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La crise plane sur le sommet de Bruxelles

12 décembre 2003, 20:00

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Jacques Chirac, Gerhard Schröder et Tony Blair ont tenu sommet hier pour tenter de mettre au point un compromis qui sauverait les négociations sur la Constitution européenne d?un échec lourd de conséquences.

Les dirigeants des trois grands pays de l?UE, qui sont déjà parvenus à un accord pour renforcer la défense européenne, se sont réunis pendant plus d?une heure dans un palace bruxellois pour harmoniser leurs positions avant l?ouverture du sommet de Bruxelles, qui baigne dans une atmosphère de pessimisme. Symbole de leur volonté d?afficher leur unité après les divisions de la guerre en Irak, ils sont sortis ensemble en affichant un large sourire, mais sans dire un mot.

Une crise majeure menace l?Union européenne bientôt élargie à dix nouveaux pays, la Pologne et l?Espagne refusant de renoncer à l?architecture institutionnelle arrêtée en décembre 2000 à Nice, qui leur donne un pouvoir de blocage équivalent à celui de l?Allemagne, pourtant deux fois plus peuplée.

La plupart des autres pays veulent abandonner ce système - qui, selon eux, risque de provoquer la paralysie de l?Europe élargie - en faveur du mécanisme proposé en juillet dernier par la Convention européenne présidée par Valéry Giscard d?Estaing.

Les décisions seraient prises après approbation par la moitié des pays représentant 60 % de la population de l?Union, ce qui redonnerait aux «grands» pays plus de poids dans une Europe où les «petites» nations seront très largement majoritaires - 19 sur 25.

Le «père» de la Constitution, qui est devenu «immortel» jeudi depuis son élection à l?Académie française, a exhorté les dirigeants européens à préférer une crise à un mauvais accord. «Un mauvais compromis sur une Constitution mutilée condamnerait l?Europe à l?impuissance et à l?inefficacité», peut-on lire dans une lettre publiée vendredi par le Financial Times. «Les perspectives pour l?unité européenne seraient compromises pour une longue période.»

Il vaut donc mieux, selon lui, constater le désaccord avec la Pologne et l?Espagne et attendre que, «tôt ou tard», ces deux pays se rangent à l?avis de la majorité des Etats membres. Les pays fondateurs de l?Union européenne sont sur la même longueur d?ondes, France et Allemagne en tête. «Nous voulons une Constitution, mais cette Constitution doit avoir de la substance», a dit Gerhard Schröder à son arrivée. Les augures ne sont pas bons et c?est un euphémisme. Le président du Conseil italien, qui avait estimé jeudi qu?un accord «tiendrait du miracle», s?est montré déterminé à tout tenter pour arriver à un compromis acceptable par tous. «On essaie de le faire, on est en train d?essayer», a-t-il déclaré avant d?accueillir ses pairs. «Espérons!» La présidence italienne compte à l?évidence sur l?effet d?entraînement de l?accord sur la défense européenne.

Ce compromis entre Londres, Paris et Berlin, qui devrait être entériné vendredi à 25, prévoit la possibilité de mener des «coopérations structurées» entre certains pays soucieux d?aller de l?avant, ainsi qu?une clause de défense commune.

Mais cet arrangement permettra surtout de bâtir un embryon de quartier général européen pour planifier les opérations de maintien de la paix menées par les seuls Européens. Ce projet a fini par être accepté par les Etats-Unis, malgré leurs réticences. «C?est un pas en avant fantastique», a déclaré Silvio Berlusconi. «L?accord sur la défense facilitera certainement les choses sur la CIG (la Conférence intergouvernementale).» Pour lui, l?exercice est déjà un succès, puisqu?il y a «accord sur 82 points», comme la création d?un poste de ministre des Affaires étrangères ou l?extension du vote à la majorité qualifiée, un acquis qui subsistera même en cas d?échec. Mais il a aussi insisté sur le fait que la querelle sur le système de vote pouvait «tout bloquer, et c?est dommage».

Paris et Berlin espèrent que Londres servira de médiateur entre des positions opposées sur ce dossier empoisonné, comme Tony Blair l?a fait sur la défense avec les Etats-Unis. Mais les deux camps ont creusé leurs tranchées.

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