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La CHC commence ses activités portuaires
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La CHC commence ses activités portuaires
Octobre 1983 est une date mémorable dans l?histoire de la rade de Port Louis. La Cargo Handling Corporation commence, en effet, à cette date, ses activités de manutention des marchandises à embarquer à bord des navires en partance ou, au contraire, à débarquer car elles viennent de l?étranger et sont destinées à des importateurs locaux. La CHC a ceci de particulier qu?elle est une compagnie d?Etat, au capital initial de Rs 10 millions, financé à 40 % par la Marine Authority et à 60 % par le gouvernement. Elle ravit au secteur privé son monopole séculaire de la manutention des marchandises dans la zone portuaire.
La presse de gauche, d?il y a un quart de siècle, en vertu de sa philosophie prônant un secteur privé capitaliste moindre et un système étatiste toujours plus élaboré, se félicite donc de cet avancement socialiste historique. Le secteur privé fait preuve de sa prudence coutumière. Il sait que la période oligarchique, permettant à quelques gros capitalistes, réunis dans des compagnies monopolistes, est bel et bien terminée. Adieu donc les beaux jours dans le port pour eux. Ces grands patrons portuaires se savent désormais coincés au milieu de plusieurs étaux et préfèrent s?en aller sur la pointe des pieds, avant d?être complètement écrasés, pendant qu?il est encore temps de sauver quelques meubles, dont leurs biens fonciers, valant de l?or car situés dans la zone portuaire.
Un de ces étaux à mâchoire de crocodile, asphyxiant le patronat portuaire, est l?urgence nécessaire d?investir massivement dans la modernisation de l?infrastructure portuaire afin d?empêcher Port Louis de devenir un port de division inférieure dans la région, au moment où le trafic maritime s?oriente inexorablement vers sa centralisation autour de ports d?éclatement (hub) majeurs à la productivité et compétitivité excellentes et sans faille aucune car la concurrence se révèle d?ores et déjà impitoyable.
L?aventure aurait été jouable si le secteur privé portuaire traditionnel et de type capitaliste était porté et soutenu inconditionnellement et par le gouvernement et par la population de Maurice. Ce qui est loin d?être le cas, pendant les lustres précédant la mainmise de la CHC dans le port. La mise sur pied, autour de 1970, de la Port Louis Harbour and Dockers Workers Union, d?obédience MMM, et dirigée d?une poigne d?acier par Paul Bérenger, change les données du tout au tout. Plus question pour le patronat portuaire d?être en bons termes avec des syndicats portuaires accommodants, comme au temps de MM. Moignac et Lacaze. C?est retour direct aux années conflictuelles d?Emmanuel Anquetil et de Guy Rozemont. Pire même, puisque les grèves portuaires organisées par ces deux tribuns, dans les années 1940 et 1950 sont de la bibine, comparées à celles planifiées, efficaces, paralysantes, de Bérenger, de sa GWF et de son PLHDWU.
Au souvenir de l?année de braise 1971, plusieurs des patrons et cadres portuaires de l?époque, ressentent, aujourd?hui encore en 2008, un douloureux frisson dans le dos. Ils ne peuvent oublier ces pénibles négociations, précédées de diatribes interminables où ils étaient accusés d?être, entre autres, des vampires, suçant avidement le sang et la sueur des débardeurs mauriciens. La moindre dénégation de leur part leur valait simplement le redoublement des coups les plus cruels car les plus injustes, les plus mensongers. Il leur fallait supporter stoïquement toutes ces accusations syndicalistes les unes plus cruelles, plus iniques, plus perfides, que les autres et attendre le moment, quand fatigués d?avoir déversé tant de bile et de haine sur le système capitaliste portuaire, ces syndicalistes consentaient enfin à vouloir régler, de concert avec ce patronat honni, des questions aussi vitales que l?embarquement du sucre à exporter dans les délais imposés par les acheteurs anglais et européens, ou encore le débarquement des cargaisons de riz et de farine, des denrées périssables avant qu?elles ne pourrissent à fond de cale, la matière première pour les usines de la zone franche naissante, l?attente désespérante de plusieurs dizaines de navires en tête de rade, les surestaries et autres surcharges dont nous accablaient continuellement les lignes maritimes desservant Port Louis, notre rade devenant simplement la risée de tout le système portuaire indocéanique.
Pour toutes ces raisons, la CHC demeure, pour les anciennes compagnies portuaires, une douloureuse épine que le gouvernement lui enlève du talon. Et il lui fallait faire preuve d?un masochisme suicidaire pour contester cette mainmise de la CHC. C?était simplement vouloir se réintroduire dans la plante du pied un piquant encore plus venimeux et plus douloureux que le venin d?un laffe la boue.
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