Publicité

La complainte d?un investisseur

27 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est peut-être parce que je suis un étranger et qu?une ?barrière des cultures?, comme on dit, nous sépare. Mais je vous avoue que j?ai du mal à comprendre la vôtre. La duplicité et la bêtise ne peuvent quand même pas être dans les moeurs d?un pays qui a si bien réussi?

Gérant d?une société spécialisée en informatique, j?ai bien voulu me laisser convaincre de m?implanter à Maurice, de laisser fondre mes premières réticences qui découlaient de votre insuffisance de main-d?oeuvre. Quand j?ai compris dans quelle mesure Maurice avait besoin de ce nouveau souffle que lui promet l?informatique, j?ai su qu?elle en paierait le prix. Je me suis laissé persuader, mais aujourd?hui, mes appréhensions reviennent en force.

Je ne suis pourtant pas du genre à me décourager vite. J?ai d?ailleurs eu affaire au Board of Investment (BOI), si vous voyez ce que je veux dire. Tout en me vendant de l?idyllique, il m?a entraîné dans un labyrinthe administratif à faire remballer ses valises. Cette culture ?marketing touristique? avait le don de m?irriter. Ce n?était pas un langage auquel on s?attend d?un organisme censé être un ?fast track? pour contourner toute la lourdeur de la fonction publique. Ce que je demandais, ce sont des modalités pratiques pour me retrouver, un point c?est tout.

Au BOI, ils paraissent compliquer des choses simples. Ils veulent à tout prix par exemple vouloir vérifier que j?ai bien étudié mon marché. D?une part, c?est un marché étranger qui ne devrait donc pas concerner les autorités locales, d?autre part, si je suis prêt à y mettre de l?argent, c?est que j?ai pris les précautions de rigueur ! Cette aberration m?oblige à attendre depuis des mois mon certificat d?investissement sans lequel je ne peux obtenir les autres papiers nécessaires. En affaires, aujourd?hui, on ne peut pas se permettre de tels délais.

Malgré tout, j?ai persévéré. Le BOI affichait des dispositions à s?améliorer. L?on évoque une épuration des étapes superflues et la création d?un ?Facilitation Committee?. C?est là, il me semble, la pierre angulaire de tout organisme? facilitateur. Enfin, il se secoue. Cela n?empêche que tout ce temps à attendre mes documents m?a laissé le loisir d?écouter votre île volubile. Ce que j?entends me trouble.

A votre crédit, il y avait d?abord, ?la stabilité politique fondée sur l?harmonie entre les races?. J?ai eu l?occasion d?apprécier tout de suite cette harmonie. Le ?Managing Director? même du BOI, qui ne semble pas être hindou, est père de trois enfants hindous. Je trouve cela merveilleux. Mais est-il vraiment la vitrine du coeur de votre pays ? Vous aurez du mal à me convaincre qu?il n?est pas l?exception quand les gens mêmes que vous avez élus aux commandes n?affichent aucun respect pour ?l?harmonie entre les races?, quand ces gens-là n?ont même pas la décence de se retenir d?exprimer des sentiments peu honorables. Un ministre est une autorité morale. Il ne peut pas donner légitimité à ce genre de sentiment dans un pays tel que le vôtre.

C?est surtout l?inconscience, voire la bêtise des paroles attribuées à vos ministres qui dépassent mon entendement. Comment peut-on reprocher à quelqu?un dont le choix de vie démontre qu?il ne cultive aucun a priori sur les races, d?avoir sanctionné un subalterne sur la base de son appartenance ? C?est gratuit. Comment, en outre, un gouvernement, qui sera jugé au nombre d?investissements étrangers dans ce secteur, peut-il se permettre de compromettre les chances d?amélioration du BOI en privilégiant ses intérêts personnels et politiques ?

Je suis déçu par le sens moral de vos hommes. Je suis déçu aussi de vos institutions. Vous vendez, comme autre atout, la valeur de vos structures d?encadrement et vos infrastructures par rapport à certains de vos voisins africains. Mais je ne vois pas en quoi vous différez d?eux puisque la facilité de l?interférence ministérielle donne à penser que les hommes du BOI n?y sont que parce qu?ils sont des petits copains du gouvernement et non des experts ? Comment voulez-vous faire croire que vous êtes disciples de la bonne gouvernance quand les conseils d?administration sont soumis aux caprices ministériels ? Comment voulez-vous convaincre que vous avez les meilleurs professionnels quand on voit bien que vous tolérez les médiocres ? Comment voulez-vous que l?on fasse confiance aux hommes que le gouvernement place à la tête de ses institutions quand il ne semble même pas, lui-même, leur faire confiance ? Après avoir passé des mois à préparer la participation mauricienne au Salon des Call Centres, le technicien MD a été évincé à la tête de la délégation. Si ce n?est pas un manque de confiance, c?est un manque de respect.

En fait, je vais vous dire. Une petite puce avait taquiné bien des oreilles lorsque votre Premier ministre s?acharnait à chanter sur tous les tons qu??il n?y aura pas de cover-up? dans l?affaire du notaire. Elle suggérait que l?on comprenne que les ministres dirigent tout sous cap, comme ils l?entendent, quelle que soit l?indépendance de l?institution. Je crois aujourd?hui que c?est vrai. Pour ma part, je sais ce qu?il me reste à faire. On a beau avoir tout le ?state-of-the-art?, si on n?a ni la manière ni les principes?

Publicité