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La belle Aventure du Sucre artistique

15 octobre 2006, 00:00

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L?organisme non gouvernemental (ONG) à buts non lucratifs Terre de Paix, au service de l?enfance malheureuse car abandonnée, sinon maltraitée, confie, cette année, et jusqu?à mardi à l?Aventure du Sucre, musée historico-agro-industriel, à Beau-Plan, le soin de rassembler en ses murs ses mécènes, les esthètes et autres amateurs de Beaux-Arts autour d?une vingtaine de toiles et de photographies encore plus belles et plus décoratifs que nos meilleurs chefs-d??uvre picturaux. Belle et bonne occasion de joindre l?utile à l?agréable : enjoliver un espace de vie, de travail, de convivialité, tout en soulageant des misères enfantines.

L?Aventure du Sucre abrite aussi deux autres expositions temporaires : de Diane Henri et du Cercle des artistes photographiques. Elles ont en commun, avec la manifestation esthétique de Terre de Paix, d?être étroitement liées à la nature, sucrée de préférence.

Commençons par cette ONG, éminemment philanthropique, nous conviant à l?aventure la plus esthétique qui soit, parmi champs de canne, avant et après récolte. L?aventure commence d?ailleurs à Rodrigues où plants de maïs et cannes à sucre cohabitent mieux que MR et OPR. La photo de Rosaire Perrine est plutôt touffue et ne dit pas assez que le plant de maïs, comme le papayer, le plant de tabac, peuvent être plus beaux et plus décoratifs que la plus belle orchidée. Il leur a peut-être manqué jusqu?à l?heure un Van Gogh, celui des Tournesols, par exemple, ou encore un Douanier Rousseau. Que dire alors du cocotier et de ses haillons végétatifs ?

Jameed Peerally, Sylvianne Moollan, Tristan Chaillet, portent leurs regards d?esthètes sur les flèches couronnant nos têtes de cannes et annonçant l?arrivée du temps de la Moisson. Dorées, violacées ou vaporeuses, elles donnent raison au Christ s?extasiant sur la beauté incomparable des lys des champs. Même Salomon dans toute sa gloire n?eut pas parure plus belle? Ne nous étonnons donc pas si Sylviane d?un coup de déclic magique les transforme en buisson ardent en pleine ascension. On aurait peine à l?admettre si les photographies ne sont aussi parfaites.

Un feu d?artifice scintillant

Gilberte Marimootoo-Natchoo nous a agréablement habitués à ses marines tout en mouvement car animées d?un élan dynamique. Elle plonge à présent dans un autre océan, de jade et de canne à sucre, mais avec autant de houles et de tressaillements internes car la même brise le caresse, parfois même à rebrousse poil. De sa toile cannière on peut dire : sappe dans la mer, tombe dans caro cannes.

Carreaux qui inspirent aussi Dev Chooramun mais sur une note plus plaintive. Son sirop de cannes prend l?allure des larmes post-électorales que versent abondamment ceux que l?électorat rejette impitoyablement dans caro cannes pour mieux maudire ensuite leurs successeurs à notre hôtel du gouvernement.

Nous avons dit « buisson ardent ». Nous ne pensions pas si bien dire tant féerique demeure le ballet renouvelé des épousailles du brasier et de la canne, pour la dépouiller (dépailler) de ses feuilles obsolètes. Le feu peut nous terroriser autant qu?Attila. David (Constantin) n?en fait pourtant qu?une bouchée comme il se serait défait d?un certain Goliath. Après le feu, il y a certes une terre brûlée mais qui n?est que feu de paille. Le suc survit au brasier pour devenir sucre.

Autre regard : celui de Christian Bossu-Picat qui, du brasier, retient l?effet divali, la lueur d?une simple flamme, pouvant venir à bout des métaux les plus résistants, tout en étant aussi beau, mais moins fugace, qu?un feu d?artifice scintillant. La flamme sucrière de Bossu-Picat est le ballet d?une nymphe aux mille bras nuancés, gracieux et infinis.

Après le feu, entrent en scène les coupeurs. Sylvio de Lapeyre plante un décor de dilo diboute qu?il faudra abattre les uns après les autres. Rirette Faron excelle dans le rendu de l?effet réverbération, causé par une chaleur intense et qui fait douter le coupeur de la présence de la chargeuse de cannes, tandis qu?à l?horizon notre Pieter Both emblématique joue les feux follets.

Assommés par tant de beauté

Nous arrivons, assommés par tant de beauté ainsi capturée, à la célébration du Sucre aux mille formes. Aussi classique que l?historique Mme Moon (à quand sa notice biographique dans ce monument du machisme mauricien qu?est le DBM ?), Brigitte Langlois illustre Dilo Diboute, autrement dit la canne érigée dans toute sa gloire sucrée. Jean-Noël Ah Kee sacre le sucre aux grains dorés éparpillés mais scintillant comme des topazes sinon des diamants.

Bossu-Picat se fait plus Japonais que la meilleure bouquetière nipponne. Quelques brins de paille de canne de différentes grosseurs, une table lumineuse, quelques grains de sucre mais aussi tout le savoir-faire d?un artiste aux mille talents. Sa courte paille désigne à coup sûr le lauréat de l?exposition. Il ne faut pas le chercher bien loin.

Nathalie Perrichon transforme, en poupées russes, nos coupeuses de cannes très élégantes et drapées dans leurs plus beaux saris rouges. Nous touchons là un des sommets de son style car ses draperies indien-nes se prêtent à merveille à son travail d?incrustation méticuleux et irréprochable.

Laval Ng et Eric Kwet-On illustrent la canne à sucre pour en faire un personnage incontournable de la BD mauricienne. In pain ti godon ou Récolte de l?île sucrée témoignent que nous avons affaire à de dignes émules de Walt Disney, explorant intelligemment notre Malcolmland. Avec eux, nous allons de surprise en découverte.

Fidèle à son style, Diane Henri magnifie à l?extrême l?effet le plus visuel d?un objet, de préférence une fleur ou un fruit. Cela produit un effet démesuré qu?accentue une couleur nuancée mais dominante. Cette transcendance nous force à prêter attention aux détails microscopiques composant la beauté infinie des êtres et des objets, peuplant le monde merveilleux qui nous entoure mais que nous pouvons banaliser jusqu?à la dépouiller de toute sa poésie et de toute son élégance innée.

Son exploration de ce monde microscopique nous déconcerte souvent au point que nous ne sommes plus sûrs d?être en présence d?un pistil femelle ou d?une étamine mâle, à moins qu?il ne s?agisse plus bêtement d?une tarière ou d?un ocelle.

Diane Henri promène indifféremment son regard perçant sur d?infimes parties des objets les plus usuels qui nous entourent. Si Midas transforme en or tout ce qu?il touche, notre artiste a le don de transformer les alvéoles de rayons de cire d?abeille en rosaces de vitraux monochromes. Il en va de même pour sa tranche d?orange avec pépins fendus. Elle a raison de demander au public de contempler avec les yeux seulement tant grande est notre envie de porter à nos lèvres un peu des fruits, dont elle expose si bien toute la succulence. Si Midas peut tout transformer en or, Diane Henri réussit à nous rendre envieux du bonheur d?un moucheron se délectant d?un fruit ou du nectar d?une fleur, appelés à devenir une de ses toiles. Que dire de plus ?

La place fait défaut ici pour faire l?éloge des ?uvres photographiques des membres du Cercle des artistes photographiques. Ils sont entre autres Jean-Philippe Amadis, Lindsay Antonio, Firozah Cadinouche, Jerry Layduhur, Rajeenee Panchoo, Steeve Philip Dubois, Marcel Poinen, Sylvio Pierre, Gilbert Pernet, Jean-Jacques Foo Sooye Chan, Andrew Jackson, Antonio Chavry et Henrico Thomas. Ils dirigent leurs appareils avec le même bonheur sur la nature dans ce qu?elle a de plus grand à nous offrir mais aussi de plus caché et de réservé aux initiés.

La forêt-cathédrale de lumière

Nous avons ainsi droit à un arc-de-ciel ou plus exactement arc de feu sur ciel-brasier, à un nuage-crocodile masquant les rayons de l?astre solaire avec ou sans halos, à l?îlot Fourneaux, à la palme réussissant mieux que le nuage-crocodile, à la forêt-cathédrale de lumière, à une nuée de palétuviers naissant, à une spatule émergeant, à l?éclosion d?un fruit de vacoas, aux racines dorées d?un lafouche.

Les animaux sont présents sous forme de zacot, de lézard, d?escargot, de souris terrorisée. Il y a le miracle d?équilibre du serin du Cap au-dessous de son nid, aussi suspendu que des jardins de Babylone. La mer sert de décor à des rochers émergeant ou suspendus, descendant à l?eau en cascade. Le ressac épouse les méandres de minuscules cours d?eau. La vague en se retirant fait scintiller de mille feux des galets sages comme des images.

La fleur appelle l?insecte butinant qu?il soit papillon, libellule, mouche à miel. Le nik mousse zaune fait autant vitrail qu?une toile de Diane Henri. Il reste les champignons peuplant un tronc d?arbre. À l?image des souvenirs que nous gardons d?une triple exposition dans un écrin d?Aventure sucrée mais ô combien artistique.

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