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La colère patente des taxis

9 août 2003, 20:00

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Ils sont tous malheureux : qu?ils soient marrons ou patentés. Hier encore un document fort convoité, la patente est aujourd?hui un fardeau lourd à porter. « Couma pou couvert frais ? Mo croire pou bisin rende patente aster ek alle faire enn lotte travail », s?exclame Shariff, chauffeur de taxi à la place Victoria.

Georges, de Riche-Terre, avait, lui, participé il y a quelques semaines à « l?opération escargot » pour réclamer, comme des centaines d?autres, une patente (considérée alors comme un passeport pour une vie meilleure) afin de régulariser son gagne-pain : taxi marron, plus récemment surnommé taxi malheureux. Vendredi, il nous a déclaré qu?il préfère se reconvertir en menuisier. « Mem si mo gagne mo patente, pas pu éna assez cash pou acheter enn loto. »

« Taux impossible... »

Depuis le 23 juillet, date à laquelle sont entrées en vigueur les nouvelles mesures fiscales frappant les véhicules, la communauté des chauffeurs de taxi n?en revient pas. Alors que le prix des véhicules, en général, a connu une baisse, même si elle est minime, les taxis, eux, devront casquer davantage quand ils achèteront un nouveau véhicule. Au lieu de

Rs 10 000, ils doivent désormais payer jusqu?à Rs 90 000 comme frais d?enregistrement. « Mo ti fini garde Rs 290 000 pou acheter enn Toyota Corona, zordi li fine vine près Rs 400 000 », explique Shariff, 58 ans, taxi depuis plus 38 ans.

Révoltés, les chauffeurs de taxi se mobilisent. Venant des quatre coins de l?île, ils se réunissent demain au jardin des Pample-mousses pour dire « non » à l?augmentation de la Registration Duty. « Li impossible pou nou travaille avec sa taux enregistrement-là. Gouvernement bisin reguette so décision, sinon chauffeurs de taxi pou mari souffert », crie Goinda Veerap-papillay, président de l?association des taxis. L?un de ses membres ajoute : « Taxis aster pou bisin prend deux loans : enn pou asté machine ek enn lotte pou paye enregistrement. »A la suite de leur réunion, les taxis envisagent de faire un « rallye impressionnant » jusqu?à la capitale, pour klaxonner leur désaccord.

Mardi devant les locaux de la National Transport Authority, ce sera au tour des taxis marrons de manifester leur colère devant un dossier qui se fait attendre alors que les données ont changé. « Bérenger ti promette ki pou fer nous gagne patentes. Zordi conditions fine changé ek patente encore en attente. Banne politiciens ine couillonne nous encore », fait ressortir Georges.

Deux coups de massue

Pas moins de 4 000 demandes de patente sont en attente. « C?est une stratégie du gouvernement pour décourager les nouvelles demandes. Beaucoup de pères de famille ont été menés en bateau », s?insurge Rama Valayden, conseil légal des « taxis malheureux ». Il prévoit des actions types opération escargot pour que l?Etat respecte sa parole.

Du côté des revendeurs de la MVDA ou de la DIVA, on affiche une certaine « sympathie » à l?égard des chauffeurs de taxi. « Nous avons rencontré des cadres du ministère des Finances, entre autres, pour qu?ils revoient la Registration Duty des taxis. Cette mesure va lourdement les handicaper ». Zaid Ameer, président de la DIVA, dit comprendre la colère des taxis. « Ils ont reçu deux coups de massue : la forte hausse de la Registration Duty et celle qui frappe les voitures Diesel. »

Selon lui, il est normal que les taximen ne viennent plus dans les showrooms. « Le business a chuté de près de 40 %. Pas une seule voiture n?a été vendue aux chauffeurs de taxi », se plaint-il. Les membres de la DIVA se rencontrent demain pour passer en revue la situation jugée « inquiétante. »

Pour le vieillissant Shariff, plus question de changer de voiture. « On reviendra à létemps longtemps, quand ti éna vieux vieux kachak charli. Maurice, au lieu alle divant, pé réculer? »

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