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La détaxe inquiète les industries domestiques

6 avril 2005, 00:00

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La détaxe ne fait pas que des heureux. Les industriels engagés dans le secteur manufacturier non zone franche sont effectivement très préoccupés depuis la présentation du budget, lundi.

Le conseil exécutif de l?Association of Mauritian Manufacturers (AMM), qui regroupe les opérateurs de ce secteur, s?est réuni hier d?urgence pour passer la situation en revue. Une nouvelle réunion de l?ensemble des membres est prévue pour aujourd?hui. ?Notre première constatation est que le budget est néfaste au développement de l?industrie locale non zone franche. L?envergure de la baisse des tarifs douaniers va occasionner des problèmes de compétitivité. Nous sommes inquiets?, déclare le président de l?AMM, Jacques Li Wan Po. Le gouvernement, lui, se veut rassurant (voir ci-contre).

La réunion d?aujourd?hui vise à faire le point sur la situation. Il s?agit surtout d?évaluer quels sont les secteurs ou entreprises qui sont les plus susceptibles d?être touchés par la baisse des droits de douane. A partir de là, l?AMM déterminera la marche à suivre.

D?une manière générale, ce sont les produits sur lesquels les droits de douane ont été réduits de manière plus conséquente qui semblent être les plus exposés à la concurrence. A titre d?exemple, les droits de douane sur la peinture sont passés de 80 à40 %. Par contre, sur les barres de fer de plus de 6 millimètres, ils sont passés de 40 à 30 %. Les producteurs locaux seront moindrement affectés.

Les avis divergent dans le milieu des manufacturiers. Les industriels interrogés disent tous qu?ils seront affectés, mais à des degrés divers. Pour Henriette Dookun, responsable de Mauritius Cosmetics Ltd, c?est la catastrophe. Ce fabricant de dentifrice et de crème de beauté de Bonne-Terre craint le pire. ?C?est une calamité pour le pays. Voyez ce qui s?est passé à Madagascar. Cela va tuer la production locale. Je ne crois pas que nous pourrons exister si nous ne nous reconvertissons pas dans l?importation. Nous ne pouvons pas concurrencer les produits importés?, déclare Henriette Dookun.

<B>Libéralisation en marche</B>

Même son de cloche du côté de Comanu, fabricant de déodorants. ?Nous serons touchés de plein fouet. C?est sûr que Comanu y laissera quelques plumes, mais nous arriverons à demeurer compétitif?, affirme Jean Noël Lennon, directeur de marketing de Pharmacie Nouvelle, société propriétaire de Comanu.

La bijouterie est un des secteurs qui devraient aussi être touchés par l?élimination des droits de douane sur les bijoux. ?Je vais être affecté par les bijoux importés d?Inde ou de Chine qui seront définitivement moins chers. Ce sera très difficile de rester compétitif?, anticipe Krishna Jalloo, de la Bijouterie Jalloo.

Dans les milieux de l?AMM, on ne se prononce pas contre le principe de la baisse des droits de douane. On fait ressortir que l?association se préparait à ce développement, qui était prévu et programmé sous le protocole commercial de la Southern African Development Community.

Sous ce protocole, la libéralisation graduelle est déjà en marche. Mais c?est à partir de 2008 que la phase la plus importante du démantèlement tarifaire sera engagée. A partir de cette date, les produits dits sensibles, soit tous ceux fabriqués localement, seront libéralisés.

Ainsi, le principal grief des membres de l?AMM est que le calendrier prévu a été jeté au panier avec cette baisse surprise des droits de douane.

?On avait pris nos précautions par rapport à ce protocole. Des entreprises ont investi et avaient besoin de trois à quatre ans pour amortir ces investissements. Elles se retrouvent en difficulté?, déclare Gérard Garrioch, directeur général de Cernol Chemicals Ltd.

Il déclare ne pas comprendre pourquoi il faut détaxer les jus de fruits et les tomates pour faire de Maurice un paradis du shopping. La grande crainte des opérateurs du secteur non zone franche est que le marché local ne soit envahi par des produits de Chine et d?Inde, par exemple. Il n?y a aucune loi contre le dumping pour prévenir et mettre fin aux abus.

Tous les opérateurs ne voient pas que le côté négatif de la baisse des droits de douane. Chez Hémisphère Sud, on se réjouit même de ce développement, tout en mettant en garde contre l?invasion des produits indiens et chinois.

?Cela nous sera bénéfique, au contraire. De grandes marques telles que Hermés, Gucci ou Prada pourraient s?installer à Maurice. Nous réalisons des produits d?une qualité égale à celle de ces grandes marques, mais nous serons plus compétitifs sur les prix. Du coup, le hors taxes nous permettra de développer davantage notre marque sur le marché local et attirer les touristes?, déclare Anne-Christine Lévigne Fletcher, directrice de Hémisphère Sud.

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