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La course aux alliances lancée

29 avril 2006, 00:00

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par Nazim ESOOF

L?éclatement de la plateforme des partis de l?opposition et les nouvelles man?uvres de Navin Ramgoolam ouvrent la voie à toutes les spéculations dont le point d?orgue sera le 1er mai 2006. Un rendez-vous devenu politique et qui, cette année, déterminera les allégeances à venir. En effet, les futures équations électorales enregistreront leurs premiers contours lundi prochain. Tout cela alors que nous sommes encore très loin des prochaines législatives et qu?il n?y a objectivement aucune urgence d?une redéfinition du rôle des uns et des autres. Cela en apparence. Car dans le fond se met en scène une dramaturgie inédite entre les partis de l?opposition alors que l?Alliance sociale est soumise à l?impitoyable course à produire des résultats. C?est là où cette dernière est attendue et où elle sera jugée. Elle en est consciente et déploie, en ce sens, les grands moyens.

Dans son obsession des résultats, le gouvernement ne doit pas non plus oublier le terrain. « Nous sommes tenus systématiquement à être sur le terrain une fois par semaine. Ce n?est pas les rencontres formelles comme on en a l?habitude », explique succinctement un ministre qui n?en dira pas plus. Mais on comprend que l?objectif est d?accompagner l?action gouvernementale d?une occupation constante du terrain. La proximité et le suivi sont, à cet effet, un principe cardinal de l?Alliance sociale. Au niveau du gouvernement également, le monitoring est méthodique. « Une cellule suit le travail des ministres en fonction du programme à réaliser et des résultats obtenus», ajoute le même ministre. Surveillance ? Il s?agirait davantage de ne céder à aucun signe de relâchement.

C?est dans un tel état d?esprit que le gouvernement affronte le 1er mai. Après quelque dix mois de gestion, le pouvoir a son premier rendez-vous politique. Il est dans les meilleures dispositions imaginables à cette occasion aidé, il est vrai, par des partis de l?opposition en pleine déconfiture. Et Navin Ramgoolam ne s?est pas privé d?ajouter à ce désarroi des partis de l?opposition en intégrant le PMSD à l?Alliance sociale. « Coup de maître de Navin Ramgoolam qui a provoqué la cassure de l?opposition », affirme un rouge qui veut visiblement tout ramener à son leader. « Il s?agira de voir ce que ce parti vaut électoralement », tempère un autre député rouge.

Au-delà du PMSD, c?est la stratégie du PTr par rapport au 1er mai qui intrigue. Absente sur le terrain, l?Alliance sociale ne s?est signalée qu?avec une conférence de presse où elle n?a pas dit grand-chose sinon pour parler de l?arrivée du PMSD au sein du gouvernement et pour permettre à Rashid Beebeejaun de critiquer ceux qui visent, à son avis, de compromettre le ministre Dulull. Seul front où l?Alliance sociale mène campagne, c?est la MBC. Mais c?est un couteau à double tranchant tant la complaisante télévision nationale s?est décrédibilisée. Tout cela est bien étrange mais démontre clairement qu?on est très loin des réunions de mobilisation dont l?Alliance sociale est capable même s?il est vrai que les dirigeants ont trouvé une parade pour expliquer cette posture. Ainsi il s?agit de « contact personnel qui passe très bien » pour Dharam Gokhool. Ou encore d?une « approche personnalisée qui est beaucoup plus payante », dira Abu Kasenally.

Absence intrigante de l?Alliance sociale

Ces explications convainquent à peine. C?est ce qui amène certains observateurs à se demander si la stratégie du silence n?est pas calculée. Car il serait aussi trop facile de tout mettre sur le compte des ministres et des députés qui seraient hésitants à quitter le confort de leurs bureaux pour descendre sur le terrain.

Ne faudrait-il pas davantage voir dans cette stratégie minimaliste une manière de laisser le terrain aux deux principaux partis d?opposition, le MSM et le MMM ? Ce 1er mai 2006 n?est-il pas en effet le match entre le parti soleil et le parti mauve ? Le gagnant de cette confrontation sera celui qui aura accru son pouvoir de marchandage. En attendant, Navin Ramgoolam et ses partenaires ont déjà indiqué leur préférence. Un MSM, sans Pravind Jugnauth au Parlement, est le choix idéal. L?objectif étant de fragiliser davantage le MMM voire de tuer politiquement Paul Bérenger. Les jeux ne sont certes pas faits mais les intentions sont déjà perceptibles. Le dégel entre la présidence et le Prime Minister?s Office et les déclarations de Pravind Jugnauth sur ce qu?aurait été électoralement une alliance PTr-MSM aux dernières élections ne trompent personne.

Navin Ramgoolam peut actuellement jubiler. Dans tous les cas de figure, le 1er mai ne peut lui causer du tort. Dans le pire des scénarii, si l?Alliance sociale n?arrive pas à réunir une bonne foule, il pourra s?en servir pour accentuer la pression sur ses partenaires, ministres et députés. Cependant le Premier ministre a du temps et il en profite pour laisser les deux partis de l?opposition officielle s?affronter avant d?abattre ses cartes. Il est en position de force. Et il le sait. Ce sont les autres qui ont besoin de lui et non l?inverse. Aussi longtemps que Paul Bérenger pouvait compter sur l?appui de son « frère » Pravind, il représentait une menace directe pour lui. L?éclatement de ce duo ouvre des possibilités infinies pour lui. Il n?a pas intérêt à se précipiter non plus car il tiendra compte, au moment d?avancer son pion, de la valeur de cette nouvelle variable qu?est Ashock Jugnauth.

Ce dernier se doit de relever un véritable défi. Comme le fait remarquer un observateur politique, il s?agira de savoir s?il va pouvoir se transformer de « leader de circonscription en leader national ». Un grand pari sur lequel on s?accorde à dire que le démissionnaire du MSM pourra compter sur l?apport du MMM. Au Parlement déjà, la complicité entre le leader du MMM et celui du Parti nationaliste mauricien est une claire indication de l?humeur du jour.

Match Paul v/s Pravind

Toutefois en politique, la vérité d?aujourd?hui n?est pas forcément celle de demain. C?est, en ce sens, à juste titre que Jayen Cuttaree fait remarquer que les « choses vont se calmer » après le 1er mai et qu?on n?est qu?au début d?un mandat. Face à un pouvoir qui surfe sur un nuage de bonheur, les choses risquent pourtant de prendre du temps avant de se calmer. L?enjeu est en fait de taille entre les deux principaux partis d?opposition. Après avoir été accusé de vouloir la tête de Pravind Jugnauth, Paul Bérenger fait lui-même l?objet d?une campagne d?étêtement de la part du MSM.

Le jeu de provocation a ainsi atteint son apogée. Du côté du MSM, on ne passe plus par quatre chemins pour réclamer le départ de Paul Bérenger. « Le MMM est un parti avec une longue histoire. Mais son leader est aujourd?hui dépassé. Dans l?intérêt de son parti, il faut qu?il parte. Je serai la première personne à travailler avec un MMM sans Paul Bérenger. Nous envoyons un message à Paul pour qu?il se retire de la scène politique. S?il le veut qu?il aille à la présidence. Il la mérite d?ailleurs. Il est temps qu?il se retire en beauté », affirme, à cet effet, Showkatully Soodhun.

La réponse est dans la même veine de l?autre côté même si elle est énoncée en des termes un peu plus voilés. « Si Pravind Jugnauth se ressaisit, s?il met de côté son intérêt personnel au profit de l?intérêt du pays, tout redeviendra possible », rétorque Ajay Gunness du MMM.

Qui cédera le premier entre les leaders du MMM et du MSM ? Un élément de réponse pourrait venir le 1er mai. De la capacité de mobilisation de leurs partis, ils tireront les enseignements qui s?imposent. Mais c?est le leader historique du MMM qui est surtout sous les feux des projecteurs. L?élimination politique de Paul Bérenger engagera un nouveau cycle politique qui ouvre la voie à un système de partage à la tête de l?état qui répond à une conception plus traditionnelle du pouvoir.

Dans l?immédiat, les acteurs des deux partis n?écartent plus aucun scénario en termes de configurations électorales. « Toutes les options sont désormais ouvertes. Que ce soit avec un MMM sans Paul Bérenger, avec le PMXD, le PMSD ou le PTr? », fait ressortir Showkatully Soodhun. « En politique, il faut savoir ajuster ses voiles en fonction du vent. De toutes les manières, pour affronter les élections, il faut être dans une alliance et c?est en fonction des conjonctures que cette alliance sera déterminée », précise, de son côté, Deven Nagalingum. « Il est souhaitable que les partis de l?opposition arrêtent de se tirer entre les pattes. Cela est en train de faire le jeu de Navin Ramgoolam », met en garde Ajay Gunness. Sur ce dernier point, tous les protagonistes sont unanimes à admettre que les malheurs de l?opposition font le bonheur du seul Navin Ramgoolam. « C?est une véritable aubaine pour Navin Ramgoolam mais les choses vont rapidement changer », insiste, à cet effet, Jayen Cuttaree. Abu Kasenally confirme d?ailleurs cet état des choses : « Ils font du spectacle et se déchirent entre eux. »

L?échiquier politique se réagence donc. Le 1er mai sera, dans le court terme, un élément déterminant pour régler le rapport des forces. Agendas de parti. Agendas personnels. Orgueil blessé. Vanité froissée. Pour l?heure, les défis sont multiples pour les différents leaders politiques. Si pour les uns, il s?agit de sauver leurs partis, pour les autres, l?enjeu est d?engager un nouveau cycle politique. D?ici là, il reste à espérer que de nouveaux leaders vont émerger pour une véritable réinvention de la politique mauricienne.

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