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La carotte financière

17 février 2004, 20:00

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L?appel au secours lancé en début de semaine par cinq entreprises de textile-habillement démontre, si besoin était, à quel point la situation est précaire dans ce secteur. Le cri de détresse, intervient quelques jours à peine après que la Textile Emergency Support Team (TEST) ait annoncé le lancement de son programme de restructuration de la dette des entreprises.

L?endettement est effectivement la principale difficulté à laquelle sont confrontées les entreprises de textile et de confection. Certaines n?ont même pas assez de liquidité pour acheter les matières premières pour prendre les commandes qui pourtant affluent. Triste paradoxe.

L?endettement des entreprises de zone franche découle principalement de la fâcheuse habitude à recourir aux prêts bancaires plutôt qu?à injecter des fonds propres où à réinvestir les bénéfices durant les années de vaches grasses. La majorité des projets d?expansion ont été financés au prix fort des intérêts bancaires.

La rentabilité est ce qui permet à une entreprise de rémunérer correctement ses actionnaires tout en mettant suffisamment de côté pour financer son développement et se préparer aux années de vaches maigres. Certains n?ont retenu que la première partie de la proposition.

Aujourd?hui, les entreprises du textile-habillement accusent les banques de ne pas jouer le jeu. Pour être juste, le secteur bancaire a dû essuyer tant d?ardoises qu?elle a décidé de fermer le robinet. Ce qui est compréhensif. Ajoutons à cela des directives strictes de la Banque de Maurice sur des niveaux d?exposition sectoriels à ne pas dépasser.

Malgré tout, la TEST propose un programme de restructuration de la dette qui sera essentiellement piloté par la Banque de Maurice. Pour une fois, il ne s?agit pas de ?throw good money after bad one?. Du moins, l?espère-t-on.

Pour bénéficier d?un rééchelonnement de la dette, les entreprises devront s?engager dans un ?business plan? impliquant un réel processus de restructuration.

Outre l?aspect financier, l?assistance de la TEST couvre aussi les procédés de production, la gestion financière, le marketing international, la planification stratégique et budgétaire et la formation. Bref, tous les aspects qui auraient dû normalement concerner d?abord les chefs d?entreprises eux-mêmes. Au mieux, il s?agit de ?spoon-feeding? au pire d?une externalisation de la gestion ! La TEST aura-t-elle droit à une part des bénéfices après le redressement des entreprises malades ?

En tout cas cela en dit long sur la capacité gestionnaire de nos capitaines d?industrie. Si malgré les faiblesses qui s?étalent maintenues au grand jour, bon nombre d?entreprises ont pu survivre c?est surtout à cause de la dépréciation de la roupie et des marchés protégés qui sont maintenant chose du passé. Quand une entreprise réalise des marges suffisantes elle peut tolérer certaines inefficiences. Ce n?est plus le cas aujourd?hui.

Depuis que la TEST a lancé ce programme de ?debt rescheduling?, l?intérêt des entreprises a décuplé. Normal, dès qu?on parle d?argent, tout le monde dresse l?oreille. C?est une excellente chose finalement. Le rééchelonnement de la dette est sans doute la carotte qu?attendaient les industriels pour s?engager résolument dans un processus de restructuration.

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