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La Côte d?Ivoire priorité des chefs d?États
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La Côte d?Ivoire priorité des chefs d?États
C?est un privilège douteux que celui octroyé à la Côte d?Ivoire : figurer en tête de l?ordre du jour du Conseil de paix et de sécurité (CPS), émanation de l?Union africaine (UA), qui, le 10 janvier à Libreville, au Gabon, a tenu son premier sommet au niveau des chefs d?État. Certes, la Côte d?Ivoire, coupée en deux depuis 2002, n?était pas l?unique dossier au menu de la quinzaine de chefs d?État présents.
La situation dans l?est de la République démocratique du Congo (RDC), où les combats menacent de reprendre sur une grande échelle, les violences au Darfour, dans l?ouest du Soudan, étaient aussi inscrits dans l?agenda. Mais la priorité aura été à la Côte d?Ivoire. Et c?est son sort qui a monopolisé l?essentiel des discussions à huis clos de la journée de lundi. Les troubles en RDC n?ont été abordés qu?en début de soirée (sans grand résultat) avant un rapide examen de la situation au Darfour. Du coup, le sommet qui devait se poursuivre mardi s?est clos dans la nuit de lundi.
La prééminence de la Côte d?Ivoire tient pour partie à l?engagement personnel du chef de l?État sud-africain, Thabo Mbeki, qui depuis deux mois tente de relancer les négociations de paix et d?obtenir l?application des accords de paix de Linas-Marcoussis, de janvier 2003, complétés par ceux dits d?Accra III.
Le président Mbeki n?a pas ménagé sa peine. Il est venu à Abidjan ; il s?est rendu à Bouaké, « capitale » des rebelles ; il a reçu dans son pays ceux des protagonistes du dossier exilés à l?étranger. Personne n?a été oublié. Patient et obstiné, le chef de l?État sud-africain a le mérite de ne s?être mis à dos aucun des protagonistes de la crise, qu?il s?agisse du président ivoirien, Laurent Gbagbo, des chefs de la rébellion, ou des dirigeants politiques de l?opposition, candidats présumés à la succession du chef de l?État actuel dont le mandat arrive à échéance en octobre. Adepte de la méthode des « petits pas », le président Mbeki avance avec précaution. Devant les membres du CPS, il a fait le bilan de sa médiation et fait part de ses réflexions sur les sujets délicats.
<B>La « bête noire » du régime</B>
La réforme de l?article 35 de la Constitution, qui organise les conditions d?éligibilité à la présidence de la République, est le plus sensible. Telle qu?elle a été votée en décembre par les parlementaires, la nouvelle mouture autorise la « bête noire » du régime, l?ancien Premier ministre Alassane Ouattara, à se présenter. Sauf qu?Abidjan subordonne la promulgation de l?article modifié à un référendum.
Comment l?organiser dans un pays coupé en deux ? Le défi est tel que les adversaires du chef de l?État sont convaincus que Laurent Gbagbo réclame un référendum uniquement pour empêcher l?application de la réforme constitutionnelle.
Au cours de la discussion de lundi, Thabo Mbeki aurait mis le doigt sur l?absurdité de la position des autorités ivoiriennes. Après avoir fait adopter un texte par le Parlement, a-t-il fait observer, Abidjan peut difficilement organiser un référendum et préconiser le « non »? D?autres chefs d?État ont abondé dans le sens du président sud-africain, mais sans emporter la décision, ce que reflète la position finale du sommet. Le recours au référendum pour modifier l?article 35 est « une des options ouvertes », a indiqué le commissaire chargé de la paix et de la sécurité, Saïd Djinnit, après la cérémonie de clôture.
D?autres pistes ont été explorées au cours de la discussion. Ainsi, un renforcement de l?embargo sur les armes, imposé par le Conseil de sécurité des Nations unies il y a deux mois, a-t-il été souhaité, parallèlement à un renforcement des casques bleus stationnés en Côte d?Ivoire.
Le Conseil a également préconisé que la communauté internationale s?attelle sans tarder à la préparation du prochain scrutin présidentiel et, enfin, pour ne pas gêner les efforts de paix de Thabo Mbeki, que soit retardée la publication (prévue au départ pour la mi-décembre) de la liste des personnes ? proches du régime ou des rebelles ? susceptibles d?être sanctionnées par l?ONU parce qu?elles font obstruction au processus de paix. Les mesures envisagées s?échelonnent d?un gel des avoirs à l?étranger à une traduction devant la justice internationale.
<B> @ 2 005 Le Monde ?
Jean-Pierre Tuquoi
Distribué par The New York Times Syndicat</B>
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