes qui constituent le fondement du sarkozysme électoral et éclairent sa capacité dynamique pour les élections législatives. Cette nouvelle force électorale solidement installée au c?ur des diverses traditions de la droite peut prétendre à une position hégémonique servie par le jeu des institutions de la Ve République et l?état de grâce qui suit les victoires amples et claires.
@ 2 007 Le Monde ? Pascal PERRINEAU ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
Publicité
Publicité
Les plus récents