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La deuxième vie des objets volés

20 janvier 2008, 00:00

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QUAND LES TELEPHONES PORTABLES ONT LA COTE !

Le favori des bandits et autres « roder de ler » dans les rues mauriciennes en ce moment, c?est le téléphone portable. Ce dernier a conquis la population mauricienne depuis plusieurs années, passant du titre de simple gadget à un phénomène de mode ou même se rapprochant des bijoux aujourd?hui. Si la valeur commerciale de l?item justifie en partie sa popularité chez ceux ayant peu de scrupules, c?est surtout sa visibilité et son accessibilité qui en font un objet très convoité par les brigands. Mais il y a aussi le fait qu?il y a sur le marché actuellement une grande demande pour ces appareils.

Pourtant, les téléphones portables sont munis de plusieurs systèmes de protection : le verrouillage du téléphone lui-même, mais aussi le verrouillage de la carte SIM. Mais ces dispositifs ne sont plus inviolables de nos jours. « Le verrouillage SIM ne sert qu?à protéger les données inscrites dessus, il suffit d?enlever la carte pour passer outre ce filtre de sécurité », explique un technicien d?une agence spécialisée dans le déblocage des téléphones portables. « Pour le verrouillage du téléphone, il s?agit simplement de flasher l?appareil, c?est-à-dire enlever tous les programmes et les réinstaller. » Une man?uvre qui coûte en moyenne entre Rs 250 et Rs 350.

À la base, ce procédé était surtout utilisé pour rendre des téléphones mobiles achetés à l?étranger utilisables à Maurice. Car les opérateurs étrangers lient les clients à leurs services en limitant l?usage du téléphone à leur réseau uniquement. Un obstacle qui est facilement franchi avec l?équipement approprié, comme souligne notre interlocuteur.

Mais comment faire la différence entre quelqu?un qui veut faire débloquer son téléphone portable acheté à l?étranger, et quelqu?un qui veut remettre en circulation un appareil volé ? « Nous n?acceptons pas tous les portables. Il faut que la personne produise sa carte d?identité, une preuve d?achat et le numéro de série de l?appareil. Nous sommes vraiment à cheval sur les formalités », explique un autre technicien, qui a toutefois tenu à parler sous le couvert de l?anonymat.

Mais un portable acheté à l?étranger ou qu?un parent aurait offert à quelqu?un ne vient pas toujours avec ses preuves d?achat. Et le technicien demeure vague sur les façons par lesquelles ils authentifient un téléphone portable avant de le « flasher ».

Quoi qu?il en soit, ce technicien reconnaît que les voleurs de téléphones portables ont souvent recours à des boîtes spécialisées pour faire débloquer les appareils volés, avant que ces derniers ne soient renvoyés sur le marché. Mais son refus de témoigner à visage découvert laisse penser à une omerta qui règne dans le domaine. On chuchote que les brigands auraient un réseau avec des techniciens qui leur « flashent » volontiers les téléphones portables volés. Mais dans le domaine, personne ne nomme une agence rivale.

Alors que les autorités ont refusé de communiquer le nombre de portables déclarés volés ces derniers mois ? sous les ordres du Bureau du Premier ministre selon certains ? il n?est pas étonnant aujourd?hui d?entendre quelqu?un se vanter d?avoir fait l?acquisition d?un portable qui se vend à des dizaines de milliers de roupies dans le commerce pour la moitié ou un tiers du prix. L?explication fournie, souvent avec fierté : « J?ai des contacts. » Des fois au grand dam de ceux qui se font agressés à cause d?un téléphone portable qui attire l??il.

CES BIJOUX QUI VALENT DE L?OR

Les bijoux sont un grand classique des brigands. Chaînes, bagues, bracelets ou montres, rien n?échappe à ces gens peu scrupuleux ? et souvent très violents ? qui savent exactement comment s?y prendre pour s?en emparer. Si la violence et l?intimidation sous la menace d?une arme est souvent un bon argument pour délester une personne de son bijou, un geste brusque au niveau de la nuque, permet souvent d?arracher une chaîne d?une personne qui ne s?y attend pas. Mais une fois le bijou en main, il faut savoir comment s?en débarrasser en échange d?espèces.

Les seuls à traiter les métaux de valeur et autres pierres précieuses à Maurice, sont les bijoutiers. Navin Gunoo, de l?Association des joailliers de Maurice, reconnaît qu?un flou entoure cette pratique en ce moment. « C?est vrai que le nombre de vols de bijoux a augmenté. Et notre métier en souffre. Il existe des bijouteries qui exercent au vu et au su de tous. Ils invitent, à travers des publicités, ceux ayant des bijoux dont ils voudraient se séparer à les vendre à des prix intéressants. » Et pour lui, ce ne sont pas que de simples réclames dont il s?agit. « Leur activité ne les rend pas hors-la-loi pour autant, mais c?est un fait que s?il n?y a pas la demande, il n?y aura pas l?offre. C?est une équation simple. »

Par ailleurs, même si aujourd?hui le cours mondial de l?or est de Rs 900 le gramme certaines bijouteries proposent de racheter des bijoux en or à un prix? plus bas. Ce qui n?est, a priori, pas une transaction intéressante pour la plupart des gens. Mais détrompez-vous, il y a quand même quelques personnes qui sont intéressées. La raison : ces bijouteries ne s?enquièrent pas de la provenance des objets présentés?

« En principe, il aurait fallu demander une preuve d?achat et une pièce d?identité avant d?accepter un bijou d?un particulier. Mais si ce bijou a été dans la famille de la personne depuis des générations, on peut imaginer qu?il n?y a pas de preuve d?achat », explique Navin Gunoo « Il faut alors se fier à son instinct. Moi, par exemple, je n?accepte jamais de bijoux de quelqu?un que je ne connais pas ou qui n?est pas un client habituel. » Une manière de se protéger contre les receleurs de bijoux volés.

Car une fois un bijou assimilé dans le marché, il est impossible de le retracer. Il existe deux types d?authentification de l?Assay Office, le bureau des normes qui régit les métaux et pierres précieuses. Les deux se présentent comme des poinçons, griffe des bijoutiers qui certifient leur provenance, mais aussi leur valeur. Mais certaines personnes auraient fait l?acquisition d?équipements de pointe pour raffiner l?or, selon Navin Gunoo. Ces appareils qui valent plusieurs millions de roupies, permettent d?altérer la composition d?un bijou ? outre le fait aussi de pouvoir le faire fondre ? en transformant, par exemple, un bijou d?une moindre qualité en un bijou de 24 carats.

À en croire Navin Gunnoo, seuls les détenteurs d?un permis peuvent acheter des lingots d?or de la Banque de Maurice pour en faire des bijoux. Mais même si ces transactions, de même que la vente des bijoux, sont répertoriées et à la portée des institutions comme la Mauritius Revenue Authority, personne n?explique la différence significative entre la masse d?or achetée et celle de bijoux écoulés sur le marché par de nombreuses bijouteries. Une pratique qui peut en cacher une autre, moins légale celle-là.

PETITES CARTES DE CREDIT, GROS GAINS EN CASH !

Il ne s?agit pas ici des gens qui se penchent pour voir les codes des individus aux distributeurs automatiques. Ou encore de ceux qui possèdent le matériel récemment découvert sur certains guichets de l?île, et qui retient les cartes de crédits des personnes de même que leurs codes. Mais de brigands qui délestent les portefeuilles des gens sous la menace d?une arme. Une fois ces cartes en main, ces personnes peu scrupuleuses disposent aussi de la carte d?identité de la personne, et d?autres documents que les victimes ont conservé dans leur portefeuille.

Et avec ces documents ? carte d?identité et carte de crédit ? n?importe qui peut utiliser la carte de crédit pour faire des achats dans certains cas. Comme l?explique Stéphanie Ng Tsang, Card Marketing Manager à la Mauritius Commercial Bank Ltd. (MCB), les systèmes de sécurité sur les cartes dépendent de la manière dont celles-ci ont été programmées. « Pour la carte de débit Maestro de la MCB, il faut mettre son code PIN ? Personal Identification Number ? de quatre chiffres pour valider toute transaction. Par contre, pour les cartes de crédit internationales, il suffit d?une signature de la personne. »

Pour valider un achat dans ce cas, le vendeur compare la signature de la personne et celle figurant sur le dos de la carte. « Il est impératif de signer sur le dos d?une carte bancaire aussitôt que vous l?avez. C?est un filtre de sécurité dont beaucoup de personnes n?ont pas conscience », explique Stéphanie Ng Tsang.

Mais il y a certaines personnes qui parfois, n?ont pas conscience du danger. En effet, elles notent le code PIN de leur carte bancaire sur un document conservé dans leur portefeuille. Ou encore, il y en a qui optent pour des codes qu?on peut deviner facilement, comme une date de naissance qui figure sur la carte d?identité.

« La meilleure chose à faire quand on se fait voler sa carte bancaire est de faire opposition sur la carte immédiatement. Nous avons un service d?appel qui est disponible 24 heures sur 24. La carte sera immédiatement rendue inutilisable », commente la représentante de la MCB. « Si la personne n?appelle pas, elle sera la seule responsable de tous les retraits qui seront effectués à l?aide de sa carte. D?ailleurs, cela figure sur le contrat pour l?obtention d?une carte bancaire. »

Et selon les chiffres de la MCB, on dénombre une bonne centaine de demandes d?opposition sur des cartes bancaires chaque mois. Mais ce chiffre compte aussi les pertes de cartes.

Et parmi ces cartes qui ont été déclarées volées ou perdues, le département des cartes de la MCB reconnaît en retrouver beaucoup au fond des guichets automatiques. « La machine avale la carte au bout de trois tentatives. On peut supposer que la personne qui aurait volé ou ramassé la carte, tente sa chance sur un guichet. Au bout de trois tentatives, la machine retient la carte. Un scénario qui est tout à fait possible et qui arrive souvent », avoue Stéphanie Ng Tsang.

Mais les chiffres ne sont pas disponibles dans ce cas.

Ainsi, une carte bancaire volée ne représente pas toujours de pertes monétaires, si la victime rapporte l?incident à la banque immédiatement. Mais les techniques existent pour qu?une personne sans scrupules exploite les failles des victimes inconscientes. Ce qui pourrait expliquer d?ailleurs la popularité grandissante des cartes bancaires auprès des brigands. Mais pour parvenir à leurs fins, il faut aussi compter sur la négligence de certaines victimes, qui leur facilitent la tâche.

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