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La Chine face aux disparités salariales entre ses régions

8 juin 2005, 00:00

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Ils font tourner l?atelier du monde et donnent à la Chine les avantages comparatifs que l?on connaît : les 100 millions de mingong, ou ?peuple du travail?, migrants venus des campagnes pour s?employer dans les grandes villes, constituent une main-d??uvre bon marché, flexible, non syndiquée et abondante. On estime que 300 millions de paysans quitteront la campagne pour la ville d?ici à 2020.

Mais l?extraordinaire croissance chinoise et le libéralisme à tous crins de ses patrons provoquent des tensions sur un marché du travail qui obéit de plus en plus aux lois de l?offre et de la demande. Certaines provinces seraient confrontées à des pénuries : c?est le cas, selon un sondage de la banque centrale chinoise, publié fin mai, du delta de la rivière des Perles. La province du Guang-dong, qui regroupe Canton et Shenzhen, connaîtrait un déficit de 2 millions de travailleurs, soit 10 % de sa main-d??uvre d?origine rurale.

Le ?Hukou?, improbable sésame

D?autres provinces côtières manqueraient de travailleurs, comme Fujian, ou encore le Jiangsu, au nord de Shanghaï. Ces déficits menacent de devenir structurels pour les emplois les moins rémunérés, c?est-à-dire en dessous de 100 euros par mois le plus souvent entre 40 et 60 euros. En fait, les salaires moyens des travailleurs migrants de la région de Canton, première région du pays à s?être convertie à l?économie de marché, sont parmi ceux qui ont le moins augmenté : ils n?ont gagné que 68 yuans (6,8 euros) en dix ans, indique la banque.

Ils ont donc baissé, si l?on retranche l?inflation, alors que le produit intérieur brut chinois croît de près de 8 % par an. ?Depuis l?entrée de la Chine dans l?Organisation mondiale du commerce (OMC), il y a sans arrêt de nouvelles usines. Là où il y en avait dix il y a deux ans à peine, il y en a cent aujourd?hui?, dit Ann Choi, de Tianjin Knitting, un fabricant de textile de Shantou, dans l?Est du Guangdong.

Chez Tianjin, les salaires les plus bas sont de 80 euros. ?C?est difficile de garder les gens. On les forme, et ils partent se vendre plus cher ailleurs?, reconnaît Ann Choi.

Les soutiens du miracle économique chinois votent avec leurs pieds : on gagne plus dans la région de Shanghaï, par exemple, où les tarifs seraient compris entre 100 à 150 euros. Mais la vie y est plus chère, et ici aussi, on délocalise les entreprises vers Hangzhou, par exemple, pour le textile.

Les écarts de salaires vont facilement du simple au double en Chine : dans la restauration, la paie atteint facilement 100 euros à Shanghaï contre 60 ou 70 dans les villes de l?Anhui, la province pauvre qui lui sert de réservoir de main-d??uvre.

Ces différentiels entre régions commencent, tout doucement, à faire changer la donne en matière de conditions d?emploi. Les municipalités organisent régulièrement de gigantesques foires au travail, notamment au nouvel an chinois, lorsque les mingong sont les plus susceptibles de changer de travail.

Dans certaines municipalités, des ébauches de négociations collectives voient le jour. S?il suffit désormais d?une carte d?identité pour se faire employer en Chine, un travailleur migrant, surtout s?il change souvent d?emploi, a rarement accès au hukou, le permis de résidence de la ville où il travaille, et donc aux avantages sociaux qui y sont liés : école pour les enfants, assurance médicale, etc. Aussi certaines villes ont lancé des programmes d?accès au hukou pour leurs migrants, dans le but de les fixer : Shijiazhuang, dans le Hubei, offre ainsi un hukou aux migrants disposant d?un travail fixe depuis 2001.

Les salaires poussés à la baisse

Le gouvernement central, conscient des risques de déstabilisation sociale, a obtenu, en 2004, le remboursement des arriérés de paiements dus par les employeurs aux mingong.

Mais la concurrence reste intense sur le marché du travail : ?L?offre écrasante de main-d??uvre bon marché en Chine, d?un côté, et, de l?autre, la concurrence de plus en plus forte entre les entreprises poussent les salaires à la baisse.

Le gouvernement essaie de faire appliquer les lois du travail, mais ce n?est pas réaliste à ce stade. Les provinces craignent le gouvernement central, mais aussi de décourager les entreprises par des lois trop strictes. Il faut créer un environnement qui prenne en compte les réalités du marché, et les provinces ne savent pas comment faire?, explique Chen Xin, de l?Académie des sciences sociales de Chine, qui, avec l?Unesco, organise depuis 2002 des ateliers avec les différents acteurs dans telle ou telle région, afin de promouvoir une gestion plus équitable du ?peuple du travail?.

Brice PEDROLETTI © Le Monde Distribué par The New York Times Syndicate

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