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La Collection Maurice à cheval sur les principes

1 janvier 2006, 00:00

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La collection thématique Maurice, que dirige Rama Poonoosa-my, jette son dévolu sur les principes, censés diriger nos vies, nos comportements, nos relations avec les autres. L’imposition d’un thème à chaque nouvelle édition de cette collection littéraire, devenant d’année en année indispensable et attendue, ne facilite guère la tâche des collaborateurs pressentis.

À peine Rama a-t-il le temps de leur annoncer le thème choisi qu’un doute envahissant s’empare de leur esprit etils se demandent aussitôt : « Que vais-je bien pouvoir pondre d’intéressant sur un tel thème ? » Il faut admettre qu’en privilégiant cette fois-ci le ou les principes, Rama n’y va pas avec le dos de la cuillère. Et on ne comprend que trop Édouard Maunick s’insurgeant contre le principe thématique de cette collection.

Rama réussit toutefois l’exploit de faire réciter le confiteor de son enfance portlouisienne et même de battre sa coulpe ou encore de confesser une certaine impuissance devant la page blan-che quand le thème imposé lui paraît trop alambiqué. Mais il est trop rédacteur littéraire dans l’âme et par toutes les étincelles de son esprit si vif et si pertinent, comme l’ont été excellemment avant lui, Pierre Renaud, Marcel Cabon, Georges André Decotter et les principaux collaborateurs de l’Essor de l’entre-deux guerres, pour croire encore et toujours à la possibilité des miracles littéraires.

Et ces miracles se renouvellent bon an, mal an, depuis 1994, grâce à la Collection Maurice, en dépit de ses thèmes à coucher dehors que les collaborateurs doivent respecter à la lettre, par principe, sous peine d’excommunication et d’imprimatur refusé : Le tour de l’île en 1994, celui des femmes (1995), Demain et après (1996), Au nom de l’amour (1997), Kaléidoscope (le principe de la liberté totale et de ne pas imposer de thème mais non renouvelable et non renouvelé), Histoire d’enfants (1999), Noctur-nes (2000), Zistwar fer per (2001), Travel stories (2002), Investigations (2003), Lor la mer (2004) et Of principles (2005), confirmant la primauté alternée accordée aux trois langues en usage dans la collection (français, créole et anglais) dans le titre attribué à chaque recueil.

Édouard a raison : ces thèmes, si rébarbatifs, par principe, à la plupart d’entre nous, parviennent pourtant à inspirer les meilleurs « comme si la chose va de soi ». Et c’est tant mieux. Édouard a raison de parler ici d’enrichissement intellectuel.

<B>Les atouts et les faiblesseslittéraires des participants</B>

Une anthologie et une œuvre collective auront toujours l’avantage sur une œuvre personnelle d’offrir des échappatoires quand l’une ou l’autre écriture déplaît à tel ou tel lecteur. Acheter une œuvre littéraire, locale ou étrangère, commencer à la lire et découvrir, page après page, que l’auteur écrit avec ses pieds, sans chercher « à toucher et à plaire », comme l’enseigne Racine, peut être frustrant.

Le mal est moins grand quand on peut se dire : les autres collaborateurs du recueil me consoleront de l’écriture besogneuse ou recherchée de tel ou tel écrivassier qui n’a peut-être pas sa place dans un si beau recueil, à moins que je ne sois fautif de ne pas avoir l’intelligence voulue pour apprécier, comme il se doit un génie si méconnu.

Un des plaisirs les plus vifs, que procure la lecture des différents volumes de la Collection Maurice, est justement de pouvoir découvrir au dernier moment l’identité de l’auteur pour peu que l’on s’entoure de la précaution de ne pas prendre au préalable connaissance du contenu du sommaire.

On avance dans la lecture, ligne après ligne, paragraphe après paragraphe, page après page, en s’interrogeant sur l’identité de l’auteur. La surprise attend le lecteur à la fin du récit. « Tiens ! ce récit alerte et vivant, c’est untel ou untel… Voilà qui modifiera mon opinion sur lui ou sur elle… Je ne l’aurais pas cru capable de ceci ou de cela… » On s’entraîne ainsi à juger sur pièce et non pas avec des a priori toujours tendancieux et suspects.

Cela renvoie aux ultimes délibérations des membres du jury des défunts concours littéraires de l’express. C’était un réel plaisir d’entendre Maurice Rault, Georges André Decotter et Daniel Kœnig, épiloguant pendant des heures sur les atouts et les faiblesses littéraires des différents participants de ces concours de poésie, de nouvelles et de chroniques et dont ils ne connaissaient que leurs manuscrits, revêtus d’un simple numéro de référence.

N’était-ce leur courtoisie innée et l’élévation littéraire de leur débat, ils en seraient venus aux mains, en ignorant totalement qu’ils étaient en train de défendre X aux dépens de Y et vice versa. Ils n’en croyaient pas leurs oreilles en apprenant, après leur choix définitif de lauréats et de mentionnés, qu’ils avaient été particulièrement sévères à l’égard de telle ou telle plume passant pour être reconnue et adulée et qu’ils avaient couronné audacieusement de jeunes talents en herbe qui ont tenu les promesses contenues dans leurs premières participations aux concours littéraires, créés par Philippe Forget pour honorer la mémoire de Pierre Renaud.

C’est ainsi que les lecteurs de la Collection Maurice découvriront avec surprise peut-être, le goût et le talent d’une de nos femmes de lettres les plus talentueuses pour les calembours et autres traits d’esprit, au point d’inventer une Demoiselle Camille Honnête, un menuisier habile dans la fabrication de cale en… drier et qui avoue ne pas savoir « dans quel état j’erre ». On ne peut que s’étonner de l’absence dans son récit d’un Prince Ip ou encore d’un prince si pâle.

<B>Un chef-d’œuvre de construction dramatique</B>

Parmi les meilleures surprises du volume Principes de la Collection Maurice, il y a définitivement la nouvelle de DésiRé, véritable chef-d’œuvre de construction dramatique, de respiration littéraire permettant d’avancer dans le récit tout en ayant l’impression de tourner en rond, avec, pour couronner le tout, une fin à couper le souffle qui n’est pas sans rappeler le triomphal « bruit précipité de béquilles » qui conclut la Poupée de chair. Le texte de DésiRé a le mérite d’être aussi d’une brûlante actualité à l’heure où tant de nous militent bruyamment en faveur du rétablissement barbare de la peine de mort et poussent la cruauté inhumaine jusqu’à refuser la rémission de peine qui seule peut donner un contenu concret au mot « espérance » quand on se retrouve prisonnier entre quatre murs et autant de barreaux.

DésiRé nous rappelle à juste titre que ce qui compte, ce n’est jamais la sanction, ni le nombre de jours passés en prison ou encore la satisfaction morbide des tenants mordicus de la loi du talion, mais bien la conversion du cœur, capable à tout moment de faire de n’importe quel criminel endurci, de n’importe quel récidiviste notoire, un apôtre de la non-violence, un homme de bonne volonté, un artisan de paix.

Le beau récit de DésiRé insiste à juste titre sur la responsabilité parentale. Nous devons assumer les faits et gestes des enfants que nous avons engendrés. On retrouve les mêmes interrogations dans le Monsieur Léon de Lilian Berthelot. S’interroger sur le devenir de nos enfants c’est aussi permettre à la vie et à sa complexité de nous interpeller. Cette vie qui peut nous obliger à un baiser de l’utérus, comme le constate Jean-Claude Audou.

Cette vie qui compte si peu pour un tueur à gages, au dire d’Umar Timol. Cette vie qu’on peut compliquer à loisir pour lui inventer des synthèses rationnelles ou mystiques (Jeanne Gerval- Arouff), la vie omniprésente comme dans la ville de H comme Holocauste (Ananda Devi). Lindsay Dhookit nous rappelle que même à l’ère informatique l’honneur d’un être humain a davantage de valeur que des centaines de millions. Ce ne sont pas les personnes plus ou moins impliquées dans des détournements d’argent qui diront le contraire.

<B>Difficile de trouver présent plus précieux</B>

On peut assassiner une vie humaine, un amour humain au nom de principes dénués de toute forme d’intelligence se fondant sur de fausses valeurs. Jeanine Trublet-Descroizilles le montre bien avec une septuagénaire toute desséchée parce que, son père esti-ma jadis que l’amour de sa vie ne fait pas partie de nous banne. Sonia Serra promène autour de l’île des notes de musique très mauriciennes et d’une étrange familiarité pour évoquer la journée de celle qui doit, ce soir, prendre l’avion.

Plus qu’un simple divertissement littéraire, Affaires de principes de la Collec-tion Maurice invite, en ces jours festifs et de farniente, à de véritables réflexions sur l’orientation ou la réorientation à donner à notre vie. On ne saurait assez recommander cette œuvre aux lecteurs des pages culturelles d’expresso.

À Rs 250 l’exemplaire, il est difficile de trouver présent plus précieux et plus utile en ces temps d’étrennes et de souhaits de bonheur et de prospérité. Il y a de véritables leçons de savoir-vivre dans les meilleures pages de Kestyon prensip.

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