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La dernière partie

13 mars 2004, 20:00

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Significative la démarche du gouvernement qui a fait du directeur général de l?Organisation mondiale du commerce, Supachai Panitch-pakdi, l?invité d?honneur pour la fête nationale. Il dénote clairement la volonté du gouvernement de poser Maurice comme une société économique dynamique. En même temps, il s?agissait de sortir des symboles pour entrer un peu plus dans une stratégie rationnelle de positionnement sur la scène internationale. À un moment où l?architecture nationale connaît quelques fissures, le choix d?un autre invité, qui serait allé dans le sens d?un signal d?unité, aurait été plus indiqué. Mais le gouvernement a voulu donner un autre signal qui traduit davantage ses ambitions économiques.

Outre tout le débat autour de la mondialisation et du rôle de l?OMC, outre les dénonciations des altermondialistes, il importe, pour un pays comme le nôtre, de faire entendre sa voix comme petit État insulaire. Cependant, il ne faut pas être dupe des intentions des nations les plus riches. Ceux qui contrôlent sont ceux-là mêmes qui fixent les règles du jeu et accordent selon leur bon désir des tarifs préférentiels. La libre circulation des capitaux et celle des technologies sont loin de profiter aux petites et moyennes économies, accentuant les inadéquations des rapports économiques entre pays riches et pauvres. Ces pays pauvres semblent pourtant ne pas avoir d?autre choix que de se fondre dans le gigantesque marché de l?argent. Les défenseurs du libéralisme avancent que la victoire de l?économie du marché devrait profiter aux consommateurs. La concurrence leur assurerait plus d?avantages. Or, le marché crée des disparités, il occulte les pauvres de ses préoccupations, il garantit la suprématie des pays riches? D?où les craintes, les fantasmes et les antipathies des altermondialistes.

Cette peur est-elle justifiée ? Face à un marché irrésistible existe-t-il d?autre choix ? Pour les dirigeants politiques mauriciens, il semblerait qu?il n?y en a pas. La politique économique de nos formations politiques s?articule autour des approches qui consistent à chercher des ajustements et formules compensatoires à l?intérieur de l?économie mondiale libéralisée. Pour d?autres, il y a un rejet unilatéral du marché. Néanmoins, on est loin de trouver chez ceux-là des propositions qui tiennent compte de certaines réalités immuables. C?est en même temps un courant qui a sa place. Car il peut servir de rempart face aux desseins conquérants d?une nation comme les États-Unis où il y a une volonté manifeste de conjuguer pouvoirs économique, politique et militaire. La guerre contre l?Irak en est le témoignage flagrant.

C?est dans ce tableau général qu?un pays comme Maurice tente de se positionner comme une cyber-île. Projet légitime et louable tout comme l?est, par exemple, l?exigence de réduction des déficits publics qu?impose l?OMC. Mais la difficulté vient du fait qu?une sorte de rupture est en train de s?opérer entre les gouvernants etla population. On prend la mesure de cette rupture lorsqu?on entend nos dirigeants demandant aux caricaturistes de faire preuve de modération ou encore lorsqu?ils investissent dans des véhicules de fonction qui coûtent plusieurs millions, tout en demandant à la population de faire preuve d?un esprit de sacrifice. C?est parce qu?il existe de telles aberrations que tout un projet, celui de la e-Maurice, peut échouer.

Le pays est arrivé à un stade de son évolution où de nouveaux réglages sont devenus nécessaires parce que certaines données politiques, économiques et sociales ont changé. Ces trois forces ne fonctionnent plus en concordance mais en opposition. De plus, faute de signaux forts annonçant un mieux-être, le mal-être ne peut que s?accentuer. Un retour à la réalité est devenu une urgence pour les gouvernants. Le différentiel de croissance entre des pans de la population n?est pas pour améliorer les choses. Dans cette dernière partie de son mandat, le gouvernement joue ses dernières cartes. Jusqu?ici, il ne semble disposer d?aucun joker qui lui aurait permis d?envisager l?avenir avec plus de sérénité.

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