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La dernière réforme

19 juillet 2006, 00:00

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Lors de la dernière édition de notre baromètre, consacrée spécialement au budget 2006-2007, 74 % des analystes économiques et financiers se déclaraient optimistes sur les perspectives économiques à court terme (un an). Retourné à son édition normale, le présent baromètre indique un taux d?optimisme de 50 % sur la même question. Avec le bénéfice du recul, des analystes trouvent que, même s?il reste globalement positif, le budget n?apporte pas des réponses aux difficultés immédiates.

Néanmoins, à égalité avec le pessimisme, l?optimisme est aujourd?hui supérieur aux taux enregistrés lors des précédentes éditions normales de notre baromètre sous l?actuel régime. Les prochaines éditions nous diront si le taux de 50 % représente le maximum auquel peut aspirer l?optimisme.

Toujours est-il que, à part mettre en pratique les mesures budgétaires, on ne voit pas trop bien ce que le gouvernement peut faire de plus pour le secteur privé, sans qu?il soit irrémédiablement taxé de ?pro-patronat?. La loi des rendements décroissants, chère aux économistes, veut que la marge entre les gains économiques et les coûts sociaux et politiques diminue jusqu?à zéro...

Le budget 2006-2007 a tracé les orientations du gouvernement pour les quatre ans à venir. Il n?y a aucune raison de croire que les réformes de la fiscalité, de l?ouverture de l?économie, de l?administration publique et du marché du travail seront remises au placard. A moins d?un spectaculaire revirement, néfaste pour l?économie, il ne faudrait pas s?attendre à d?autres grandes mesures dans les prochains budgets, sauf quelques ajustements.

A bien voir, ce qu?appréhendent nos analystes touche à la politique monétaire, en l?occurrence l?inflation, la dépréciation de la roupie et la hausse du loyer de l?argent ? trois problèmes qui interpellent en premier lieu la Banque centrale. Or ils ne seront jamais résolus simultanément. L?économie est un jeu de poulie qui croit trouver son point d?équilibre sans vraiment l?atteindre...

Mais l?abstrait n?est pas le fort des opérateurs qui attendent que des solutions humaines leur soient apportées. Dans le passé, la Banque de Maurice (BoM) pouvait mettre les à-coups dans sa politique du taux d?intérêt sur le dos de la gestion de la dette publique et des mécanismes rigides de détermination salariale. Désormais, la BoM aura à prendre pleinement la responsabilité de ses propres défaillances.

Car le ministère des Finances a clairement indiqué la direction de sa politique : il réduira le déficit budgétaire et la dette publique par rapport au produit intérieur brut ; il injectera une dose de transparence dans le mécanisme des prix en diminuant les subventions sur les produits de base ; et il mettra sur pied le National Wages Council pour lier les salaires à la productivité. Dès lors, pour compléter le tableau du changement structurel de l?économie, il reste une dernière réforme : la politique monétaire.

Dans presque tous les pays soumis à la globalisation financière, la politique monétaire occupe une place prépondérante dans la gestion de l?économie nationale au point d?effacer la politique budgétaire. C?est pourquoi la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne et la Banque d?Angleterre convoquent leur comité monétaire chaque mois pour évaluer l?évolution de la situation économique et calibrer leur politique au millimètre près.

On ne demande pas à la BoM de prétendre au même niveau de sophistication. Mais un peu de transparence et de cohérence dans sa politique donnera plus de conviction à ses mesures. Une banque centrale doit savoir être en accord avec l?humeur du marché et choisir, plutôt que subir, sa politique du taux d?intérêt.

Alors qu?un mécanisme automatique révise nos prix pétroliers tous les trois mois, on ne comprend pas pourquoi la BoM doit attendre sept mois avant de décider d?un nouveau changement du taux Lombard. Certes, une augmentation du taux d?intérêt n?empêchera pas le prix du pétrole de frôler les 80 dollars le baril, mais la hausse de l?énergie à Maurice ne peut dégénérer en inflation que si la masse monétaire le permet. Or l?on peut suivre, chaque mois, l?évolution en rythme annuel de la masse monétaire et du taux d?inflation.

Un resserrement monétaire constitue un soutien à la roupie. Le jour même où son gouverneur déclara à Reuters que ?the market determines the rupee ? we don?t dictate?, la BoM décida de vendre des dollars à un taux de dix sous supérieur au cours officiel affiché par les banques. Mais ce signal, interprété comme un encouragement à la dépréciation de la roupie, est brouillé par l?augmentation du taux Lombard deux jours plus tard.

La BoM n?en est pas à une contradiction près. Devant la perspective d?une inflation de 5 % pour l?année 2005-2006, elle avait monté le taux Lombard par 100 points de base le 7 décembre dernier. La hausse du 10 juillet, elle, est de 50 points de base alors même que, dans son interview à Reuters, le gouverneur dit anticiper une inflation de 7 % pour l?année 2006-2007. On est loin du compte quand on sait que le ministère des Finances a fixé le taux d?inflation à 5 % comme target. En un mois, la Banque centrale de Turquie a relevé son taux directeur par 400 points de base à 17,25% pour freiner une inflation à 10 % et pour enrayer la chute de sa monnaie. On ne sait pas si la BoM en fera autant après l?adoption du Finance Act 2006. Mais, au cas où se produirait une fuite de devises ? à condition qu?il existe une offre de devises en échange de roupies ? une nouvelle forte hausse du taux Lombard interviendra plus vite que prévu. Ne serait-ce que pour compenser les 15 % de l?impôt sur les intérêts.

<B>Eric Ng Ping Cheun</B>

<I>(www.pluriconseil.com)</I>

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