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La croissance américaine n’empêche pas les doutes

17 août 2005, 00:00

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La vigueur de l'économie américaine et sa résistance à l'envolée des prix du pétrole surprennent les experts. Le moteur de l'activité, le consommateur, ne faiblit pas. En juillet, les ventes de détail ont encore augmenté de 1,8 %. “En dépit des prix élevés de l'énergie, l'ensemble des dépenses s'est renforcé depuis l'hiver dernier ”, constate le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale ( Fed).

La santé du marché du travail explique pour beaucoup cette vigueur. Le mois dernier, les créations d'emplois (207 000) ont été supérieures aux prévisions. Plus de trois millions de postes ont vu le jour en moins de deux ans. Le taux de chômage se trouve à 5 %, son plus bas niveau depuis septembre 2001. Si la hausse des prix à la pompe n'a pas affaibli, pour le moment, la demande et le pouvoir d'achat, c'est que les salaires augmentent. Toujours en juillet, la rémunération moyenne de l'heure de travail a progressé de 0,4 %.

Contrairement aux années 2002, 2003 et aux premiers mois de 2004, l'activité est aujourd'hui alimentée non par les baisses d'impôts et de taux, mais par la progression du pouvoir d'achat, de 5 % en un an, conséquence des embauches et de l'augmentation des rémunérations.

Au deuxième trimestre, le coût du travail dans les services et l'industrie était en hausse de 4,3 % par rapport à la même période de 2004, la progression la plus rapide depuis cinq ans. Le partage de la valeur ajoutée est aujourd'hui plus favorable aux ménages. Jusqu'en 2004, les profits augmentaient plus vite que les salaires. Ce n'est plus le cas.

La croissance semble aussi à nouveau s'accélérer. Elle a atteint 3,8 % en rythme annuel au premier trimestre et 3,4 % au deuxième. Selon un sondage réalisé par le Wall Street Journal , les économistes, en moyenne, ont révisé à la hausse leurs prévisions à 4,2 % pour le troisième trimestre et 3,6 % au quatrième.

Les entreprises, prudentes depuis le début de l'année, sont contraintes d'augmenter la production pour reconstituer leurs stocks. Elles le font d'autant plus facilement que les profits sont au rendez-vous.

Pour les 455 entreprises entrant dans la composition de l'indice boursier Standard & Poor's 500 et ayant publié leurs résultats du deuxième trimestre, la hausse moyenne des bénéfices est de 13 %. Un chiffre près de deux fois supérieur aux 7,4 % attendus par les analystes il y a encore deux mois.

Cela fait treize trimestres consécutifs que les sociétés du S & P 500 annoncent des augmentations de résultats à deux chiffres. Et cela devrait continuer puisque les prévisions sont de 16 % de croissance des profits pour le trimestre en cours et de 13,6 % pour les trois derniers mois de l'année.

Mais en dépit de cette succession de bonnes nouvelles, l'économie américaine reste vulnérable. Pour que les prévisions de croissance se vérifient, il faut que les créations d'emplois et les hausses de salaires restent suffisantes pour contrebalancer la ponction sur les ménages d'un baril de pétrole maintenant à plus de 65 dollars (52,66 euros).

La bonne tenue de la consommation en juillet est trompeuse. Elle tient essentiellement au boom des ventes d'automobiles lié aux rabais exceptionnels des constructeurs américains. Les acquisitions de véhicules ont augmenté de 6,7 % en juillet et les autres dépenses de 0,3 %. Sans cela, les ventes de détail ont augmenté de seulement 0,1 %.

“Cela peut être la conséquence de l'envolée des prix à la pompe ou seulement signifier que les dépenses ont été temporairement consacrées à l'auto mobile”, estime Ian Shepherdson, économiste de High Frequency Economics.

Les problèmes structurels n'ont pas disparu. En ramenant le loyer de l'argent au plus bas depuis 1959, la Fed a encouragé les ménages à consommer et à emprunter, mais les a dissuadés d'épargner et a mis le feu au marché de l'immobilier.

L'activité est soutenue, mais ce sont les capitaux étrangers qui la financent. Le taux d'épargne des ménages – il mesure ce qui reste des revenus quand ont été payés les dépenses de consommation et les impôts – est tombé à 0 % en juin. Au deuxième trimestre, il a été en moyenne de 0,2 %, la statistique la plus faible depuis qu'elle a commencé à être calculée, il y a quarante-six ans.

Cette aberration est notamment rendue possible par la poursuite de la hausse des prix des logements. Elle se traduit pour les ménages américains, propriétaires à près de 70 % de leur résidence principale, par un effet de richesse. La valeur de leur patrimoine augmente sans qu'ils aient besoin d'épargner. Mais cette évolution signifie que la conjoncture est étroitement liée à la santé du marché de l'immobilier, qui s'apparente à une bulle.

L'autre crainte tient aux déséquilibres financiers. Le déficit budgétaire semble aujourd'hui maîtrisé. Il a fortement baissé à la suite de rentrées fiscales supérieures aux prévisions. Selon les estimations du Congrès, il devrait

s'élever, lors de l'année fiscale en cours qui se termine le 31 septembre, à 331 milliards de dollars contre 427 milliards attendus en janvier. En revanche, le déficit commercial semble hors de contrôle. Il a atteint 58,8 milliards de dollars en juin, avec des importations records de 165,65 milliards et des achats de pétrole de 14,58 milliards, un niveau aussi sans précédent.

Un tel déficit signifie que les États-Unis vivent à crédit, empruntant de l'argent à l'étranger pour y acheter de l'énergie et des produits manufacturés japonais et chinois. Ce système fonctionne tant que les investisseurs étrangers, notamment asiatiques, achètent avec leurs excédents des actifs en dollars.

<B>Eric LESER

© Le Monde 2005. Distribué par

The New York Times Syndicate</B>

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