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La belle ouvrage de Francis Cabrel

25 juin 2004, 20:00

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Le tout dernier Cabrel, tout beau et tout chaud, est disponible chez les disquaires depuis peu. Après cinq ans d?absence, le chanteur, auteur-compostiteur, dessine de merveilleux portraits à l?aide des Beaux Dégâts. Un album à déguster tout en douceur.

Avec la régularité du passage des saisons, mais nettement plus espacé dans le temps, voici venir le «nouveau Cabrel» en studio. Cinq ans après le disque intitulé Hors saison (1999), Les Beaux Dégâts relèvent de cette belle ouvrage que le chanteur, auteur-compositeur à succès ? Petite Marie, Je l'aime à mourir, Sarbacane, La Cabane du pêcheur ? n?a pas perdu une once de talent.

Francis Cabrel propose depuis près de trente ans des mélodies soignées, lisibles sur ce tempo moyen et retenu qui accompagne des mots d'amour, des histoires quotidiennes, certaines légères, d'autres plus graves. Le tout réalisé en artisan, à la maison, à la manière de la grange de Harvest de Neil Young.

Evoquer Cabrel évoque forcément des mots comme dépouillement, intemporalité, élégance, naturel.

Au risque d'un manque de surprise. Mais on ne demande pas à Francis Cabrel de tout chambouler : le flirt peu réussi avec le flamenco dans le disque Un samedi soir sur terre, en 1994, fait office d'antidote.

Les Beaux Dégâts s'inscrivent ainsi dans la continuité de Hors saison, disque folk-country-blues, sous influences assumées du triumvirat Bob Dylan (avec une belle adaptation de Shelter From the Storm), Neil Young (il y a chez Cabrel, lorsque sa voix monte de la brisure vocale du Canadien) et J.-J. Cale.

FAUSSES INFOS

Avec Francis Cabrel, une équipe de musiciens a pris ses habitudes : Denys Lable aux guitares, Gérard Bikialo aux claviers, le bassiste Bernard Paganotti et le batteur Denis Benarrosh.

On écoute leur musique comme s'il s'agissait d'un groupe, sans réel leader, où les musiciens ne sont pas les accompagnateurs du chanteur mais ses compagnons de musique. Ce qui donne tout leur allant à des compositions comme Bonne nouvelle, Telecaster et Tu me corresponds, qui tirent le disque vers le haut.

Etrangement, Les Beaux Dégâts débutent avec ce qui réussit le moins à Francis Cabrel : son regard sur l'état du monde. La chanson Les Faussaires dresse une liste des arrangements avec la vérité que s'octroie la société (les fausses infos, les faux prêcheurs, les faux guérisseurs et même les faux marteaux, fausses faucilles).

Dans le registre social, Tête saoule constate que la pauvreté est une bien triste chose et que les riches ne sont pas souvent des amis de l'humanité. Eh oui ! Mais le chanteur n'est probablement pas un homme de colère et, là aussi, c'est plutôt tiède.

On préfère donc le Cabrel qui voyage dans les sentiments avec Tu me corresponds, Qu'est-ce que t'en dis ou Je te vois venir (tu pars), le Cabrel dessinant de beaux portraits en teintes sépia ou pastel comme celui d'Elle dort, qui raconte bien les abandons rêveurs d'un enfant. Reste ce mal récurrent de la chanson française, celui de la rime à tout prix.

Francis Cabrel a beau avoir l'air de choisir ses mots pour leur musicalité ? c'est ce qui retient l'oreille dans Les Beaux Dégâts, il ne passe pas au travers d'enchaînements un peu prévisibles. Prochain rendez-vous dans quatre ou cinq ans. Avec peut-être, pour changer, une plongée dans des reprises de cette Amérique musicale que Les Beaux Dégâts approchent respectueusement.

Le Monde 2004 distribué par The N. Y. Times Syndicate

Artiste constant et discret

Mousquetaire de la chanson française, influencé par Bob Dylan et le country rock, Francis Cabrel symbolise avec Jean-Jacques Goldman, l'esprit américain de la musique française des années 80. Avec l'accent chantant de son sud-ouest natal, il a insufflé une fraîcheur certaine à la chanson française, grâce à ses mélodies, sa guitare et sa tendresse.

Né le 23 novembre 1953 à Agen dans le sud de la France, sa famille est originaire de Frioul en Italie. Son père est ouvrier dans une usine de gâteaux et sa mère, caissière dans une cafétéria. Il a une soeur, Martine et un jeune frère, Philippe.

Le milieu modeste dans lequel il vit ne l'empêche pas de profiter d'un environnement tranquille. Il fréquente les terrains de boules et pratique la pêche à la ligne.

Francis Cabrel, adolescent timide, fait la découverte musicale qui changera sans doute sa destinée : Bob Dylan et le célèbre morceau Like a rolling stone. Influence majeure pour celui qui dira plus tard que sa guitare lui permettait de se rendre plus intéressant aux yeux des autres. Très tôt, il commence à composer des chansons. A l'âge de 16 ans, il sait que la musique représente plus qu'un simple divertissement pour lui. Il chante les chansons de Neil Young, Leonard Cohen et évidemment Bob Dylan, apprenant ainsi l'anglais en traduisant les paroles.

Adolescent, il est renvoyé du lycée pour cause d'indiscipline. Il se retrouve à travailler dans un magasin de chaussures.

Parallèlement, il joue dans les bals locaux avec un groupe, Ray Frank et les Jazzmen. A cette époque, Francis Cabrel est un grand jeune homme, au look hippie, cheveux longs et moustaches qui lui cachent quelque peu le visage.

En 1974, il participe à un concours de chanson de Sud Radio durant lequel se succèdent des candidats devant un jury composé entre autres de Daniel et Richard Seff. Il se retrouve en finale avec la chanson Petite Marie, dédiée à sa femme Mariette. Il gagne le concours avec 2000 francs à la clé. Mais en fait, les frères Seff ont leur entrée dans la firme CBS. Ce n'est qu'en 1977 à la faveur de la campagne de la Nouvelle Chanson Française de la maison de disques, que Francis Cabrel sort son premier disque Ma ville. Les mélodies sont déjà belles, mais le résultat est un peu lourd. Il a le sentiment que CBS ne le laisse pas réellement exprimer sa propre personnalité. Pour preuve, on trouve ici une version de Petite Marie sur laquelle la maison de disques a tenté de gommer l'accent particulier du chanteur, version qu'il renie actuellement.

Un an plus tard, un peu plus rôdé à la production discographique, et sans doute un peu plus mature au niveau musical, il sort un nouvel album Les Chemins de traverse qui le conduit vers le succès. Le titre qui le propulse réellement s'intitule Je l'aime à mourir, qui devient immédiatement un classique de la chanson française avec deux millions de 45T écoulés. En 1980, sort le troisième album de l'artiste Fragile. Chanteur confirmé, il écrit à cette occasion une belle chanson d'amour pleine de délicatesse, L'Encre de tes yeux. En 1981, il sort un nouvel album Carte postale. Entre nostalgie de sa province et de la vie qu'on peut y mener, et dénonciation de l'agressivité urbaine, les titres Carte postale, Répondez-moi et Chauffard donnent un aperçu de l'état d'esprit de Francis Cabrel après quelques années de succès et de bouleversement intérieur.

Quelqu'un de l'intérieur, sorti en 83 marque en apparence, une certaine évolution dans sa carrière. Sur la pochette de Quelqu'un de l'intérieur, Francis Cabrel coupe ses cheveux. Dans ces textes, il quitte un peu son univers personnel et paraît s'intéresser à ce qui se passe à l'extérieur : préoccupation face à la détresse des immigrés dans Saïd et Mohamed. A l'occasion du baptême de sa fille Aurélie, il écrit une chanson intitulée Il faudra leur dire : destinée à être chantée par des enfants, les paroles sont simples.

En 1991, après plusieurs mois de tournées qui l'ont mené du Québec à l'Amérique du Sud en passant par l'Europe, il sort un triple album live D'une ombre à l'autre, soit 43 titres dont des versions acoustiques des titres les plus célèbres. Cette année-là voit aussi la naissance de sa seconde fille, Manon. Avare de mots, cet homme aspire à une vie tranquille avec sa femme et ses deux filles. La discrétion est sans doute le trait de caractère le plus évident chez cet artiste. Pourtant depuis quelques années, la timidité de ses débuts a fait place à un sens de l'humour que chacun peut apprécier lors de ses interviews. Francis Cabrel est devenu un chanteur avec une cote de popularité importante aussi bien en France qu'à l'étranger.

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