Publicité

La crise ivoirienne sous la loupe des chefs d?Etat

27 novembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le dixième Sommet de la francophonie, qui a rassemblé, hier et aujourd?hui à Ouagadougou (Burkina Faso), les dirigeants d?une cinquantaine d?Etats, a été dominé par la crise en Côte d?Ivoire, même si Laurent Gbagbo n?y participe pas.

Le président ivoirien, pour qui le Burkina Faso est la base arrière des rebelles et le centre du complot ourdi contre lui, a fait savoir en début de semaine qu?il se ferait représenter par son ministre de la Culture. Le porte-parole de l?Elysée a cependant indiqué que des «rumeurs» circulaient sur sa possible venue à Ouagadougou.

La colère de l?Elysée contre Abidjan n?est pas retombée depuis l?attaque de la base de Bouaké (qui a coûté la vie à neuf soldats français le 6 novembre) et l?accès de fièvre antifrançaise suscité par les autorités ivoiriennes. Absent ou pas, Laurent Gbagbo devrait donc, encore une fois, être l?objet de critiques, et les propos de Jacques Chirac trouvaient, dans ce forum des pays francophones, une chambre d?écho. «Ce sommet affirmera qu?il est contraire à la francophonie de fonder une politique sur des critères raciaux ou sur l?exclusion», déclarait, à la veille de la réunion, le porte-parole de la présidence française, Jérome Bonafont.

La France, qui a déjà l?appui de l?Union africaine et de l?ONU, obtiendra sans peine celui de l?Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui devrait, à son tour, se prononcer contre les violations du cessez-le-feu en Côte d?Ivoire et pour une reprise du dialogue sur les bases fixées à Marcoussis en janvier 2003 et à Accra en juillet 2004. Le secrétaire général de l?OIF, le Sénégalais Abdou Diouf, a désigné, il y a quelques semaines, un représentant spécial pour la Côte d?Ivoire, Mamadou Kouyate, qui s?yemploie discrètement, parallèlement aux efforts de médiation plus visibles déployés par le président sud-africain, Thabo Mbeki, au nom de l?Union africaine.

Jacques Chirac devait, peu après son arrivée à Ouagadougou jeudi, avoir des entretiens et un dîner de travail avec le président burkinabé, Blaise Compaore. Quelle que soit la teneur du message qui lui sera adressé, Blaise Compaore a saisi l?occasion qui s?offre au Burkina Faso d?apparaître pour quelques jours, non pas comme le lieu de rencontre du seul «pré carré» français, mais comme celui d?un rassemblement plus vaste géographiquement et politiquement plus ambitieux. Il a invité au sommet le président du Mozambique et celui du Soudan, ce qui signifie que d?autres crises africaines seront abordées, ainsi que le secrétaire général de l?ONU, Kofi Annan.

<B>RELATIONS FRANCO-ALGÉRIENNES</B>

Parmi les autres «invités spéciaux», le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, honorera pour la deuxième fois de sa présence le sommet d?une Organisation que son pays avait initialement rejetée comme un vestige du colonialisme français. Ce rapprochement amorcé depuis plusieurs années va de pair avec la décrispation relative à l?enseignement du français en Algérie et avec l?intensification des relations franco-algériennes. Beaucoup espéraient à la veille du sommet que Bouteflika saute le pas et annonce l?adhésion de son pays ? le plus grand pays francophone en nombre après la France ? à l?OIF.

Le Rwandais Paul Kagame, dont le pays est membre de plein droit de l?OIF mais qui jusqu?ici boudait l?organisation, participera pour la première fois à un sommet, ce qui témoigne d?une détente de ses relations avec la France tout en reflétant l?image nouvelle que peu à peu conquiert l?OIF : celle d?un groupe de pression international plus soucieux du développement que de la défense de la langue française ; sans moyens propres (un budget de 250 millions d?euros), mais capable de promouvoir certaines propositions auprès d?autres instances, comme les institutions financières internationales, l?OMC ou le G8.

L?OIF a acquis sa dimension politique dans le combat pour la diversité culturelle. C?est elle qui a conçu la stratégie : l?attaque via l?Unesco, pour pouvoir, le moment venu, faire front commun efficacement devant l?Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle a fédéré sur ce thème d?autres ensembles linguistiques (hispanophone, lusophone notamment) et rallié de nombreux pays sur tous les continents, y compris dans la «nouvelle Europe», que Donald Rumsfeld croyait avoir définitivement détachée de la «vieille» et qui fait assaut depuis quelques années pour intégrer l?OIF.La France souhaite renforcer cette dimension politique de la francophonie, l?amener à intervenir dans d?autres domaines liés à la mondialisation comme elle l?a fait sur la diversité culturelle. Le thème officiel du sommet de Ouagadougou est celui du développement durable. On discutera des moyens de faciliter l?accès aux financements internationaux. Jacques Chirac doit intervenir en particulier en faveur du microcrédit et annoncer certaines mesures pour favoriser cette pratique.

Les sommets de la francophonie sont aussi l?occasion de réunir de nombreux acteurs de la coopération décentralisée, comme l?association des maires francophones, et de la société civile. L?Union internationale de la presse francophone (UPF) a ainsi rassemblé plusieurs centaines de journalistes à Ouagadougou en début de semaine. Elle s?est élevée contre les pratiques répressives du gouvernement ivoirien, contre la mise à sac des journaux indépendants, «qui évoquent, a dit Hervé Bourges, les bûchers de l?Inquisition ou les dérives de totalitarismes d?un autre temps». Mais elle a appelé aussi «l?ensemble des Etats francophones» à cesser de réprimer la presse indépendante, pointant de la sorte, en avant-première du sommet des chefs d?Etat, la faiblesse persistante de l?OIF pour tout ce qui touche à la pro motion des droits de l?homme et des libertés.

<I><B>© le Monde News Service</B></I>

Publicité