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La bosse des maths

27 décembre 2007, 00:00

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Il n?y a pas à dire, Wan Wongsunwai (cette contraction des noms Wong Sun Wai est un fait exprès. Pour que les Américains arrivent à distinguer son nom), est fait pour l?enseignement. Il est d?une patience d?ange lorsqu?il explique sa spécialité aux profanes. Il va même jusqu?à étayer ses explications par des dessins. Et lorsqu?on sort de l?entretien, on a le sentiment d?en savoir un peu plus sur un domaine qui n?est pas sans rappeler une nébuleuse.

Wan, qui est âgé de 39 ans, est le septième des huit enfants du couple Wong Sun Wai. Son enfance est modeste. Son père fabrique des sacs d?école en maroquin à la maison qu?il place ensuite dans les magasins. Porté pour les études, Wan effectue sa scolarité secondaire au Collège Royal de Port-Louis. Il s?oriente vers les sciences, qui l?intéressent beaucoup. Mais il est tout aussi doué pour la littérature car il prend annuellement part aux concours de l?Alliance française et est même lauréat de la classe terminale en 1986. Ce qui expliquerait, malgré une longue immersion en milieu anglophone, son français toujours parfait.

Lorsqu?il obtient la bourse d?Etat qu?on appelait encore à l?époque la bourse d?Angleterre, il postule et est admis à l?Imperial College de Londres car il veut décrocher une licence en mathématiques. «Pourquoi les mathématiques ? Tout simplement parce que je trouve que les mathématiques contiennent une vérité logique et pure, même si c?est quelquefois considéré come un sujet austère.Il s?agit d?une langue universelle distillant des concepts qui traversent le temps. Lorsqu?on lit les ?uvres des mathématiciens d?il y a 400 ans, on arrive encore à les comprendre et on a l?impression que les mathématiciens d?antan parviennent à communiquer avec nous à travers les siècles.» Et puis, explique-t-il, à la fin des années 80, les mathématiques permettaient d?opter pour plusieurs filières.

Une fois sa licence terminée, Wan bifurque vers la comptabilité, se faisant embaucher par une firme comptable dans le but de faire l?Institute of Chartered Accountants en Angleterre et aux Pays de Galles. Lorsqu?il est Associate Chartered Accountant, le hasard fait qu?il a une proposition d?une firme comptable à Hong Kong. Offre qu?il accepte. Il gravit les échelons de l?entreprise et ses fonctions l?orientent à ce moment-là davantage vers la gestion. Il quittera cette firme pour un emploi d?analyste à la banque ABN Amro, qui n?existe plus comme une institution indépendante aujourd?hui, ayant été rachetée par un consortium.

«Il y a un lien étroit entre le venture capital et Silicon Valley. Il est important de savoir pourquoi elle a pu croître et devenir ce qu?elle est car d?autres pays veulent répliquer ce concept, dont Maurice.»

Wan est affecté au département de l?investissement bancaire. Il fait de la recherche sur les compagnies cotées en Bourse pour voir si elles sont solvables et pour faire des recommandations sur les achats et ventes de leurs actions. Ceci afin de mieux conseiller les investisseurs potentiels. La banque ayant grandi à travers plusieurs acquisitions, un gros problème se pose dans sa communication avec ses filiales. «Comme ils avaient hérité de systèmes très différents, les différentes filiales ne pouvaient avoir accès aux informations en même temps. C?était compliqué.»

La direction de la maison mère décide alors d?installer un système global et Wan se retrouve parmi l?equipe qui est responsable de son application au sein des filiales. Cela présuppose qu?il se déplace souvent et soit épaulé par des informaticiens et d?autres analystes. Il met d?abord le cap sur Londres.

En visitant la ville de Cambridge et sa célèbre université un week-end, il lui prend l?envie de recommencer ses études ou tout au mois les compléter par un doctorat. Sachant que c?est aux Etats-Unis que les recherches sur l?analyse financière sont les plus avancées, il fait des applications pour une bourse de doctorat en Business Administration auprès de plusieurs universités américaines. L?université de Stanford, en Californie, lui offre la possibilité de faire un Mastère. Par contre, la Harvard Business School à Boston est prête à l?accepter pour un Fellowship. Une telle chance ne se présentant pas deux fois dans une vie, Wan se rend à Boston.

Il entame ses études doctorales d?une durée de cinq ans. La philosophie du programme d?études doctorales aux Etats-Unis est la délivrance d?une formation permettant aux étudiants de faire de la recherche rigoureuse. Wan se met donc à s?intéresser aux activités du Private Equity. Elles comprennent les intermédiaires que sont les Venture Capitalists (institutions qui prennent de gros risques en finançant des entrepreneurs en devenir ayant de bonnes idées d?affaires à monter), de même que les buy-out firms (entreprises qui rachètent les actions de compagnies publiques sur le déclin en Bourse). «Lorsque je faisais l?analyse des compagnies dans le secteur des technologies, j?ai noté que leur existence était récente et j?ai voulu connaître leurs origines et comment elles ont réussi.»

Il est encadré dans ses recherches par des professeurs de renom tels que Josh Lerner, expert en venture capital et en private equity. Wan axe son doctorat sur le thème suivant : «Does venture capitalist quality affect corporate governance ?» «J?ai examiné les différentes compagnies ayant démarré avec des investissements de venture capitalists pour voir si la qualité de bonne gouvernance était liée à l?identité de ces investisseurs très spéciaux. Comme nous avons accès à une banque de données impressionnante, j?ai pu analyser des milliers de compagnies et j?ai ainsi pu montrer que l?identité des venture capitalists est liée au type de gouvernance que l?on retrouve plus tard au sein de la compagnie qu?il a financée. Cela signifie que le rôle des venture capitalists ne se limite pas qu?à signer un chèque pour aider à monter une société mais que dans une grande mesure, elles tirent aussi les ficelles. Cela dit, les venture capitalists prennent de gros risques car la majeure partie de l?investissement qu?elles font partent en fumée.»

Tout en faisant ses recherches, Wan assiste plusieurs professeurs dans les classes de Mastère et enseigne en solo dans les classes de licence. C?est là qu?il confirme son amour pour l?enseignement. «C?était mon premier contact avec les étudiants au niveau universitaire et j?ai aimé cela. Ce qui explique que j?y suis toujours.» Depuis juin, Wan est docteur en business administration. Et vu son parcours, il n?a eu aucune peine à trouver un emploi comme chargé de cours en financial reporting et en analyse financière auprès du département de comptabilité et de management de la Kellogg School of Management à Evanston, non loin de Chicago.

Enseignant deux fois la semaine aux étudiants qui font leur Mastère en Business Administration, le reste du temps, il approfondit ses recherches en private equity. «La recherche ne s?arrête jamais», explique-t-il. «Il est important de savoir pourquoi les choses se passent ainsi dans la finance. Par exemple, il y a un lien étroit entre le venture capital et Silicon Valley. Il est important de savoir pourquoi elle a pu croître et devenir ce qu?elle est car d?autres pays veulent répliquer ce concept, dont Maurice. Il faut donc savoir quels sont ses ingrédients essentiels et ce que l?on peut faire pour avoir ce même type d?encadrement.»

Wan a publié un article de recherche académique dans le très sélectif Journal of Finance qu?il a coécrit avec Josh Lerner et Antoinette Schoar, professeur au Massachussetts Institute of Technology, et qui a été cité dans plusieurs publications internationales, tel que The Economist, The Wall Street Journal, et Financial Times. L?article est intitulé Smart institutions, foolish choices: the limited partner performance puzzle» et examine les institutions qui investissent dans les fonds des venture capitalists et d?autres intermédiaires en private equity aux Etats Unis, en l?occurrence, les assurances, les fonds de pension mais aussi les universités. «Nous avons examiné le profil de ces venture capitalists et il se trouve que de tous, ces sont surtout les universités qui ont des retours importants sur leurs investissements. Elles savent donc comment investir dans les private equity funds. Jusqu?à présent, on peut voir ce qu?elles ont fait mais il faut encore fouiller pour connaître leurs motivations. Le pourquoi est la question la plus intéressante de tout.»

Wan, qui est un jeune marié ? en septembre dernier, il a épousé la Thaïlandaise Apinya qu?il a rencontrée lorsqu?il travaillait à Hong Kong ? revient régulièrement à Maurice. «C?est là que j?appartiens. Le monde est vraiment un petit village. Avec la technologie moderne, on peut facilement communiquer de façon quasi instantanée et même se rendre d?un point du globe à un autre en un jour», constate-t-il. Il passera l?année avec les siens avant de repartir pour les Etats-Unis le 4 janvier.

Les Mauriciens étant des globe-trotters, Wan a fait le tour de la Kellogg School of Management pour en pister. Et il a trouvé un Mauricien. Il s?agit de Prithvi Nobuth qui y fait son Mastère en Business Administration. Le financial reporting et l?analyse financière étant une matière optionnelle, Wan espère tout de même l?avoir comme son étudiant. Histoire d?approfondir avec lui le pourquoi du comment?

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