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La CMT investit Rs 3 mds pour entrer dans le top 10 du t-shirt

29 avril 2006, 00:00

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par Stéphane SAMINADEN

La Compagnie mauricienne de Textile (CMT) frappe de nouveau un grand coup. Elle annonce l?investissement de Rs 3 milliards pour doubler de taille et devenir un des dix plus grands producteurs de t-shirts jersey du monde.

C?est ce qu?a annoncé hier le directeur de la CMT, Francois Woo, entouré de son état major. Pour la CMT, l?obsession de la taille est une question de survie. « Notre capacité de production est déjà dépassée et nos clients se plaignent que nous n?arrivons pas à satisfaire leurs demandes », explique Francois Woo.

L?augmentation de la capacité de production de l?entreprise s?articule essentiellement autour de la construction d?une deuxième filature, qui sera accompagnée d?un accroissement de capacité au niveau du tricotage, de la teinturerie et de la confection. Cette expansion considérable devrait créer 4 000 nouveaux emplois, ce qui portera de 8 000 à 12 000 le nombre de salariés du groupe dans trois ans. Le programme comprend aussi un important investissement dans la formation, qui est estimé à Rs 150 millions et qui sera mené avec le concours de l?Industrial and Vocational Training Board.

Aujourd?hui la CMT produit 4,5 millions de t-shirts par mois. Dans trois ans elle devrait en produire 7 millions pour doubler son chiffre d?affaires, qui devrait passer de Rs 4 milliards à Rs 8 milliards, voire Rs 9 milliards. Outre d?augmenter sa production, la CMT entend aussi monter en gamme. Sa nouvelle filature devrait lui permettre de fabriquer des fils composés, difficiles à trouver sur le marché international, à plus forte valeur ajoutée.

Manque de visibilité

Doubler de taille en seulement trois ans et consentir à un tel effort financier sur une si courte durée témoigne d?un sentiment d?urgence que Francois Woo justifie par les perspectives du textile mondial à moyen terme.

D?une part, la déferlante des vêtements « Made in China » a été momentanément ralentie par les mesures de sauvegarde ? les quotas ? réintroduites par les Etats-Unis et l?Union européenne. La reconduite de ces quotas est aléatoire dans un horizon allant de 2008 à 2014 au maximum. Lorsque ces mesures de protection ne seront plus possibles, rien n?arrêtera plus la Chine.

D?autre part, si l?Inde n?a pas encore démontré sa puissance de frappe sur le marché du textile mondial après l?abolition des quotas en janvier 2005, c?est qu?elle ne s?était pas encore préparée de manière massive à profiter de cette ouverture. Mais quinze mois après, ce pays est en train de consolider ses capacités de production de manière intensive et, dans deux ou trois ans, elle sera redoutable, analyse Francois Woo.

De plus, la CMT veut également s?armer pour faire face à une éventuelle réduction drastique des droits de douane sur les vêtements. Dans le cadre des négociations à l?Organisation mondiale du commerce, tout indique que les tarifs sur le textile et l?habillement sont condamnés à baisser. Aujourd?hui, ces droits de douane qui tournent autour de 18 % sur le marché américain et de 11 à 13 % sur le marché européen constituent le dernier avantage comparatif dont jouit Maurice par rapport à ses concurrents après la disparition des quotas.

Francois Woo va plus loin en se demandant si Maurice continuera à jouir d?un accès en hors taxes sur le marché européen après la conclusion des accords de partenariat économique entre Maurice et les sous régions des ACP et l?UE.

Le plan de trois ans de la CMT est le fruit d?une mûre réflexion tenant compte des changements potentiels du cadre international. L?entreprise est actuellement en négociation avec le gouvernement sur les conditions pour la construction de sa deuxième filature qui devrait coûter davantage que la première. Celle-ci tourne actuellement à plein régime et fournit entre 55 et 60 % des besoins de la CMT. Avec la deuxième, l?entreprise compte être entièrement autonome en fil, ce qui lui donnera encore plus de flexibilité en raison de la maîtrise des flux de matières premières.

Continuer à investir et s?agrandir témoigne d?une volonté de pérenniser l?avenir. « Avec Rs 4 milliards de chiffre d?affaires et Rs 1 milliard de bénéfice annuellement, on aurait pu s?endormir sur nos lauriers. Mais si on choisit cette voie, l?avenir risque d?être très difficile pour nous », explique Francois Woo.

Le patron de la CMT estime qu?il y a encore un manque de visibilité sur l?évolution du marché international et l?avenir de l?industrie textile locale. « On ne peut as dire que le pire est derrière nous ou devant nous. Il y a de bons groupes solides à Maurice mais l?avenir du textile dépendra de ce que chacun fera individuellement au sein de son entreprise », commente Louis Lai, le directeur financier de la CMT.

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