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La caravane qui n?est pas passée

29 octobre 2006, 00:00

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Si vous permettez, le diagnostic selon lequel l?avortement clandestin est lié à la pauvreté est un peu court. Toute grossesse peut être évitée par la contraception. La grossesse non désirée résulte donc de la non-application de la contraception ; par nonchalance, par négligence, etc. La pilule et le contraceptif, bien en place, peuvent empêcher la plupart des 20 000 avortements clandestins annuels. Pourquoi les couples n?y ont-ils pas recours et s?exposent-ils aux risques de la manipulation et des complications qui, si souvent, s?ensuivent ? C?est ça la question.

Nonchalance, négligence, etc. On hésite à ajouter ignorance, car voilà deux générations que l?éducation sexuelle est censée nous avoir rendus plus responsables de nos corps. En fait, l?éducation sexuelle est un échec au regard de la sexualité précoce et de la permissivité embarrassante, si contagieuse. Qui nous dira ce que les planches anatomiques des parties, la connaissance des courbes de température, des cycles ovariens, de la longévité du spermatozoïde ont vraiment contribué à la responsabilité individuelle, ou, au contraire, s?ils n?ont pas largement favorisé une banalisation du sexe, accru la curiosité et les tentations d?un essai précoce ?

La vérité était probablement une meilleure école que celle des « birds et des bees », mais a-t-elle suffi ? On se le demande. Du même ordre sont les effets imprévus, mais prévisibles, de la télévision à la portée des « plus de 10 ans », qui tous les jours projette des ébats explicites accompagnés de gémissements prometteurs (il ne s?agit pas de pornographie mais de comportements amoureux).

La familiarité engendre la banalisation. Il a manqué à l?éducation sexuelle deux compléments qu?il n?est pas trop tard d?intégrer : la contraception et la primauté du couple. La pratique du sexe gagne des groupes d?âge de plus en plus précoces et l?accessibilité de la contraception devient un impératif dans les sociétés qui ont jeté aux ordures la plupart des tabous sexuels d?antan. Les contraceptifs et la pilule sont des accessoires nécessaires à cet état de fait. Le deuxième aspect qui a échappé aux éducateurs superficiels, c?est la valeur enrichissante du couple, resté le modèle physiologique et sociologique le plus important à sauve-garder. Battue en brèche par des féminismes à la manque, la stabilité des couples se désagrège aussi vite qu?ils se forment.

Le mal n?est pas bête. La génération nouvelle constate que presque tous les tabous sexuels sont morts comme des mouches. L?adultère simple, l?adultère des deux, simultané et toléré, le sexe avant l?union, le sexe sans union, les filles mères, la transsexualité, l?homosexualité, les clubs échangistes et les baises à la demande sont la manne des faits divers des médias. Dans ce climat, florissant au nom du modernisme, comment ne pas mettre en doute l?enrichissement que procurent les unions stables ? L?union d?un homme et d?une femme repose essentiellement sur un contrat de consentement mutuel.

Des unions libres, mais stables, n?ont rien à envier aux mariages devant l?officier d?état civil ou selon les rites ; les coups de couteau dans ces contrats traditionnels sont plus communs que les letchis à Noël. On ne voit pas d?ailleurs ce qui renversera la tendance. Le monde décrit par Naguib Mahfouz se meurt.

L?homme et la femme sont-ils monogames ? Ce n?est pas prouvé ; ce qui l?est, c?est que l?union stable et durable est la seule qui permette d?explorer les recoins de la tendresse, l?évolution et le raffermissement des liens, le mûrissement des personnalités au sein du couple, et sa capacité de reconnaissance et de protection mutuelles.

Même alors, la contraception n?est pas inutile. Les familles de quinze enfants ne sont ni désirables ni envisageables. La précaution est de mise à tous les âges et dans toutes les situations, selon le sentiment des couples. Les grossesses non désirées menant à l?avortement clandestin sont un cas spécial à traiter dans une politique d?ensemble. La contraception devrait être à la portée de tous, comme la détection du diabète et de l?hypertension. Dire que la vulnérabilité de la femme est une conséquence de la pauvreté, c?est se tromper de cible. Il est indéniable que la misère demeure gravement un des points noirs des civilisations. Mais la promiscuité et la passivité de la femme dans une ambiance macho sont un mal en soi, qui demandent l?attention la plus rigoureuse ; si leurs conséquences peuvent être évitées aisément, qu?est-ce qui empêche de les combattre ?

En sus d?une véritable éducation de responsabilité sans les lacunes d?usage, l?arme de la contraception est aussi libératrice au lit que l?électricité et l?électroménager dans la cuisine. Le coût de la contraception dans les pharmacies n?est pas encourageant. À quinze roupies le contraceptif et deux cents roupies pour un mois de pilule, on comprend que les pauvres s?en privent. Le coût réel de 20 000 avortements clandestins annuels (et de combien d?autres « comme il faut ») en angoisse, en morbidité, en stérilité, en mortalité est bien plus élevé et bien moins « responsable » qu?un service d?État gratuit, hygiénique et ciblé. Les caravanes de la santé pourraient utilement s?en prévaloir.

Périscope

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